Bis repetita. Le SDIS de l’Essonne a inauguré pour la deuxième fois en neuf mois ses nouveaux locaux situés à Évry. Une situation quelque peu cocasse qui crée une polémique entre l’ancienne et la nouvelle majorité départementale.

Depuis avril dernier, les pompiers de l’Essonne bénéficient d’une nouvelle « maison » en Essonne. Ces nouveaux locaux situés à Évry, qui hébergeaient il y a peu l’ancien centre national d’études spatiales (CNES), ont permis d’optimiser les différents services du SDIS de l’Essonne, comprenez le Service département d’incendie et de secours. Une opération attendue depuis longtemps. « Cela devenait très compliqué pour le colonel du SDIS, car il n’avait pas tous ces services à proximité. Du coup, il y avait un vrai besoin de regrouper tout le monde en un même endroit », relate l’ancien président du SDIS 91 et instigateur de ce projet, Jérôme Cauët (PS). Après de longs pourparlers, ce bâtiment de près de 7 000 m² a été acquis en janvier dernier par l’ancienne majorité départementale de gauche. Regroupant la quasitotalité des services du SDIS à l’exception du stock de vêtements qui reste à Lisses ou encore de l’école de pompiers de Fleury-Mérogis, ce lieu abrite aujourd’hui près de 300 personnes. « C’est une belle opération pour ces agents qui bénéficient d’une meilleure organisation dans leur quotidien », confirme même le successeur de Jérôme Cauët en charge du SDIS, Dominique Echaroux (LR).

Tout le monde semble se réjouir de la réalisation de cette opération. Seul point noir au tableau, majorité et opposition départementales s’écharpent à propos de son inauguration, si bien que ces nouveaux locaux en ont connu deux en neuf mois. Une première cérémonie avait été organisée par l’ancienne majorité de gauche en janvier, et la dernière, organisée par l’actuelle majorité de droite s’est tenue le 17 octobre dernier.

« En janvier, c’était purement irréel »

« Pour moi c’était la première, car la cérémonie de janvier dernier m’avait laissé pantois », commente Dominique Echaroux à propos de la cérémonie qui s’est tenue ce samedi. Car pour celui qui est aussi vice-président de Conseil départemental en charge des finances en remplacement de Jean-Pierre Bechter, « l’inauguration » de janvier était « purement irréelle ». En janvier dernier, « il n’y avait rien dans le bâtiment, pas de chauffage, pas d’électricité, étant donné que nous venions tout juste d’en faire l’acquisition, relate Dominique Echaroux. Quand j’ai reçu le carton d’invitation, j’ai vu qu’il y avait marqué en petit ‘’inauguration du SDIS’’, j’étais très surpris, je me suis dit : ‘’mais on inaugure quoi au juste ?‘’ ». Ce dernier va même plus loin. « J’ai été maire pendant 25 ans, poursuit-il. Imaginez que j’achète un bâtiment pour en faire une école et que je l’inaugure avant même d’avoir rénové le bâtiment. Les gens auraient dit : ‘’le maire est tombé sur la tête’’. Bref, cela ressemblait à une démarche politique, d’autant plus qu’elle s’inscrivait tout juste deux mois avant les élections départementales ».

Des propos que rejette en bloc son prédécesseur Jérôme Cauët. « En janvier, on avait fait quelques travaux, mais le lieu n’était pas totalement vide. Le personnel du SDIS s’appropriait peu à peu les lieux. On pouvait s’y installer rapidement. Une inauguration à ce moment précis avait vraiment du sens, se justifie Jérôme Cauët. Il n’y avait vraiment rien de calculé avec les élections départementales, c’est le timing qui faisait que ça tombe un 31 janvier, soit quelques semaines avant une échéance électorale ».

« En octobre, on ne réécrit pas l’histoire »

Après la passation de pouvoir à l’assemblée départementale en avril dernier, Dominique Echaroux est ainsi nommé en charge des pompiers. « En janvier, j’avais dit au personnel qu’une inauguration en bonne et due forme aurait lieu une fois que le bâtiment serait terminé et habité, car cela avait plus de sens », affirme ce dernier. Chose qu’il a obtenue avec l’organisation d’une nouvelle cérémonie ce samedi 17 octobre. Une nouvelle plaque inaugurale sur laquelle figurent les noms de François Durovray et de Dominique Echaroux a d’ailleurs été prévue pour l’occasion. Elle a par ailleurs remplacé celle qui avait fixé il y a neuf mois avec les noms de Jérôme Guedj et de Jérôme Cauët. « La plaque mise par Jérôme Cauët était la pose d’une plaque du faux plafond », a ainsi ironisé Dominique Echaroux lors de son discours inaugural pour faire référence aux conditions dans lesquelles s’est déroulé l’événement de janvier.

Une boutade qui n’est vraiment pas passée auprès de Jérôme Cauët. L’ancien président du conseil d’administration du SDIS s’est ainsi trouvé « très contrarié et très désagréablement surpris » par cette nouvelle cérémonie à laquelle il était invité. « C’est la première fois que j’inaugure deux fois un même bâtiment en 14 ans de vie d’élu. Je ne comprends pas comment on peut faire une deuxième inauguration, s’insurge-t-il. Enlever une plaque pour en mettre une autre, c’est antirépublicain. Si on voulait retirer la paternité de quelqu’un qui fait le travail, on ne pouvait pas le faire autrement. C’est moi qui ai signé la promesse de vente, c’est moi qui ai trouvé ce bâtiment, j’en ai signé l’acte de vente et au final quelqu’un d’autre se l’approprie. On me l’aurait dit, je ne l’aurais pas cru. On ne peut pas réécrire l’histoire à ce point », affirme Jérôme Cauët très touché par le ton pris pour cette nouvelle célébration. « C’est tout de même idiot d’en arriver là, d’autant plus qu’il n’y a jamais eu de polémique sur ce dossier par le passé », conclut l’ancien vice-président du Conseil général.

Sauf un nouveau rebondissement dans cette histoire rocambolesque, il ne devrait cependant pas y avoir, à l’inverse du vieil adage, de troisième inauguration pour ces locaux…