Pourquoi le Québec a besoin des immigrants qu’il craint

Je suppose que le Québec a le droit de se tirer dans le pied. Peut-être que ses orteils mutilés ne regardent que lui, et que toute critique de ses tendances autodestructrices en matière d’immigration et de culture n’est qu’un « Quebec bashing » anglophone de plus (ou, comme on l’appelle en français, « le Quebec bashing ».).

Parce que ce que les électeurs québécois ont fait cette semaine – du moins tel que traduit à travers la lentille déformée du système de vote uninominal à un tour – équivaut à une autodestruction. Ils ont donné une majorité écrasante à un parti, la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault, qui joue ouvertement sur les peurs liées à l’immigration et promet de limiter le nombre de nouveaux arrivants dans la province.

On a beaucoup parlé de la déclaration de Legault selon laquelle autoriser plus de 50 000 immigrants par an au Québec serait « suicidaire » pour son identité francophone. Mais pire encore a été l’affirmation infondée de son ministre de l’immigration selon laquelle « 80 % des immigrants vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise. »

Les dommages causés aux communautés immigrantes par ce genre de langage abusif sont évidents. Mais les dommages seront également infligés à l’ensemble de la société québécoise, y compris la majorité francophone, à court et à long terme.

À court terme, la réduction du nombre de résidents permanents autorisés à s’établir dans la province nuira aux perspectives de croissance économique. En fait, c’est déjà le cas.

Les entreprises du Québec (comme celles des autres provinces) se plaignent de ne pas pouvoir trouver de travailleurs. La Gazette de Montréal a récemment publié un long article à ce sujet, citant des dirigeants de petites et moyennes entreprises qui se plaignent de devoir refuser des contrats parce qu’ils n’ont pas assez de personnel pour faire le travail.

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La pénurie de main-d’œuvre est un problème dans tout le pays, mais elle est particulièrement aiguë au Québec. « Si vous êtes un employeur de nos jours, c’est comme si vous pêchiez dans un lac vide », aurait déclaré le chef de la principale association d’employeurs de la province.

Ironiquement, le gouvernement Legault a dû répondre à cette pénurie en admettant plus de travailleurs étrangers temporaires que jamais – même s’il promet de réduire les objectifs d’immigration pour la province. Il a dû reconnaître la réalité économique, malgré sa rhétorique.

On peut appeler cela du pragmatisme ou de l’hypocrisie ; dans tous les cas, cela souligne le fait que la réticence de la CAQ à accepter de nouveaux arrivants en raison de craintes exagérées concernant l’identité linguistique et culturelle du Québec n’est pas viable. À moins, bien sûr, que vous ne soyez prêt à accepter que le Québec se résigne à être un trou perdu à faible croissance. En fait, certains politiciens nationalistes embrassent cette idée même au nom de l’identité culturelle.

Ce n’était certainement pas la vision de la CAQ lorsque M. Legault a été élu pour la première fois. En tant qu’homme d’affaires prospère, il a promis de stimuler la croissance économique et de sevrer le Québec de sa dépendance aux subventions (alias paiements de péréquation) du reste du Canada. En campagne en 2017, il a promis : « Un gouvernement de la CAQ aura de l’ambition, visera haut pour le Québec ».

Ce qui nous amène à la menace à plus long terme pour le Québec que représente une voie à faible immigration et à faible croissance pour la province – viser bas plutôt que haut, en d’autres termes.

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La part du Québec dans la population du pays est en déclin, graduel mais constant, depuis des décennies. Restreindre l’immigration alors que le reste du Canada accepte un nombre record de nouveaux arrivants (431 000 est l’objectif d’Ottawa cette année) accélérera cette tendance. En fait, on prévoit que la part de la province dans la population du Canada passera sous la barre des 20 % d’ici 2043.

Les politiciens québécois voient bien ce que cela signifie : moins de poids pour la province dans la fédération. Certains font pression pour que la part de sièges du Québec au Parlement soit garantie à son niveau actuel (environ 23 pour cent), quelle que soit la baisse de sa population.

Cela pourrait se produire, étant donné l’empressement des deux principaux partis à s’attirer les faveurs des électeurs québécois. Mais cela ne serait possible qu’en sous-représentant davantage les provinces dont la population croît le plus rapidement, soit l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Si la garantie de sièges ne se concrétise pas, l’influence du Québec au Canada, déjà en déclin, continuera de diminuer.

Voilà donc le prix à payer pour décourager l’immigration alors que le reste du Canada ouvre ses portes : une croissance plus lente maintenant et la perspective d’une marginalisation à terme. Combien d’orteils cassés cela fait-il ?

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