Aujourd’hui, l’aéroport d’Orly compte parmi les plus importants d’Europe. Deuxième aérogare de France en termes de trafic, le site voit passer jusqu’à 230 000 vols par an, pour un total d’environ 28 millions de passagers. Et ça n’est pas fini. Avec les travaux qui viennent tout juste de commencer, celui-ci arborera un nouveau visage lui permettant de mieux rivaliser face à la concurrence internationale. L’aéroport va donc opérer de lourdes transformations, lui qui n’a connu que peu de modifications importantes depuis plus de quarante ans (lire notre article).

C’est donc un nouveau chapitre dans la vie de cet aéroport qui s’ouvre avec le début des travaux. Une histoire déjà bien remplie depuis sa création durant la Première Guerre mondiale. Bâti sur les communes d’Orly, de Paray-Vieille-Poste ou encore de Villeneuve-le-Roi, l’aéroport a connu ses heures de gloire dans le courant des années 1960, avec une affluence record en termes de visiteurs.

Au début des années soixante, Orly occupe le rang de plus grand aéroport de France en l’absence de celui de Roissy (Ndlr : qui verra officiellement le jour en 1974). Inauguré en grande pompe en 1961 par le Président de la République, Charles de Gaulle, le terminal sud d’Orly représente à l’époque tout ce qu’il y a de plus moderne. Toutefois, une particularité de ce bâtiment va rapidement supplanter cet impressionnant monument de verre et d’acier et en faire son succès. Il s’agit de ses terrasses.

Ce lieu va devenir l’endroit de rencontre de plusieurs dizaines de milliers de curieux qui se déplacent toujours plus nombreux chaque week-end pour découvrir le monde des avions. Ce sont les grands débuts des fameux dimanches à Orly, immortalisés notamment par Gilbert Bécaud en 1963 dans une chanson éponyme.

Les dimanches à Orly : le rendez-vous immanquable

A l’époque, chaque dimanche, il y avait ceux qui embarquaient dans un avion et ceux qui venaient seulement les voir décoller. « Mes parents habitaient la région d’Étampes, à deux pas de l’aérodrome de Mondésir. Nous apercevions les avions qui passaient au-dessus de nos têtes. Et un jour, mes parents sont allés à Orly par simple curiosité », se rappelle Jean Ronceret. Mais les parents de cet homme ne sont pas les seuls à faire le voyage pour monter sur les terrasses de l’aérogare. Ils sont plusieurs millions à le faire également. Si bien que le site va devenir en l’espace de quelques années, l’endroit le plus visité de France devant la Tour Eiffel avec plus de trois millions de visiteurs !

La curiosité était l’un des facteurs qui poussaient les gens à faire le déplacement, mais une fois sur place, cette curiosité laissait place au rêve. « Voir les avions qui décollaient pour une destination inconnue, ça nous faisait rêver, poursuit Jean Ronceret. Nous pouvions également juger des avancées technologiques, avec l’arrivée des jets à réaction qui remplaçaient des avions à hélices. Bref, c’était impressionnant de voir cette transition technologique pour mon père qui avait connu les avions d’avant-guerre ».

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Les terrasses des « dimanches à Orly » sont aujourd’hui ouvertes (JL/EI)

Pour d’autres, les dimanches à Orly s’apparentaient à des sorties en familles. « Avec nos enfants, nous partions à pied de Choisy-le-Roi pour rejoindre l’aéroport, se remémore Colette. On coupait à travers champs. C’était pour le plaisir des enfants. Nous y sommes retournés quelques fois, et nous avons visité la Caravelle ».

Les terrasses de l’aéroport auront vu défiler plusieurs millions de personnes à l’image de Colette et Jean. Cependant en 1975, la belle histoire des dimanches à Orly s’arrête brutalement. Suite à une attaque d’un avion israélien au lance-roquettes perpétrée par le commando mené par le terroriste Carlos en janvier 1975, la terrasse d’Orly est fermée au public. L’effet de mode passe et les curieux partent à l’assaut d’autres lieux et monuments de la région.

Aujourd’hui, les terrasses ont rouvert, totalement sécurisées. Pour autant, le monde ne se presse plus pour aller voir décoller les avions. Seules quelques personnes viennent y prendre l’air, comme Yvon. « C’est ma dernière bouffée d’oxygène avant de partir à mon tour pour un long vol. Mais sinon, c’est toujours agréable de voir ces mastodontes prendre de l’altitude ». Bref, si l’affluence est loin d’être la même qu’auparavant, l’esprit des dimanches à Orly, lui, perdure encore.

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