Dans son nouvel ouvrage Pilleurs d’Etat, Philippe Pascot laisse de côté le passif qu’ont certains élus avec la justice pour analyser le système dans lequel ils évoluent. Il met au jour un système au sein duquel les élus profitent légalement d’un large panel d’avantages au nez et à la barbe de leurs administrés.

Dans la famille Pascot, je demande le père. Car dernièrement, c’est plutôt le fils, Panayotis, qui occupe l’écran avec la bande du Petit Journal sur Canal + au sein de laquelle il réalise une rubrique hebdomadaire. Ainsi, c’est bien vers Philippe Pascot que l’on se tourne. L’homme aux multiples casquettes – ou plutôt chapeaux – fait à nouveau parler de lui. Non, il ne s’agit pas de gaz de schiste. Cette fois-ci il est question de la parution de son dernier ouvrage intitulé Pilleurs d’Etat. Dans ce livre paru il y a quelques semaines, cet observateur de la vie politique essonnienne et nationale tente d’alerter la population sur les abus dans lesquels est tombée la classe politique française. « Des abus pourtant légaux, mais immoraux », confirme ce dernier.

Au fil des pages Philippe Pascot décrit ainsi un système dans lequel les élus vivent presque en autarcie, veillant à ce que leurs intérêts personnels puissent fructifier et ne soient pas remis en cause. Cette analyse s’inscrit dans la continuité de son premier ouvrage cosigné avec Graziella Riou-Harchaoui Délits d’élus, bien que cette fois-ci il s’attaque plus aux dérives d’un système, plutôt que directement aux élus aux prises avec la justice. D’ailleurs, aucun parti politique n’est cité. Pour autant, chacun y prend pour son grade, majorité ou opposition confondues.

La notion d’exemple dans tout ça ?

« Pourquoi un député au bout de seulement cinq ans de cotisations touche une retraite moyenne de 1 500 euros par mois alors qu’un employé pour 42 années de cotisation touchera en moyenne 896 euros ? Pourquoi parle-t-on de réduire le nombre de fonctionnaires, mais jamais celui des parlementaires ? Pourquoi la fonction d’élu est-elle officiellement bénévole et que l’élu s’en met plein les poches ? ». Voici une série de questions que se pose Philippe Pascot à travers cet ouvrage, et encore, ce n’est qu’une liste non exhaustive. Car selon lui, les élus de la République seraient au cœur d’un « système où chacun cherche à protéger ses acquis ». Salaires exorbitants, exonération d’impôts, retraites douillettes ou encore petits arrangements entre amis seraient monnaie courante chez une partie des 650 000 élus que compte la France. « Tous ne sont pas comme ça. On n’est pas dans la logique du tous pourris », rassure Philippe Pascot.

Dans ce livre, Philippe Pascot s’attache à démontrer les travers de cette classe. Que cela parle du maintien des indemnités s’élevant à plusieurs milliers d’euros par ans, comme de nominations de préfets dits hors-cadre, les élus chercheraient à se protéger mutuellement. « Quand ils mettent la main dans le pot de confiture, ils font voter des lois pour que ces avantages perdurent, tout en demandant aux simples citoyens de serrer leur ceinture. Le peuple français veut bien faire des sacrifices, mais il faut que cela s’applique pour tout le monde. Il faut que les élus montrent l’exemple en réduisant les montants de leurs indemnités », lance l’auteur.

Un système moyenâgeux

L’auteur de cette enquête pointe du doigt le fait que « plus ces personnes sont proches du pouvoir, plus on a à faire à des politiques carriéristes ». Ce monde se serait professionnalisé à outrance, allant même jusqu’à perdre sa logique de départ. « Aujourd’hui, seulement 1% des élus de l’Assemblée nationale ont un passé d’ouvrier. Le reste regroupe bien souvent des carriéristes qui ont commencé comme chargé de mission à 18 ans puis collaborateurs d’élus. Ils font une carrière sans jamais avoir travaillé, si bien que seule la carrière semble compter aux yeux de ces gens-là », reprend Philippe Pascot. La politique et son sens étymologique signifiant « s’occuper de la cité » n’aurait ainsi presque plus de valeur.

Maire-adjoint de Manuel Valls à Évry et conseiller régional pendant six ans, Philippe Pascot a pu se rendre compte de quelques comportements « arrivistes » dans le milieu de la politique. « Je me suis rendu compte de cela quand j’ai été nommé président de la commission de formation professionnelle, relate-t-il. Des personnes qui m’ignoraient m’ont tout à coup prêté attention, soulignant que tout ce que je faisais et disais était ‘’génial’’ ». Pour lui, ce système génère des personnes prêtes à tout pour profiter du pouvoir, voire de l’exercer. Ce qui lui permet de faire un parallèle avec l’époque féodale et l’Ancien régime. « On revient à un système moyenâgeux, avec des seigneurs, des courtisans, des fiefs, du copinage et encore du clientélisme », ironise Philippe Pascot, qui n’est pas « tombé dedans », car cet état d’esprit ne lui correspondait pas. « C’est même un système républicain moyenâgeux. C’est dangereux d’en être arrivé là », poursuit-il.

Le temps de la prise de conscience

Quelles solutions pour remettra à plat ce système ? Difficile à dire. Pourtant, Philippe Pascot entrevoit quelques possibilités pour empêcher le « pillage de l’Etat » par cette sphère politique. L’une d’entre elles concerne la question de la transparence des édiles. « Elle est primordiale, avance l’ancien conseiller régional. Il est important sur plusieurs points de savoir pour qui nous votons vraiment ». Ainsi, il invite les électeurs à prendre conscience de la situation dans laquelle ils vivent. « Les électeurs ont un vrai rôle à jouer. Celui de faire en sorte qu’un renouvellement de la classe politique s’opère ».

Et cela se matérialiserait par la mise en place d’un vote obligatoire selon Philippe Pascot. « Dans les 30 plus grandes villes de France, les mairies ont été élues avec 1,9 électeur sur 10. Aujourd’hui, ces personnes sont légalement élues, mais elles ne sont plus représentatives de la population. À un moment donné, il va bien falloir mettre en place le vote obligatoire pour permettre de comptabiliser les bulletins blancs. Si cela n’élimine pas tous les truands, ça permettra de faire le ménage ». D’autres idées sont présentes dans le livre.

C’est un combat qui pourrait s’annoncer long et difficile. Pour autant, cela ne fait pas peur à l’auteur de cette enquête. « Quand Gandhi a commencé à marcher, il était tout seul », rappelle Philippe Pascot. Il a fini avec le succès que l’on connaît. Reste maintenant à savoir si ce discours fera changer la donne.

Pilleurs d’Etat, de Philippe Pascot, aux éditions Max Milo. Prix : 19€90.

Il sera en séance de dédicaces ce jeudi 1er octobre à partir de 18h à la Fnac d’Evry ou encore le 10 octobre à la Rochelle et le 16 octobre à Orléans.