La régie publique de l’eau des Lacs de l’Essonne est confrontée à des problèmes économiques. Cette dernière accuse près de 10 millions de dettes. Des solutions devront être trouvées rapidement pour éviter que les choses ne s’aggravent.

Lancée officiellement le 1er janvier 2011, la régie publique de l’eau des Lacs de l’Essonne est la première à avoir vu le jour dans le département. Prévue pour desservir les communes de la communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne (CALE) que sont Viry-Châtillon et Grigny, elle présente aujourd’hui de nombreux avantages pour ses usagers. Outre une meilleure qualité des services engendrée par une plus grande proximité, la mise en place de cette régie a permis de générer une sensible baisse des prix de l’eau pour les administrés qui bénéficient de cet équipement public.

Or aujourd’hui, cet équipement semble avoir du plomb dans l’aile. C’est en tout cas ce que montrent les conclusions de l’audit demandé par la CALE à ce sujet. Présenté par IRH-Cabinet Landot ce jeudi 8 octobre en conseil d’administration, ce rapport fait état d’une dette de 9,8 millions d’euros. De quoi remettre en cause cet équipement à quelques semaines de la dissolution de la communauté d’agglomération porteuse du projet ?

Une régie qui ne dépassera pas l’horizon 2017 ?

« Économiquement, c’est intenable ». C’est par ces mots que le président de la CALE, Laurent Sauerbach, dresse le tableau dans lequel se trouve la régie publique de l’eau. Car aujourd’hui, la régie accuse une dette de près de 10 millions d’euros. Comment en est-on arrivé là ? « Cette dette correspond aux différents investissements contractés pour la création de l’équipement, relate Laurent Sauerbach. Près de 8 millions d’euros, intérêts compris, ont été investis pour la création d’une usine d’interconnexion à Viry. Le restant est à mettre au crédit du rachat du réseau qu’exploitait le Sédif avant le passage en régie publique ».

Seulement aujourd’hui, la communauté d’agglomération doit passer au remboursement de ces emprunts. Plus précisément, une seule commune va devoir rembourser ces emprunts. Dimensionnée à la base pour desservir les deux communes de la CALE, la régie publique n’en approvisionne à ce jour qu’une, celle de Viry-Châtillon. Grigny devait selon les plans initiaux intégrer le réseau à compter de 2018 après échéance de son contrat actuel de délégation de service public.

Privée de Grigny, Viry-Châtillon doit donc rembourser ces emprunts seule, d’autant plus qu’avec l’application du schéma régional de coopération intercommunale dès le 1er janvier prochain, la CALE sera dissoute. « Grigny ne devrait donc pas intégrer notre réseau », déplore Laurent Sauerbach. Cette dernière pourrait notamment se rattacher à la régie publique qui a vu le jour au sein de la communauté d’agglomération d’Évry-Centre-Essonne.

La pilule est donc difficile à passer pour le président de l’agglo et le maire de Viry-Châtillon. Ils pointent ainsi du doigt les agissements de l’ancienne majorité qui a selon eux « sa part de responsabilité » dans l’état de la dette actuelle. « Pour casser les prix, l’ancienne majorité s’est adressée à Eaux de Paris, mais il y avait mieux à l’époque. Ils ont affiché le prix de vente sans y afficher le prix de revient, c’est-à-dire sans y ajouter les investissements qu’il va falloir rembourser désormais », regrette Laurent Sauerbach. Même constat pour le maire de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain. « Il aurait été plus intelligent et plus responsable d’aller négocier avec les fournisseurs, de les mettre en concurrence et d’obtenir les meilleurs prix sans se lancer dans de tels investissements que vont devoir maintenant supporter seuls les usagers castelvirois ».

Des propos que tempère le maire de Grigny. « Il y a des modèles qui s’opposent », répond Philippe Rio. Pour ce dernier, cette annonce serait une démarche politicienne. « En période électorale et à la veille d’une scission de l’agglo, l’idée selon laquelle la gestion passée est irresponsable et inefficace va grandir de jour en jour. Ils sont dans leur posture. Je ne suis pas étonné de cela. C’est une démarche politicienne de dire haro de la gestion passée à la veille des élections », constate Philippe Rio.

Au final, ce contexte particulier place la régie publique dans une situation critique. Celle-ci pourrait même, selon le rapport de l’audit, « ne peut pas passer le cap de 2017 », rétorque, inquiet, Laurent Sauerbach.

Quelles solutions ?

Pour éviter à la régie de l’eau des Lacs de l’Essonne de couler totalement, y a-t-il des solutions ? « Oui, mais elles restent limitées », affirme le président de la CALE. Outre une augmentation du prix de l’eau pour les Castelvirois, l’ouverture du réseau à d’autres territoires peut être une solution. C’est en tout cas ce que pense Philippe Rio. « Nous pensons que l’outil qui a été exécuté aux Lacs de l’Essonne est un outil qui a de l’avenir. Il a de l’avenir sur un large bassin de vie qui dépasse le cadre de Grigny et de Viry-Châtillon ».

Ce territoire voisin pourrait être l’agglomération du Val d’Orge (CAVO) qui a fait le choix de créer une régie publique. Effective en 2017, celle-ci est encore en préparation. « Je ne sais pas dans quelle mesure nous pouvons échanger à ce sujet, commente Sylvain Tanguy, vice-président de la CAVO en charge de l’eau et de l’assainissement. Une diversification de la provenance de l’eau peut être intéressante, mais il faut en étudier les impacts. Cela n’a pas encore été fait, mais un raccordement sur leur réseau est quelque chose qui se regarde.  La porte n’est pas encore fermée ». Pour autant, cette possibilité ne semble pas être une issue envisageable pour Laurent Sauerbach. « Qui va vouloir être partenaire quand on arrive avec 9,8 millions de dettes ? ». « Dans notre calcul financier, on n’a pas intégré ce genre de mécanisme », ironise Sylvain Tanguy.

Si à l’ouest l’indécision domine, la situation est encore plus floue avec le nord. Viry-Châtillon intégrera la Métropole du Grand Paris dans les prochains mois avec l’agglomération des Portes de l’Essonne. A priori, pas de possibilité de faire adhérer de nouvelles communes au réseau castelvirois. « Elles sont quasiment toutes au Sédif et leurs contrats ne se terminent pas tout de suite », confirme Laurent Sauerbach. La question pour lui est plus de savoir que deviendra l’avenir de la régie elle-même. « Elle va être transférée à l’établissement public territorial (EPT) qui se dessine au nord. Voudront-ils que nous conservions la régie, avec quelle gouvernance, mettront-ils le grappin dessus ? Pour le moment on ne sait pas trop », note le président de la CALE.

Cela ne signifie pas la fin de la régie publique pour autant, mais la sonnette d’alarme est tout de même tirée. Il faudra donc que des solutions soient rapidement trouvées pour permettre à cet équipement de relever la tête hors de l’eau.

L’ancien président des Lacs de l’Essonne et initiateur de la régie publique Gabriel Amard répond à ces critiques auprès d’Essonne Info