Pelleteuses, bulldozers, grues, voici les engins qui vont prendre progressivement place dans le décor de l’aéroport d’Orly. Car cette infrastructure est en pleine mutation depuis quelques mois. Depuis l’inauguration d’Orly Sud en 1961, ou encore du terminal Orly Ouest dix ans plus tard, l’aéroport n’a connu que peu de bouleversement en quarante ans. Seules quelques adaptations ont vu le jour sur cette période, mais elles n’ont rien de comparable avec le programme lancé en cours d’année. Ainsi, plusieurs bâtiments vont sortir de terre pour installer encore un peu plus cette infrastructure dans le paysage des plus grands aéroports d’Europe.

Deuxième aéroport de France en termes de trafic derrière Roissy avec 28,9 millions de passagers qui ont transité dans ce lieu en 2014, l’objectif annoncé par Aéroport de Paris (ADP) qui administre le site par le biais de ces travaux, est de flirter avec la barre des 33 millions de passagers par an. Avec bien sûr, « les offres de conforts et d’activités qui vont avec », souligne Franck Mereyde, directeur de l’aéroport d’Orly. Pour ce faire, 1,5 milliard d’euros ont été débloqués par ADP pour ce projet qui doit redessiner presque totalement le visage de ce site que nous connaissons. De quoi permettre à l’aéroport de rivaliser avec les plus grandes aérogares d’Europe.

« Un seul et même terminal »

 

« La première chose que les gens voient en descendant de l’avion, c’est l’aéroport. Or depuis sa création, les besoins et les pratiques des voyageurs ont changé, explique Franck Mereyde. D’où la nécessité de faire ces travaux ». Car désormais, l’aéroport voit transiter plusieurs milliers de personnes différentes par jours qui viennent généralement soit pour des raisons professionnelles, soit pour faire du tourisme. Pour chaque catégorie de personnes, l’aéroport doit s’adapter et « surtout répondre aux attentes de ces passagers », reprend Franck Mereyde. « Les personnes qui sont en déplacement professionnel éprouvent souvent le besoin de pouvoir se poser dans un espace avec leur tablette ou leur ordinateur portable. Parallèlement, il y en a d’autres qui voyagent avec leurs enfants. S’ils veulent que leurs enfants jouent, il ne faut pas les installer à côté de ceux qui veulent travailler. Il faut des besoins adaptés à chacun. Cela demande de la place et des mètres carrés ».

Pour accueillir tout ce petit monde et pour répondre au mieux à leurs besoins, ADP a ainsi investi 460 millions d’euros dans la création d’un bâtiment dit de jonction entre les deux terminaux déjà existants, d’une superficie totale de 80 000m². Ce nouvel équipement permettra de mettre en place des espaces bien différenciés, comprenant des zones de restauration et de commerces, ou encore un espace business comme il en existe déjà dans le terminal Ouest.

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Les travaux du bâtiment de jonction ont déjà commencé (GD/EI)

Ce bâtiment aura aussi pour but de servir de plateforme d’enregistrement des passagers. « Cela permettra de supprimer les enregistrements au sous-sol du terminal Sud. Cette situation ne pouvait pas s’inscrire dans une logique durable », commente le directeur de l’aéroport. La phase de contrôle avant l’embarquement se fera également dans ce nouvel équipement. Environ un tiers des contrôles s’y effectueront.

Ce bâtiment sera donc multifonction, entre les espaces restauration, d’enregistrements, de contrôles, mais aussi d’embarquement. Car oui, quelques salles d’embarquement seront présentes le long de ce bâtiment. « Pour faire ce bâtiment de jonction, on supprime les parkings d’avions qui étaient situés à l’extrémité d’Orly Ouest et Sud. Du coup, on les repositionne devant ce bâtiment de jonction. Le nombre de parkings d’avions n’augmente pas, on va juste les réaligner en continuum et non plus en grappe », confirme Franck Mereyde, conscient des inquiétudes des associations à ce sujet. L’aéroport conservera donc 51 postes au contact.

Bref, plus qu’une passerelle entre les terminaux Ouest et Sud, ce bâtiment a vocation à faire en sorte que l’aéroport d’Orly « soit un seul et même terminal, indique le directeur du site. Cela permettra une réorganisation de certains services et de dédensifier les autres bâtiments ».

Un pôle interconnecté

Le bâtiment de jonction devrait être opérationnel dans le premier semestre de l’année 2019. En plus de ce nouvel équipement ou encore du Cœur d’Orly qui prévoit notamment la création d’un pôle hôtelier, un autre bâtiment doit voir le jour. Il s’agit d’un pôle multimodal. Pour le moment, hormis une gare du RER C qui se trouve à 3 km au nord des terminaux et une station du T7 qui passe sous le terminal sud, le complexe aéroportuaire n’est pour le moment pas directement desservi par un transport. « L’objectif de ce pôle multimodal sera vraiment de remédier à cela en proposant aux passagers un accès rapide aux transports à la sortie de l’aéroport. Son implantation est cruciale », explique Franck Mereyde. Ainsi, ce pôle multimodal qui sera accoudé au bâtiment de jonction devrait accueillir dans les prochaines années une nouvelle station du T7. Le Gand Paris Express avec le prolongement du métro 14 est aussi attendu à l’horizon 2024, faisant de l’aéroport d’Orly un pôle interconnecté.

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Les couloirs actuels du terminal Orly-Sud (JL/EI)

Cette dimension d’interconnexion couplée aux services qui seront développés dans le bâtiment de jonction devra faire en sorte d’inscrire l’aéroport d’Orly parmi les meilleurs aéroports d’Europe. « On est en compétition internationale. On souhaite faire venir des gens à Paris pour le tourisme, mais aussi pour le commerce. À l’horizon 2020, on devra se trouver dans le top 3 des aéroports européens », conclut Franck Mereyde.

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