Le cabinet Michel-Klopfer, qui a détaillé ce lundi en séance l’audit des finances du département qu’il a réalisé, entend mettre fin à la guerre des chiffres dans laquelle la majorité départementale et l’opposition sont engagées depuis quelques jours. Pas de « faillite » ni de « factures maquillées », mais un département qui doit bel et bien trouver de quoi redresser la barre avant l’année prochaine.

L’actualité du département, ce n’était pas seulement l’arrivée du « petit nouveau » Serge Dassault en tant que conseiller départemental (une installation qui ne s’est pas faite sans quelques railleries de la gauche). Il y avait aussi en question le sort des comptes du département, un sujet précipité par le fameux audit déposé la semaine dernière aux élus du département. Celui-ci s’alarme d’une dette importante et de « rattachements », c’est-à-dire de factures de l’année en cours que le département a payées à chaque fois l’année suivante. Les montants de ces factures ne sont pas restés constants, et ont augmenté depuis quelques années, pour passer à presque 13 millions d’euros par an. Jusqu’à atteindre pratiquement 108 millions en cette fin d’année 2015 (lire notre article).

C’était un peu couru d’avance, mais ce lundi matin, à l’assemblée départementale, l’ambiance est électrique. Le cabinet Michel-Klopfer est là, chiffres et vidéo-projecteur à disposition, pour présenter son audit, celui qui dresse un bilan des finances du département. Le même qui a tant fait réagir les élus essonniens de tout bord cette dernière semaine.

Dans les rangs de l’opposition, on bout. Même si la présentation des chiffres désavoue quelque peu la communication de la majorité de droite au sujet d’une possible « faillite », voire d’une mise sous tutelle, et d’un état des lieux catastrophique. Pas de « faillite », modère le consultant. « Car on ne peut pas parler d’un département comme d’une entreprise. »

En revanche, Michel Klopfer est clair : l’Essonne doit « se ressaisir ». « Il faudra que le département stoppe l’hémorragie en 2016. Trouver environ 40 millions d’euros, par des recettes supplémentaires ou des mesures d’économie », préconise le consultant financier devant les élus, avant de préciser : « Cinq à six ans seront nécessaires pour que les choses puissent être régularisées. »

De quoi faire réagir les familles politiques. Sur les réseaux sociaux dans un premier temps, où élus et partis n’attendent pas la fin de la présentation de l’audit ni celle de l’assemblée pour s’engouffrer dans la brèche ouverte. Les tacles fusent, les uns dénonçant les « mensonges de la droite » et sa « manœuvre grotesque de manipulation », les autres « les dérives sensibles dans les factures non rattachées », « la cavalerie » engagée par la gauche lorsqu’elle gérait le département.

Pas de « matraquage fiscal » se défend la gauche

Jérôme Guedj, chef de file de l’opposition et ancien président PS de l’Essonne, a défendu son bilan avec force. « Il n’y a pas eu de matraquage fiscal en Essonne, pour ne pas pénaliser les ménages. La crise économique a fait augmenter les dépenses sociales. »

Avant d’enchaîner : « Il y a eu une politique de maîtrise de la dépense. Les choses ont été payées, nos fournisseurs aussi. Il n’y a pas eu une seule faute de gestion. Nous sommes en dessous de la dépense de fonctionnement (…). Les rythmes d’investissement, quant à eux, ont suivi la tendance nationale. Sans oublier les baisses de dotations, un autre facteur extérieur au pilotage des élus qui sont ici. »

Le président François Durovray, ainsi que d’autres élus de la majorité, n’en démordent pas. « Vous ne contestez pas l’emprunt toxique », pointe l’élu LR. Nicolas Méary, élu de la majorité sur le canton de Brétigny, rebondit : « Il faut regarder la réalité en face, beaucoup de décisions ont été prises sans se rendre compte de la situation. Il y a eu des aveuglements et la situation est inquiétante : que devons-nous faire ? »

« Pas une seule fois vous n’avez déposé un amendement, pour nous dire d’arrêter ce qu’on faisait, répond l’ancien président. Le cabinet Klopfer, présent ici, nous conseillait. Qu’auriez-vous fait à notre place ? »

Plus étonnante, l’intervention de Georges Tron, chef de file des Républicains en Essonne. Si l’élu de Draveil partage d’une même voix les reproches de sa majorité sur la situation financière du département, il se fait plus nuancé sur les accusations : « On ne peut pas vous reprocher d’avoir fait exploser la pression fiscale. (…) Vous avez géré avec finesse la composition de la dette. »


Une dette qui reste élevée

Si la gauche parle d’une dette « saine », et martèle que « les banques nous font confiance », celle de l’Essonne (911 millions d’euros) reste très élevée par rapport aux autres départements. « C’est une contrainte, et indépendamment des rattachements, il est nécessaire de la prendre en compte pour les décisions », rappelle Michel Klopfer.

Avant de pointer le fait que le rôle d’un consultant en finances est avant tout « pédagogique », et qu’en aucun cas il n’influera sur les décisions politiques d’un bord ou de l’autre. Mais le constat est là : le rapport précise aussi qu’il faudra prévoir une baisse des recettes, d’environ 72 millions d’euros, et une augmentation des dépenses de fonctionnement, estimée à 1,4 %.

« Nous devons prendre des décisions fortes, vigoureuses, d’ici à 2016, si nous voulons éviter la mise sous tutelle, finit par annoncer François Durovray à la fin des quatre heures de débat. Oui, nous allons prendre un certain nombre de décisions pas faciles. » Augmentation des impôts locaux, suppression de postes au département ou baisse des investissements ? Pas plus de précisions n’ont été apportées lors de cette séance. Réponse en janvier, quand sera voté le budget 2016.