À deux mois des élections régionales, la question des transports et notamment des RER est au cœur des débats entre les candidats déclarés. Essonne Info fait le point sur cette situation avec les inquiétudes et les projets des différents camps.

RER

Chaque jour, vous êtes plusieurs milliers d’Essonniens à les emprunter pour rallier votre lieu de travail notamment, et même plus d’un million à l’échelle régionale. Il aurait pu s’agir de votre véhicule, mais pour le cas présent, il s’agit en réalité des transports en commun. Plus précisément, il est question du réseau express régional d’Île-de-France, plus communément appelé RER.

La région compte ainsi cinq lignes reliant la capitale à la banlieue et vice versa. Trois d’entre eux irriguent l’Essonne de manière verticale, à savoir les lignes B, C et D du RER. À deux mois des élections régionales qui se tiendront les 6 et 13 décembre, la campagne bat son plein autour de ce dossier. Il faut dire que la plus importante compétence du Conseil régional est celle consacrée aux transports. En atteste notamment la part écrasante occupée par celle-ci dans la répartition du budget de l’année 2015 (Ndlr : sur un budget de près de 5 milliards d’euros, la part consacrée aux transports avoisine 1,8 milliard d’euros).

À deux mois du scrutin donc, les différents candidats livrent leurs premiers constats sur la situation des transports. Outre l’annonce du tarif unique pour le Pass navigo par le président de la Région Jean-Paul Huchon il y a quelques semaines, les différentes équipes en campagne commencent à distiller de-ci de-là leurs propositions au sujet des RER. En voici un premier tour d’horizon sur ce dossier qui touche au quotidien de plusieurs milliers d’Essonniens.

Un réseau trop vétuste ?

S’il y a bien un sujet qui fédère une grande partie des candidats déclarés aux élections régionales en IDF, c’est celui de la qualité des services. Tant sur la durée que sur les conditions de transport, le constat est édifiant surtout pour les RER C et D. « En 1975, il fallait 29 minutes pour rallier Evry-Courcouronnes à la Gare de Lyon par le RER D, aujourd’hui c’est 39 minutes », souligne le chef de file essonnien Les Républicains Stéphane Beaudet. « Les Essonniens qui empruntent le D aux heures de pointe sont serrés comme des sardines », complète son colistier Robin Réda, maire de Juvisy. « Pendant la période de canicule, il n’y avait pas de climatisation dans les wagons. C’est une urgence. Il y a eu des dizaines de malaises par jour, il ne faut pas que cela se reproduise. Ce sont des conditions indignes et insupportables », peste la chef de file essonnienne du FN Audrey Guibert. « On n’est pas sûrs d’arriver à l’heure. Les conditions sont harassantes et le réseau actuel est délabré », renchérit Jean-Claude Delarue, président de la Fédération des usagers des transports et des services publics (SOS Usagers) qui a récemment rejoint les troupes de Nicolas Dupont-Aignan pour ces élections.

Bref, la question d’une modernisation et/ou d’une rénovation rapide de ce réseau jugé « vétuste » s’impose pour ces candidats. Cette vision est également partagée par une partie de la gauche. Si du côté du Parti de Gauche, la qualité des services est jugée « lamentable » assure Philippe Juraver, l’écologiste Jacques Picard nuance ces propos. Conseiller régional de la majorité sortante, celui-ci admet qu’une partie du réseau est obsolète. « Cinq postes d’aiguillage de Brétigny datent de 1936 sur le RER C, rappelle le candidat écologiste. Le RER D quant à lui n’est toujours pas à 90% de taux de régularité pour des raisons évidentes : le vieillissement du matériel. Les « petits gris » seront à ce titre changés en 2016, certains sont en service depuis 45 ans pour les plus âgés ».

La tête de liste Les Républicains, Valérie Pécresse, fait même de la vétusté l’un de ces principaux axes de campagne. Cette dernière a ainsi expliqué il y a peu vouloir « renouveler toutes les rames des RER d’ici 2021 ». Les rames des RER B et D seraient remplacés entre 2018 et 2020, tandis que celles du RER C seraient rénovées sur cette même période, soit « dix ans avant ce qui est prévu dans le programme initié par Jean-Paul Huchon », confiait-elle. « Comment peut-elle changer toutes les rames du B, C et du D, s’interroge Jacques Picard. Ce n’est pas sérieux en termes de ressources publiques ». « Elle sous-estime le coût de la rénovation complète des RER, car il ne suffit pas d’ajouter de nouvelles rames au réseau existant », tacle Nicolas Dupont-Aignan.

Grand Paris ou RER, doit-on choisir ?

