Les lycées au cœur de la campagne des élections régionales, c’est en tout cas l’un des sujets du moment où les débats sont les plus virulents entre la majorité actuelle et son opposition. Zoom de la situation au niveau régional et essonnien.

À trois mois du scrutin, la bataille pour le Conseil régional fait rage. Chaque camp est sur le pied de guerre. Les visites des différents chefs de file dans les huit départements de l’Île-de-France s’intensifient. Outre les candidats qui commencent à se faire connaître, les débats s’amplifient également. Après les nouveaux tarifs du Pass Navigo annoncés la semaine passée, les discours se sont désormais portés sur un phénomène d’actualité, celui de la rentrée.

Il n’est pas question des écoles, ni même des collèges, respectivement à la charge des mairies et du Conseil départemental. Il est question des lycées et plus particulièrement des rénovations, de l’entretien, de la construction et de l’équipement de l’ensemble des lycées publics franciliens. Ainsi, le Conseil régional s’occupe de près de 470 établissements répartis dans les huit départements de l’Île-de-France, ce qui représente pas moins de 6,5 millions de mètres carrés. C’est à ce sujet que les débats sont actuellement les plus virulents entre l’opposition et la majorité sortante.

Une bataille de chiffres

À une semaine de la rentrée, cette nouvelle avait fait l’effet d’une bombe. Valérie Pécresse, candidate Les Républicains – UDI a dénoncé « les promesses non tenues de la gauche », ainsi que « l’aggravation des retards des chantiers de construction et de rénovation des établissements ». Car  dans les chiffres avancés par la présidence de la Région, une grande partie serait faussée. Si sur le nombre de 220 lycées rénovés à ce jour, la gauche et la droite s’entendent, les deux camps divergent totalement quant aux délais de livraison. Les ratios sont même purement et simplement inversés. « Depuis 1998, date de mon arrivée à la tête de la Région, mon équipe a livré 77% de chantiers dans les temps  », se satisfait le socialiste Jean-Paul Huchon.

Des propos que réfute le chef de file départemental des Républicains en Essonne Stéphane Beaudet. Par rapport aux rénovations, le maire de Courcouronnes annonce des retards de livraison de plusieurs mois, voire plusieurs années. « Jean-Paul Huchon dit qu’il est à 77% de chantiers livrés à temps. Or c’est faux, il n’en est à qu’à 24% », lâche Stéphane Beaudet. L’Essonnien, bras droit de Valérie Pécresse en Essonne, explique cet écart comme tel : « nous en sommes actuellement à la troisième programmation pluriannuelle des investissements (Ndlr : PPI pour la période 2012–2022), or, 80% des lycées inscrits à ce programme sont des établissements qui étaient déjà inscrits à la deuxième PPI qui date du début des années 2000. Du coup, certaines rénovations reportées sur cette dernière PPI affichent parfois des retards entre 9 et 12 ans par rapport aux délais initiaux », affirme ce dernier qui remet en cause le travail de la majorité régionale par le biais d’une « baisse des investissements envers ce secteur ».

Le lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes en travaux doit être livré en juillet 2017. (JL/EI)

Le lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes en travaux doit être livré en juillet 2017. (JL/EI)

Des paroles que conteste Jean-Paul Huchon. Interrogé par Essonne Info à ce sujet, le Président de la Région s’explique. « Il est vrai qu’une part des dossiers d’une PPI est reportée à une autre. Toutefois, c’est dû aux aléas des marchés publics, assure Jean-Paul Huchon. Nous avons choisi à la Région de travailler avec des entreprises locales, or certaines d’entre elles font parfois faillite. S’il y a des retards, c’est en partie à cause de cela. Jamais on ne pourra dire que c’est la Région qui a retardé les chantiers. Nous n’avons vraiment pas honte de ce qui s’est fait dans les lycées, auxquels la région consacre 400 millions d’euros par an ».

Quid des lycées essonniens ?

Et l’Essonne dans tout ça ? Sur les 46 lycées essonniens à sa charge, la Région en a pour le moment rénové 19. « Pour certains d’entre eux, il s’agit de rénovations considérables, notamment à Montgeron par exemple, ou encore à Évry », résume Jean-Paul Huchon. Respectivement, les rénovations des lycées Rosa Parks et du Parc des Loges ont été chiffrées à 65 et 40 millions d’euros.

Seulement, sur les sept lycées en ce moment en travaux, six* seraient « des opérations promises depuis 2006 et qui ne respectent pas le calendrier prévisionnel de la région », confie le clan des Républicains. Parmi eux se trouve le lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes. Les candidats de Valérie Pécresse aux régionales ont d’ailleurs organisé une manifestation symbolique devant ce dernier lors de la rentrée. « Ce chantier accuse du retard. J’en appelle à Madame Pécresse pour que la rénovation intervienne le plus rapidement possible », affirmait alors l’ancien maire de la commune, Serge Dassault. « La date prévue est juillet 2017, mais on peut peut-être parier sur une livraison pour 2019 qui sait », ajoute Stéphane Beaudet.

Autre cas pointé du doigt par la droite, la création pure et simple d’un nouveau lycée dans le Sud-Essonne qui se ferait attendre depuis… 1993. « Il faut vraiment être pugnace, lance Marie-Claire Chambaret, maire de Cerny. Cet établissement, on en a besoin. On n’a pas baissé la garde depuis les années 1990 et on ne le fera pas tant qu’on ne l’aura pas ». Car si le lycée technique de la commune est en rénovation, celui-ci ne serait plus en capacité d’accueillir les nouveaux arrivants. D’où l’importance d’en « construire un nouveau entre Cerny et Milly-la-Forêt », précise Marie-Claire Chambaret. « La Région semble avoir mis de côté les lycéens du baby-boom de l’an 2000. Cela représente près de 10 000 lycéens de plus », poursuit Stéphane Beaudet. « En 2004, la gauche avait promis 17 nouveaux lycées et 2 lycées internationaux. Or 11 ans après, seuls 6 nouveaux lycées ont été créés », renchérit Valérie Pécresse.

Là encore, cela semble être une critique facile pour le Président de la Région. « Mme Pécresse devrait savoir que la construction d’un lycée se fait avec différentes étapes. Quand vous faites un tel projet, il faut prendre en compte le temps que vous passez sur l’administration, les accords… Par exemple, pour un lycée technique qui va former des jeunes sur le chauffage et la climatisation, il faut que nous puissions fournir le matériel adéquat. Cela prend du temps », commente Jean-Paul Huchon avant de conclure sur : « les lycées sont la fierté de mes mandats ».

Bref, vous l’aurez compris, l’avenir des lycéens est au cœur des préoccupations des candidats à la présidence de la Région. À ce propos, 112 lycées sont encore en cours de rénovation ce qui portera à près de 330 le nombre de lycées rénovés ou auxquels des travaux ont été apportés en 18 ans.