Jean-Paul Huchon arrive à la fin de son mandat à la tête de la Région Ile-de-France, qu’il a pilotée pendant 17 ans. Quel regard porte-t-il sur ses mandats successifs ? En évoquant ses années de présidence, les réalisations qu’il a portées, l’élu brosse lors d’un entretien exclusif avec Essonne Info son propre bilan.

« En 98, quand je suis arrivé, la Région était encore une petite collectivité, moins connue et moins considérée que les autres. » Jean-Paul Huchon donne le ton. L’élu, qui arrive au bout de son troisième mandat à la tête de la région la plus peuplée de France, dépeint un territoire « qu’il a fait exister. »
« Ma première fierté, évoque-t-il sans une hésitation. La seconde, c’est que nous avons fait en sorte que la Région soit indispensable dans beaucoup de domaines. »

« Les Franciliens vivent mieux »

« Le budget de la Région, à l’époque, était de 1,3 milliards d’euros, rappelle-t-il. Aujourd’hui, il atteint presque les 5 milliards (conséquences des lois de décentralisation, ndlr). Elle a eu aussi, depuis que je suis arrivé, des responsabilités nouvelles et est devenue indispensable dans beaucoup de domaines : sur l’enseignement supérieur, la formation avec l’apprentissage, sur les transports, la politique de logement, la santé et l’action sociale… »

Jean-Paul Huchon dresse un inventaire positif de ses réalisations à la tête de l’Ile-de-France, une région « dont on a maintenu la force économique. » Pour parler finances et investissements, l’élu n’est pas non plus dans la demi-mesure et balaye les accusations de l’opposition francilienne, qui dénonce gaspillages d’argent public et augmentations d’impôts : « Nous n’avons fait qu’aider à ce que les Franciliens vivent mieux, créé de la richesse et de l’emploi. »

« Manuel Valls a été le premier à parler du Pass Navigo »

Parmi les réalisations phares de Jean-Paul Huchon, le Pass Navigo arrive en bonne première place. Alors que communistes et écologistes en revendiquent la paternité, il souhaite replacer son origine dans un contexte. « Manuel Valls a été le premier à parler d’un passe pour les habitants de la banlieue, alors qu’il était encore maire d’Évry », veut-il rappeler. Le reste s’est fait petit à petit : la réduction des zones (début 2000, des zones 7 et 8, puis de la zone 6 )… l’idée de la majorité : « avancer vers une égalité complète ».

Dernièrement, l’arrivée du Pass unique à 70 euros a inquiété la droite francilienne, qui craint notamment un manque à gagner qui pénaliserait les investissements dans le domaine des transports. Les représentants de Valérie Pécresse en Essonne mènent ainsi une campagne auprès des usagers pour dénoncer le bilan de la gauche en la matière (lire notre article). Le prix du ticket unique lui, n’a jamais baissé, « car il est beaucoup utilisé par les usagers touristiques, ainsi que les gens qui ne se déplacent pas de manière quotidienne », pointe l’élu. Avant de préciser : « Il faut comprendre que dans le futur, le prix des transports ne baissera pas. Nous devons financer les travaux. »

En Essonne, où les élus locaux de la droite et du Front National font campagne sans relâche sur la thématique des transports (pointant notamment du doigt les retards, la fragilité des infrastructures, la vieillesse de certains trains et les problèmes d’insécurité), il est vrai que la tâche semble d’ampleur. Grand Paris, ligne Massy-Evry, travaux d’été sur les lignes C et D, rénovation des gares… Jean-Paul Huchon le sait, le réseau Ile-de-France, plus gros système de transports du monde, sera une thématique majeure de la campagne pour les régionales. Il assure avoir fait ce qu’il faut en matière de sécurité : « Nous avons payé des caméras avec le Stif, augmenté le nombre d’agents de sécurité et de médiateurs. » L’élu propose aussi d’augmenter la durée d’ouverture des gares de banlieue, « qu’il y ait quelqu’un au moins jusqu’au dernier train. »

« Nous n’avons pas honte de ce qui s’est fait dans les lycées »

Sur le plan des lycées, thème sur lequel la majorité socialiste s’est faite interpeller ces dernières semaines par la droite en campagne, Jean-Paul Huchon maintien ce discours positif qui caractérise son inventaire. « Nous n’avons vraiment pas honte de ce qui s’est fait dans les lycées. Il faut se rendre sur place pour se rendre compte de leur qualité », tranche-t-il quand on lui parle des retards des chantiers et des établissements qui manquent encore à l’appel. 400 millions d’euros par an y sont consacrés, et depuis 98, 220 ont été construits ou rénovés. Un autre sujet de campagne qui a remplit les journaux locaux ces dernières semaines, et sur lequel droite et gauche sont entrées dans une interminable bataille des chiffres.

« Je vais rester président jusqu’au dernier jour »

Dix-sept années après sa victoire de 1998, celui qui restera connu pour son goût du rock – il se montre au festival Rock en Seine ou appréciait le Plan de Ris-Orangis – s’apprête donc à passer la main. Non sans avoir dans un premier temps entretenu le doute sur ses intentions, envisageant même de rempiler. Mais la perspective d’une lutte interne pour la tête de liste avec sa première vice-présidente Marie-Pierre de la Gontrie aura conduit les instances du PS à propulser la candidature de Claude Bartolone.

Jean-Paul Huchon suit cette nouvelle campagne pour les régionales de loin, même si pour lui, « elle n’a pas vraiment commencé ». Le vaste bureau du président de l’Ile-de-France, au premier étage du bâtiment parisien du Conseil régional, paraît bien éloigné des préoccupations essonniennes et de la campagne qui bat son plein, sur le terrain comme sur les réseaux sociaux. « Les principales incertitudes viennent des alliances, de la part des Verts comme du Front de gauche », décrypte-t-il.

Il conclut, évoquant son potentiel successeur : « C’est avant tout Claude Bartolone qui mène la campagne. Nous nous voyons toutes les semaines en tête-à-tête. Je dois pour ma part faire avancer les dossiers. Je vais rester président jusqu’au dernier jour. »