À six mois de la mise en place du nouveau schéma régional de coopération intercommunale (SRCI), la ville de Verrières-le-Buisson est toujours en plein conflit avec le gouvernement. La municipalité souhaite intégrer la Métropole du Grand Paris malgré le refus des parlementaires. Ce fait plonge la commune dans une situation complexe.

Le 1er janvier prochain, la carte des intercommunalités d’Île-de-France va être en grande partie bouleversée. Pour ce qui concerne l’Essonne, l’ensemble des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) concentrés dans le nord du département est amené à fusionner pour former des communautés d’agglomération (CA) plus importantes. À l’exception de l’ensemble qui va voir le jour autour du Val d’Yerres, tous les autres EPCI dépasseront les 200 000 habitants.

Outre la création de ces nouveaux blocs, des communes doivent quant à elles rejoindre la Métropole du Grand Paris (MGP), dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 1er janvier 2016. La CA Les Portes de l’Essonne (CALPE) ainsi que Viry-Châtillon pourraient intégrer cet ensemble prochainement. Si Varennes-Jarcy ou encore Wissous ont refusé d’être absorbées dans le Grand Paris qui regroupera à terme près de 7 millions d’habitants, d’autres ont émis le vœu de la rejoindre. Verrières-le-Buisson fait partie de ces dernières. Toutefois, la demande de cette commune de 15 000 habitants a été rejetée, au grand dam du maire qui ne compte pas en rester là.

« Un mensonge d’Etat »

« Pour le moment, c’est cuit », peste le maire de la commune, Thomas Joly, quelques jours après la publication de la carte de la future métropole. Car oui, après s’être positionnée à plusieurs reprises pour une entrée au sein de la MGP, la municipalité a vite déchanté. « Au moment de prendre une décision en septembre entre une adhésion à la métropole ou à une autre intercommunalité, nous étions dans l’inconnue et nous n’avions pas le temps pour faire une concertation complète dans le délai imparti. C’est pourquoi nous avons demandé un délai supplémentaire à la ministre Marylise Lebranchu. Chose que nous avons obtenue », se souvient le maire. Or, c’est là que la situation se complique pour cette commune du nord-Essonne. « Dans la dernière lecture à l’Assemblée et au Sénart, l’amendement qui était proposé pour faire passer Verrières dans l’intercommunalité que nous souhaitions (Ndlr : la Métropole du Grand Paris) a été repoussé à l’occasion de la commission mixte paritaire. Cela rend caduque la délibération de Verrières », s’insurge Thomas Joly.

L’accès à la MGP est donc refusé et l’édile verriérois n’hésite pas à pointer du doigt le comportement « scandaleux » de la ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique sur ce dossier. « Nous avons toujours appliqué la loi à Verrières-le-Buisson. Si Marylise Lebranchu ne nous avait pas accordé un délai, nous aurions délibéré dans les délais impartis avant le 30 septembre et nous aurions peut-être déjà intégré la métropole. La responsabilité appartient à Madame Lebranchu qui a fait un mensonge d’Etat en promettant quelque chose qu’elle ne tient pas », clame le maire sur un ton révolté. Ce dernier a ainsi déposé un recours gracieux auprès du préfet. Si d’aventure il n’avait pas de réponse, il engagerait un recours contentieux contre l’Etat, « d’abord au tribunal administratif puis devant le conseil constitutionnel », confirme-t-il.

« Notre pôle de vie, c’est la capitale »

Verrières-le-Buisson doit donc se résoudre à laisser de côté la Métropole du Grand Paris, car à six mois de l’entrée en fonction de la nouvelle carte territoriale, le temps presse. À défaut d’intégrer la MGP, Verrières se dirige vers la nouvelle intercommunalité de Paris-Saclay qui résulte des futures fusions entre la CA du Plateau de Saclay et d’Europ’Essonne. « Les discussions sont engagées depuis peu. J’ai déjà rencontré les deux présidents à deux reprises chacun, expose Thomas Joly. Tant que les jugements ne seront pas prononcés, nous serons de loyaux et utiles partenaires à la communauté Paris-Saclay. Nous jouerons notre rôle et nous participerons aux groupes de travail pour faire valoir notre musique à l’intérieur de cette intercommunalité ».

Une nouvelle direction qui a tendance à satisfaire l’opposition communale. « Nous pouvons nous féliciter de ne pas rejoindre la MGP qui est en l’état une entité avec peu de moyens et peu de compétences pour peu d’ambitions ». Pour les membres de l’opposition, le Plateau de Saclay est « un territoire d’excellence, équilibrant villes et campagnes, dans lequel Verrières s’inscrit naturellement ». Des propos que balaie d’un revers le maire de Verrières. « Certains disent que le tropisme naturel est vers Massy. À mes yeux c’est faux. Notre pôle de vie, c’est la capitale avec la ligne B du RER ou encore avec le marché de Sceaux », affirme Thomas Joly. Il en profite ainsi pour revenir sur les « atouts » pour sa commune à intégrer la métropole. « Dans la continuité de la CA des Haut-de-Bièvre (CAHB), cela fait déjà 11 ans que nous travaillons avec des villes qui vont intégrer la métropole. Ça crée un climat de confiance et je sais comment ils fonctionnent. Je sais ce qu’ils m’apportent en matière de qualité avec le service public notamment. Idem sur les compétences que nous avons voulu transférer. Aller avec Paris-Saclay occasionnerait de grandes transformations pour nous ». Mais au cœur d’un ensemble plus vaste, l’opposition craint pour les intérêts de la commune. Pour eux, l’ancienne CAHB « sera demain l’intercommunalité du Grand Paris la moins avantagée financièrement », lâchent les opposants.

Pour l’heure, Verrières-le-Buisson n’en est pas là. « On n’est dans un état d’esprit de construction positive avec Paris-Saclay. De notre côté, on ne jouera pas la politique de la chaise vide, cela me paraîtrait très dommageable pour la commune », conclut Thomas Joly.