Y aura-t-il de nouveaux puits de pétrole en Essonne ? Rien n’est moins sûr suite à l’avis défavorable reçu par la société Vermilion lors de l’enquête publique sur le devenir de sa concession de Vert-le-Grand. Une nouvelle qui satisfait les membres du collectif anti-gaz de schiste.

Le siège et les installations de Vermilion à Vert-le-Grand. (JM/EI)

Le siège et les installations de Vermilion à Vert-le-Grand. (JM/EI)

133 à 3. Ce résultat pourrait faire frémir les fans de l’ovalie, mais il ne s’agit pas là de rugby. Ce résultat, c’est celui qui concerne l’enquête publique relative à la demande d’autorisation d’ouverture de travaux d’exploitation de mines d’hydrocarbures liquides présentée par la société Vermilion. Ouverte entre le 21 mai et le 27 juin, celle-ci s’attelait à étudier les modalités des travaux voulus par le groupe canadien d’hydrocarbures Vermilion. Dans le cahier des charges, les travaux de développement projetés par Vermilion consistent à réaliser notamment 10 nouveaux forages depuis les emplacements de surfaces existants, situés sur sa concession de Vert-le-Grand et dont l’objectif de fond implique également la concession de la Croix-Blanche et les alentours de Leudeville.

Après plus d’un mois d’étude, les conclusions du commissaire enquêteur sont enfin connues. Le verdict est sans appel, il rend un avis défavorable au projet de creuser de nouveaux puits. Ils se base pour cela sur les 3 avis favorables, contre 133 défavorables récoltés pendant l’enquête, auxquels peuvent se rajouter les 56 autres avis de personnes qui s’opposent à l’exploitation du gaz et huiles de schiste si la réglementation venait à changer en France.

Des « doutes » sur les objectifs de Vermilion

« C’est une nouvelle à laquelle nous nous y attendions pas. Nous sommes très déçus de cet avis, Compte tenu de l’existence de cette activité de pétrole conventionnel en Essonne depuis de nombreuses années », déplore Jean-Pascal Simard, directeur des relations publiques de Vermilion. Mais ce résultat cinglant ne serait pas la seule déconvenue pour le groupe canadien. En témoigne certaines conclusions mises en avant par le commissaire enquêteur dans son rapport. Ce dernier pointe du doigt quelques objectifs injustifiés de la part de Vermilion, notamment sur les courbes de prévisions de production des gisements qui seront forés. Mais l’un des arguments fournis par le commissaire enquêteur repose sur d’autres estimations, « non justifiées », qui laissent planer « un doute sur les objectifs de Vermilion, malgré son engagement à ne réaliser ni maintenant, ni plus tard, l’exploitation du pétrole ou gaz de schiste par fracturation hydraulique ou d’autres techniques ».

Des doutes que veut définitivement écarter Jean-Pascal Simard. « Il n’est pas question d’exploiter du gaz de schiste, commente ce dernier. Nous avons confirmé à plusieurs reprises que nous souhaiterions continuer l’activité conventionnelle par de nouveaux forages », et de poursuivre : « c’est notre travail de prolonger la durée de vie de ces gisements pétroliers de manière méthodique et en appliquant notre expertise pour optimiser l’existant, sinon le déclin naturel de nos gisements peut cesser. C’est pourquoi nous devons forer de nouveaux puits afin de continuer notre activité, car c’est une ressource qui est très importante pour la France », se justifie le directeur des relations publiques de Vermilion.

Si le résultat de cette enquête est donc une déception pour les uns, c’est aussi une satisfaction pour les autres. Parmi eux, les membres du collectif anti-gaz de schiste 91. « Je salue la victoire du peuple, c’est grâce à la mobilisation populaire que nous avons obtenu ça », se félicite Philippe Pascot, fondateur du collectif. Pour lui, c’est un juste retour des choses. « C’est un dossier mal ficelé, mal fagoté et même j’irai jusqu’à dire maquillé de la part de Vermilion pour exploiter du gaz de schiste », lâche Philippe Pascot, peu enclin à entendre les arguments de la société canadienne.

Au Préfet de trancher

Pour les anti-gaz de schiste, ces conclusions de l’enquête publique peuvent « contrecarrer les projets de Vermilion en Essonne ». Toutefois, rien n’est encore sûr. La balle est dans le camp des instances de l’Etat. En effet, c’est maintenant au Préfet de l’Essonne de se positionner sur cet épineux dossier. Ce  dernier rappelle un élément important pour la suite de la procédure : le fait que l’avis de l’enquête publique soit purement consultatif. « Pour l’instant il y a l’avis défavorable, mais je ne suis pas strictement tenue de le suivre, indique Bernard Schmeltz à Essonne Info. Cependant, je n’ai pas encore pris de décision sur le sujet », avant de préciser qu’il « émettra un avis rapidement, dans les prochains jours ».

Vermilion et les opposants au gaz de schiste sont donc suspendus aux lèvres du Préfet. Chaque camp semble faire monter la pression sur Bernard Schmeltz. « Je souhaite que notre activité soit maintenue et développée en Essonne, insiste Jean-Pascal Simard. De surcroît, ce genre d’activité est soutenu par les ministres Royal et Macron ». Du côté de Philippe Pascot, on se demande « comment le Préfet va autoriser et passer par-dessus l’avis du commissaire enquêteur et du collectif qu’il y a derrière. S’il fait ça, ça veut dire qu’il prépare l’exploitation du gaz de schiste pour Vermilion sur le territoire, tonne celui qui est également membre de la coordination régionale et nationale du collectif, si le Préfet passe outre les conclusions de l’enquête, c’est que le gouvernement nous ment sur ses intentions en matière de fracturation hydraulique et d’exploitation du gaz de schiste ».

De son côté, le préfet rappelle « qu’en France, l’exploitation des gaz de schiste est interdite, mais l’exploitation pétrolifère ne l’est pas ». Et de poursuivre : « si tout est en règle, il n’est pas lieu que l’on s’oppose, l’exploitant a déposé son dossier dans les règles ». On devrait ainsi bientôt y voir plus clair sur ce dossier. Pour autant, cela ne semble pas désorganiser Vermilion. Une nouvelle enquête concernant la création de trois nouveaux puits sur la commune de Vert-le-Petit va ouvrir. « Le résultat risque d’être le même que pour la précédente enquête », conclut le membre du collectif.