Une semaine avant la rentrée de l’assemblée départementale, la majorité de François Durovray alerte l’opinion publique sur l’état des finances du département. L’Essonne, selon l’audit réalisé récemment, serait presque en faillite. L’opposition (et ancienne majorité) dénonce quant à elle une manœuvre de communication partisane.

La droite essonnienne a régulièrement attiré l’attention sur l’état des finances du département, en en faisant notamment avant les élections départementales un argument de campagne. Peu de temps après son élection, François Durovray avait annoncé un ensemble de « mesures de bonne gestion », qui avaient entre autres pour objectif de dégager 30 millions d’euros destinés à aider les communes et intercommunalités.

Entre temps, un cabinet indépendant de consultants en finances locales a, sur la demande de la majorité essonnienne, réalisé un audit financier rétrospectif (sur les années 1998 à 2014) et prospectif (sur les années 2015–2020). Le choix de ce consultant, le cabinet Michel-Klopfer, qui avait travaillé avec l’ancienne majorité, a été fait « de sorte d’éviter toute controverse sur les conclusions de l’audit. » Et celles-ci, dévoilées à la presse ce début de semaine, laissent apparaître une situation que la majorité départementale qualifie d’ « ubuesque » : elles montrent en effet un département « en situation de faillite ». En clair, l’endettement du département a été multiplié par 4,5 depuis 1998 (il représente aujourd’hui 2000 euros par foyer), le taux d’épargne brut du département a chuté depuis 2011 et les dépenses du département augmentent plus vite que ses recettes. Certaines dépenses, comme le RSA, auraient été aussi « sous-budgétées ».

Et par ailleurs, les dépenses non rattachées (à savoir celles qui sont réalisées en dehors de l’exercice budgétaire) atteignent 108 millions d’euros en cette fin 2015. Des factures « surprises » qui représenteraient 10 % du budget.

Un « endettement caché », sorti des comptes du département et apparemment repoussé d’années en années qui alarme les nouveaux élus. « Ce déficit caché est interdit pour les collectivités locales, réagissent-ils. C’est une entorse grave au principe de sincérité budgétaire qui interdit de cacher des dépenses ou de prévoir des recettes fictives. »

La mise sous tutelle du département : vrai risque ?

La majorité agite aussi la menace de la mise sous tutelle de l’Essonne, bien que cette situation ne se soit encore jamais vue pour un département. « Nous avons 100 jours pour sauver l’Essonne de la mise sous tutelle du préfet », en concluent les conseillers départementaux. Ces derniers pointent aussi l’augmentation des dépenses sociales et les baisses de dotations de la part de l’Etat : pour le département, elles ont baissé de 24 millions d’euros par an.

Pour la majorité, il faudrait ainsi 45 millions d’euros pour boucler le budget 2016, normalement voté le 18 janvier prochain.

François Durovray, qui reçoit la presse ce lundi matin, n’y va pas avec le dos de la cuillère et égratigne l’ancienne majorité, évoquant notamment « des intérêts personnels » : « C’est une situation que l’on découvre au fur et à mesure et qui m’empêche de dormir. On se demande comment on va y arriver, ça va être difficile. Ce qui me navre le plus, au delà des difficultés politiques, c’est ce que va être l’image de l’Essonne. Pour beaucoup, son état sera une surprise. En attendant, on ne fait qu’écoper, pour éviter que le bateau ne coule. »

« On pousse devant nous une dette qui augmente », déplore quant à lui Michel Bournat, premier vice-président. Georges Tron, chef de file LR en Essonne, fait ce constat : « Si l’Essonne était une entreprise, elle serait obligée de mettre la clé sous la porte ».

La gauche défend sa gestion

De son côté, l’opposition départementale de gauche (et accessoirement l’ancienne majorité directement mise en cause par les élus actuels) dénonce la « dramatisation » dont fait preuve François Durovray. L’alerte donnée par la majorité ? « Une opération de communication partisane », pour l’opposition menée par Jérôme Guedj. D’abord sans s’attarder sur les accusations de la droite essonnienne, la gauche préfère dénoncer la manière dont celle-ci a procédé pour communiquer sur cet audit financier qui le met en cause et accuse la majorité de leur avoir caché ce rapport avant de le dévoiler à la presse.

« Les agissements de François Durovray et de la majorité dans ce dossier démontrent que cet audit n’est qu’un outil de communication politique. Il ne saurait toutefois pas faire oublier les graves décisions prises depuis le mois d’avril par la majorité de droite et leur manque total de vision pour notre département. Nous ne ferons aucun commentaire sur ce document dont nous n’avons pas connaissance. » indique d’abord le chef de file des élus d’opposition David Ros dans un communiqué.

Concerné au premier plan par ces accusations, comme ancien vice-président aux finances (2011–2014), le socialiste Carlos Da Silva dénonce « une opération politique cousue de fil blanc, organisée par quelqu’un en campagne électorale ». Sans entrer dans le détail de l’audit, « que nous ne détenons toujours pas », il récuse les attaques qui lui sont faites, en taclant ses successeurs : « ce Conseil général était parmi les mieux gérés de France, avec de bonnes notations et une dette saine. François Durovray et son équipe n’étaient pas préparés à gérer, ils essayent de cacher leur incurie, avec par exemple un plan de relance fumeux avant même les conclusions de leur audit. Mais il est coutumier du fait, puisqu’il a fait la même chose à Montgeron pour justifier une hausse massive d’impôts ».

Plus grave, selon Carlos Da Silva, l’utilisation du mot « faillite » par la nouvelle majorité. « Les banques nous prêtaient à faible taux, car notre dette était bien tenue et diversifiée » indique l’élu PS, « si les investisseurs imaginent que la situation se dégrade, les taux vont augmenter, ce sont des millions de différence » pointe-t-il, accusant à son tour le président du Département : « son opération de communication se retourne contre les Essonniens ».

Les nouveaux élus du Département veulent en tout cas afficher un visage « tourné vers l’avenir », même si d’autres mesures d’austérité sont certainement à attendre de la part de l’instance. « En dépit de la crise, nous devons être capables d’imaginer le futur », souligne Michel Bournat avant d’annoncer, dès ce mois de novembre, les « Assises de l’Essonne ». « On veut que les Essonniens soient associés à un certain nombre de choix. Qu’ils se réunissent autour de cette question : « quelle doit être la feuille de route du département ? » » Une chose est sûre : elle ne laissera pas indifférents les habitants, élus et acteurs du tissu associatif. Affaire à suivre.