Sous quelles conditions le T7 reliera Athis-Mons à la gare de Juvisy-sur-Orge ? À deux mois des élections régionales, les candidats livrent leur projet sur la question.

Cela fait dix ans que ce dossier est au cœur des débats et des discussions. Après plusieurs études, on ne sait toujours pas sous quelle forme il verra le jour, s’il finit par le voir. Ce projet, c’est celui de la ligne 7 du tramway, plus communément appelée T7. Ouvert en novembre 2013, ce transport qui relie Villejuif à la pointe nord de l’Essonne à hauteur d’Athis-Mons doit être prolongé jusqu’à Juvisy dans les prochaines années. Seulement, le projet ne fait pas l’unanimité. Et avec les élections régionales qui se rapprochent, ce dossier est devenu un sujet de campagne à part entière dans le département de l’Essonne.

Il faut dire qu’à deux mois du scrutin, les différents camps sont sur le pied de guerre, notamment sur la question des transports franciliens. Car il ne faut pas oublier qu’il s’agit de la compétence la plus importante gérée par le Conseil régional. Pour 2015, sur un budget de près de 5 milliards d’euros, la part consacrée aux transports avoisine 1,8 milliard d’euros.

Outre la question des RER, le dossier du T7 fait également débat. Son prolongement jusqu’au nouveau pôle multimodal de Juvisy-sur-Orge ne laisse pas indifférent, tant sur la question du financement, que sur celui du parcours. Voici un premier tour d’horizon sur ce projet qui devrait impacter le quotidien de quelques milliers d’Essonniens d’ici 2021.

Le T7 devrait rallier la gare

Présenté et défendu par la majorité régionale actuelle, le nouveau tracé sépare le bord des pistes de l’aéroport d’Orly de la gare multimodale de Juvisy de 3,7 km. Presqu’une formalité par rapport aux 11 km réalisés entre Villejuif et Athis-Mons. Une formalité au premier regard, mais dans les faits, cela s’annonce autant, voire plus compliqué, que pour la réalisation du premier tronçon. La « faute » à la création d’un tunnel sous le parc de la mairie notamment. Le maire de Juvisy, Robin Réda, également porte-parole de Valérie Pécresse dans le cadre de la campagne pour les régionales, était d’ailleurs monté au créneau. Un temps hostile à ce projet, celui-ci avait même demandé une étude au Conseil départemental afin d’envisager « des propositions alternatives, comme un bus à haut niveau de service, une liaison plus rapide entre Orly et Juvisy construite en moins de temps et moins chère ».

Cette réaction a déchaîné les plus fervents défenseurs de ce projet, parmi lesquels les membres du « collectif associatif pour le T7 jusqu’à la gare de Juvisy ». « Plus de 3000 signatures ont été recueillies en moins d’un mois par des dizaines de bénévoles, ce qui témoigne d’un puissant intérêt pour ce projet », se félicitent les membres de l’association.

Des propos relayés par Jacques Picard, conseiller régional de la majorité sortante et candidat écologiste. « Il ne faut en aucun cas se passer de ce transport primordial. L’arrivée d’un tramway reconfigure l’urbanisme, insiste-t-il. Dans ce cas précis, la RN7 et le centre-ville de Juvisy seraient totalement repensés à l’image de la gare multimodale. Ce projet est d’autant plus important qu’il reliera la principale gare d’échange à un pôle d’emploi de 3 000 personnes autour de Rungis et d’Orly. On ne peut pas se passer ça », lance-t-il en direction de Robin Réda, même si ce dernier semble avoir mis de l’eau dans son vin sur le sujet dernièrement. Celui-ci s’est en partie rangé derrière Valérie Pécresse. « On prolongera le T7 jusqu’à la gare de Juvisy prévue à cet effet », a expliqué la candidate Les Républicains en conférence de presse ce mardi 6 octobre. Un fait remarqué par le vice-président à la Région en charge des Transports, Pierre Serne.

Un tunnel qui fait grimacer

Si les différents camps semblent tomber d’accord sur l’intérêt d’avoir un transport qui relie Orly à Juvisy, reste encore à déterminer le parcours de « ce transport structurant pour la région » comme l’expliquait récemment le président de la Région Jean-Paul Huchon (PS). Selon le projet présenté par la majorité régionale actuelle, 3,7 km sont à réaliser pour ce prolongement. Seulement, pour entrevoir la toute fin de ce tracé, il est prévu de creuser un tunnel pour rejoindre la gare par le biais d’une pente douce, en passant sous le parc de la mairie.

Budgété à 200 millions d’euros et inscrit comme tel dans le contrat Etat-région (CPER) signé il y a peu, celui-ci est jugé « trop onéreux » par le chef de file départemental Stéphane Beaudet. « J’ai toujours dit que c’était scandaleux de financer le tunnel de Juvisy, ça coûte le prix du tramway jusqu’à Corbeil, fait-il remarquer. Il est légitime de bien réfléchir avant d’engager les travaux ».

Ce tunnel a bien du mal à séduire les différents candidats. Pour sa part, Audrey Guibert, tête de liste du Front National en Essonne, surenchérit sur ce montant qu’elle juge « pharaonique ». « À cause de la réalisation de ce tunnel, nous avons le tronçon le plus cher de France, avec 60 millions d’euros par kilomètre. À cela s’ajoutent les préoccupations environnementales », précise Audrey Guibert. Même constat pour Mounia Benaili, membre du Parti de Gauche et conseillère municipale à Juvisy. « Creuser un tunnel est idiot économiquement et écologiquement », résume cette dernière.

Changer l’approche vers Juvisy ?

Bref, le projet de tunnel est loin de faire l’unanimité. Si bien qu’une partie des candidats souhaitent recourir à un nouvel itinéraire. C’est notamment le cas de Valérie Pécresse. « Il faut revoir le tracé. Il faut que cela se fasse en accord avec la ville et le Département », affirme-t-elle, afin de limiter les coûts.

Plus à gauche, c’est un sentiment plus partagé qui habite Philippe Rio. Le maire de Grigny, qui est le chef de file du Parti communiste en Essonne, assure qu’il trouverait « anormal que le pôle multimodal de Juvisy n’ait pas un transport structurant de rabattement. Mais je trouverai anormal que la N7 n’ait pas son transport structurant également. Je ne dis pas que c’est l’un contre l’autre, mais qu’il faut les deux. Il faut que les habitants du sud de Juvisy aient un accès le plus direct possible au pôle d’Orly et Rungis ». Son homologue du Parti de Gauche Mounia Benaili va même plus loin, puisqu’elle propose un parcours alternatif pour éviter le creusement d’un tunnel. « Au lieu de le faire tourner sous le parc de la mairie, on pourrait faire poursuivre le T7 sur la N7, jusqu’au carrefour du cinéma Calypso à Viry, puis à gauche à travers les anciens terrains de GDF qui ne sont de toute façon pas constructibles. Il arriverait ensuite à la gare de Juvisy jusqu’au niveau des bus côté Condorcet », commente cette dernière. Elle entrevoit même une possibilité d’une nouvelle extension, déjà évoquée dans les différentes ébauches de projets. Ainsi, ce parcours qui emprunte la N7 pourrait, selon elle, « ne pas obérer l’avenir » et éventuellement plus tard permettre qu’une ligne se poursuive jusque Grigny, Ris, Évry voire Corbeil-Essonnes.

Pour sa part, le Parti socialiste dévoilera très prochainement son programme sur la question vaste des transports et notamment du T7. Ce dossier risque bien d’être l’objet d’intenses débats dans les prochaines semaines.