Sous les feux des projecteurs suite au transfert d’Anthony Martial à Manchester United à la fin du mois d’août, le club des Ulis retrouve peu à peu son rythme de croisière. Entre sollicitions médiatiques, retombées financières, et futurs projets, petit retour sur 5 semaines mouvementées du côté de ce club essonnien, bien loin d’être méconnu du grand public.

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Ce mercredi soir au stade Jean-Marc Salinier des Ulis, l’atmosphère est paisible, les footballeurs arrivent au compte goûte. Certains parents sont présents, c’est encore le temps des inscriptions. Alors qu’on approche du début de l’entraînement, une pluie de jeunes joueurs de 10 à 12 ans s’abat sur les terrains synthétiques du complexe. Sur leurs épaules, on peut apercevoir quelques maillots du club, d’autres du Real Madrid, de Paris, ou encore un maillot floqué « Evra » (Patrice). Aucun maillot d’Anthony Martial à l’horizon. Pourtant, il y a de ça plus d’un mois, un coup de tonnerre a frappé le monde du football. Anthony Martial, natif de Massy et formé en grande partie aux Ulis, a été transféré de Monaco à Manchester United pour 50 millions d’euros (plus 30 millions de bonus) dans les ultimes brises du mercato.« En débutant, on le surclassait, c’était déjà un phénomène. 80 millions, pour moi il les vaut », lance sans hésiter Wally, son entraîneur de 9 à 13 ans.

« On a l’habitude »

Justifié ou non, ce transfert n’est pas resté sans conséquence pour le club essonnien. Une bourrasque médiatique a immédiatement enseveli joueurs, et dirigeants. « Beaucoup de journalistes sont venus, on a eu environ deux semaines de sollicitations intenses », précise Angelo Traglia, un des encadrants du club. Mais si beaucoup de clubs auraient pu se laisser inonder par l’actualité, celui des Ulis a su faire face sans le moindre vent de panique. « On a l’habitude de voir des joueurs qui sortent de notre club. C’est la somme la grosse surprise, pas le transfert », affirme Aziz Benaaddane, directeur sportif du club depuis presque 10 ans.

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Des références, Aziz en a en abondance. De Jules Iloki (FC Nantes) à Thierry Henry (Retraité), en passant par Patrice Evra (Juventus Turin) ou encore Yaya Sanogo (Ajax Amsterdam), le club des Ulis est pour le moins coutumier du fait. Mais contrairement à celles leurs dirigeants, les réactions des jeunes footballeurs n’ont évidemment pas été aussi maîtrisées. Chez eux qui n’ont pu jauger la température des précédents transferts, l’euphorie régnait. Des visages rayonnants se rendaient à l’entraînement, Anthony Martial éclipsait alors tout autre sujet de conversation. « Ça ne parlait que de ça. Ils étaient surtout contents de voir leur club à la télé. Mais maintenant ils veulent tous jouer devant », plaisante le directeur sportif.

Que faire de cet argent ?

Cinq semaines plus tard, c’est l’accalmie quasi totale sur le club des Ulis. La vie quotidienne a repris son court bien que certains médias pointent encore le bout de leur caméra. Dispatchés sur 4 ateliers, les quelques 80 gamins, eux, s’en donnent à cœur joie. En coulisse, on cherche à lever le voile sur les futures dépenses du club. « Ils n’ont pas encore touché l’argent », peut-on entendre souffler sur le bord du terrain. Et si des sommes astronomiques ont été évoquées concernant le club essonnien, ce dernier devrait percevoir aux alentours de 250 000 euros. « Sans bonus, et reçus en 2 fois. 250 000 euros c’est à peu près l’équivalent d’un budget annuel », complète le directeur sportif.

A quoi va donc servir cette averse de billets ? Rien n’est encore fixé si l’on en croît les dires des dirigeants. « Il faut dépenser intelligemment. On veut s’inscrire dans l’avenir. Construire un projet qui soit durable et viable », poursuit Aziz. A l’heure actuelle, le club dispose déjà d’installations conséquentes. Deux terrains synthétiques, un terrain d’honneur, ainsi que douze vestiaires sont prêtés par la municipalité. Les prévisions ne sont donc vraisemblablement pas tournées vers de nouvelles infrastructures.

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Les nuages planent cependant sur quatre axes principaux. La question des déplacements est logiquement mise en relief par la direction, alors que le club loue actuellement deux véhicules. « On veut acheter notre stock de mini-bus pour avoir un minimum d’autonomie dans les déplacements », confirme le directeur sportif. Autre objectif du club, faire monter l’équipe première de DH jusqu’en CFA 2. Un projet loin d’être utopique mais qui nécessite des moyens afin de déjouer la concurrence, notamment en attirant de nouveaux joueurs.

De belles années à venir

Des U6 aux vétérans, toutes les catégories sont ici représentées. Et si fin septembre le club comptait près de 600 adhérents, 50% d’entre eux avaient moins de 13 ans. Le phénomène Anthony Martial ne devrait bien évidemment pas stopper cette spirale, c’est pourquoi la question de l’encadrement des jeunes reste elle aussi au cœur des négociations. « On veut prendre plus d’éducateurs, mieux les former, acheter du matériel pédagogique… On veut améliorer tout ce qui touche au terrain », explique Aziz.

Sur le terrain ce mercredi les jeunes filles étaient elles aussi de la partie. Elles constituent à elles seules, le « dernier », et peut-être le plus gros projet du club. « Les garçons aussi c’est important, mais disons qu’aujourd’hui on parle beaucoup des féminines. C’est l’avenir, il faut que ça se développe », s’enthousiasme Angelo, dirigeant de l’école féminine qui prend à bras le corps ce projet. Elles sont pour l’heure une trentaine, des U6 aux U15, et le flux ne cesse de croître. Avec comme modèles, non pas Anthony Martial, mais les joueuses de l’équipe de France, certaines d’entre elles sont pour le moins prometteuses. « Elles sont très investies. Je pense que j’ai déjà quelques pépites », s’autorise à dire Angelo.

Et si les prévisions sont souvent bien compliquées à définir, la sécheresse n’est à priori pas à l’odre du jour. D’autres tornades en provenance des Ulis devraient (un peu moins violemment) à leur tour frapper la planète football. « On a encore 2–3 belles perles, on les couve bien au chaud mais elles vont faire mal », conclut Aziz. Prudence, le club reste en vigilance orange !