Ce projet a ainsi le mérite d’être ambitieux avec un coût estimé à 4,5 milliards d’euros. Il s’inscrit pour Valérie Pécresse dans un doublon avec le développement du Grand Paris estimé lui à 30 milliards d’euros. Soutenu également par la majorité actuelle, dont le clan socialiste, le projet du Grand Paris s’inscrit en plus de la rénovation de l’existant. Certains voient le développement des lignes du Grand Paris express comme un moyen de désengorgement pour les RER actuels. C’est le cas de l’écologiste Jacques Picard. « Avec la création du Grand Paris express, 30% des RER C et D se déverseront sur la ligne 15 qui croisera le RER C aux Ardoines et RER D à Vert de Maison », commente ce dernier.

Des propos qui ne passent pas pour la candidate frontiste Audrey Guibert. « On parle de 30 Md€ pour le Grand Paris, mais tous les ans on budgétise encore plus de milliards d’euros alors qu’on n’a pas les financements. Il faudra faire un choix et il ne faudra pas se tromper de priorité. À ce titre, le Grand Paris express n’en est pas une. C’est pourquoi il faut miser sur une rénovation intelligente de l’existant ». Des propos relayés par Nicolas Dupont-Aignan et son nouveau colistier Jean-Claude Delarue. « Le Grand Paris est pharaonique et trop cher. C’est faux de dire que cela sera conciliable avec la rénovation de l’existant ».

Nicolas Dupont-Aignan annonçant le ralliement de Jean-Claude Delarue (derrière à gauche) à son mouvement. (JM/EI)

Nicolas Dupont-Aignan annonçant le ralliement de Jean-Claude Delarue (derrière à gauche) à son mouvement. (JM/EI)

Même constat pour la gauche de la gauche qui partage en partie cette vision. Philippe Juraver, chef de file départemental du Parti de Gauche pour ces élections mise sur la rénovation de l’existant et rejette l’idée du Grand Paris. Pour autant, ce dernier n’est pas en manque de projets pour améliorer la fluidité du trafic. « Nous militons pour la création d’un deuxième tunnel à Châtelet, annonce Philippe Juraver. À cet endroit transitent des trains de la ligne B et D. En cas de problèmes, cela engendre des retards sur les deux lignes. En creusant un autre tunnel, on doublera la capacité de transports sur les lignes B et D et les problèmes disparaîtront ». Cette réalisation très souvent citée lors des précédentes campagnes pour les élections régionales est donc toujours au cœur des débats, même si elle n’est pas du goût de tout le monde. « Quand la ligne 15 verra le jour, le doublement du tunnel n’aura que peu d’impact sur le trafic. On pourrait donc se passer de cette prouesse technique estimée à 4,5 milliards d’euros », souffle le membre de l’actuelle majorité régionale, l’écologiste Jacques Picard.

Une meilleure optimisation des pôles multimodaux

La modernisation de l’existant ne passe pas que par le remplacement des rames. Elle passe aussi par la rénovation des pôles multimodaux afin de proposer un service de qualité aux usagers des RER. L’objectif est ainsi de revoir l’aménagement des gares pour permettre à un maximum de personnes de les fréquenter. Certains prônent même la construction de parkings plus grands autour de ces gares. « Il va falloir réaménager le territoire pour créer des lieux de stationnements aux abords des gares. Par ailleurs, il faut donner envie aux usagers de prendre les transports en commun plutôt que de les encourager à aller à Paris avec leur voiture et le meilleur moyen est de rendre ces parkings gratuits », proposent NDA et Philippe Juraver.

Outre la rénovation des gares, comme celle de Juvisy qui accueille chaque jour près de 60 000 usagers, la création de transports alternatifs est attendue. « Dans certaines parties de l’Essonne, le réseau de rabattement est à améliorer, notamment pour le Sud-Essonne » insiste Stéphane Beaudet. Après audit, des réseaux de bus pourraient voir le jour. « Il faudrait qu’il y ait une meilleure coopération au niveau des pôles multimodaux pour qu’il n’y ait plus de rupture de charges entre les RER et les bus », réagit Philippe Juraver. Outre de nouveaux réseaux de bus, l’offre de transports « devrait être renforcée avec la mise en place du tram-train Evry-Massy, prévu pour 2019, ou encore du T7 », s’avance Jacques Picard.

Enfin, la présence de la vidéo-surveillance devrait faire son arrivée dans les nouveaux pôles multimodaux. « Il faut redéployer un système de protection, développer le système de vidéo surveillance dans les gares et à leurs abords. Il faut mettre des agents qui sont dotés de prérogatives judiciaires pour pouvoir faire des interpellations aux abords des gares », explique Audrey Guibert pour le Front National. Des propos que tempère le président de la Région Jean-Paul Huchon. « Sur l’insécurité, nous avons payé des caméras avec le Stif. Il y a entre 800 et 900 agents de sécurité déployés sur le terrain. C’est un nombre qui va encore augmenter, ainsi que le nombre de médiateurs. Sur la sécurité, on a vraiment fait notre boulot », conclut ce dernier.

Les candidats socialistes dévoileront très prochainement leur programme sur la question des transports et notamment des RER. Ce dossier risque bien d’être l’objet d’intenses débats dans les prochaines semaines.