Six après la mise en place du dispositif « Réussir sa sortie » pour la réinsertion des jeunes détenus de la prison de Fleury-Mérogis, ce nouveau fer de lance de lutte contre la récidive pourrait bien s’étendre dans les années à venir à d’autres départements ainsi qu’à d’autres catégories de détenus de la plus grande maison d’arrêt d’Europe. Pour nous parler de ce dispositif prometteur, nous sommes allés à la rencontre d’Alexandra Vidal, directrice de la Mission Locale des Ulis, porteuse du projet « R2S ».

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Prison de Fleury-Mérogis (LS/EI).

À la prison de Fleury-Mérogis, nombreux sont les jeunes détenus proches de retrouver le chemin de la sortie chaque année. Mais, bien trop souvent livrés à eux-mêmes, un grand nombre d’entre eux récidive et retourne en détention dans les premiers mois de leur liberté retrouvée. Pour lutter contre ce phénomène, le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) ainsi que les dix Missions Locales du département se sont lancés en 2009 dans un projet novateur de réinsertion des jeunes détenus dans la vie active avec le dispositif « Réussir sa sortie ».

Chaque année depuis six ans, quarante-quatre jeunes détenus essonniens âgés entre 18 et 25 ans bénéficient du dispositif « R2S ». « À l’époque, en 2009, nous étions très intéressés par le domaine de la justice à la Mission Locale des Ulis. Les démarches n’étaient pas simples pour les détenus. Il fallait qu’ils demandent individuellement des permissions de sortie pour leurs entretiens d’embauche, des aménagements de peine, etc. Avec « Réussir sa sortie », on travaille la réinsertion des jeunes à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la prison pendant quatre mois. On demande un aménagement de peine pour tout le monde. Les démarches sont beaucoup plus simples pour eux pour retrouver le chemin de l’emploi », explique Alexandra Vidal, directrice de la Mission Locale des Ulis, porteuse du projet.

Faciliter la phase de transition dedans/dehors

En 2014, quarante-quatre jeunes détenus essonniens incarcérés à la prison de Fleury-Mérogis ont été sélectionnés parmi les 262 jeunes hommes détenus au centre pénitentiaire. « Pour réaliser ce travail de sélection, les Missions Locales et le SPIP de l’Essonne organisent régulièrement des comités de sélection au sein de la maison d’arrêt. Nous prenons en compte la motivation du jeune, son projet professionnel, sa volonté de s’en sortir », explique Alexandra Vidal. Du 31 mars 2014 au 23 janvier 2015, les quarante-quatre détenus sélectionnés ont alors suivis un programme de réinsertion complet avec l’organisme de formation Free Compétences, réparti en deux temps : une phase en milieu fermé (2 mois) et une phase en milieu ouvert (2 mois).

« Avec l’organisme de formation, l’ensemble des Missions Locales travaille sur l’insertion professionnelle. Le but, c’est qu’à l’intérieur, nous travaillions sur la remotivation, les outils de recherche d’emploi, le savoir être, le comportement, tandis que la deuxième phase se concentre davantage sur les visites extérieures, la prospection, etc. », déclare la directrice de la Mission Locale des Ulis. En 2014, les jeunes détenus ont notamment pu s’informer sur les dangers de l’influence des quartiers ou encore visiter l’AFPA, un organisme de formation professionnelle pour adultes situé à Ris-Orangis. Huit détenus y ont d’ailleurs suivi une formation à leur sortie de prison. « Leur plus grande panique, c’est de retourner chez eux, de refaire des bêtises parce que c’est plus facile. Avec ce dispositif, ils sortent en groupe et ils sont encadrés. Ce projet, c’est un moyen efficace d’éviter la scission dedans/dehors et la récidive », assure Alexandra Vidal.

Des résultats probants

Six ans après sa mise en place, le dispositif a largement fait ses preuves en terme de réinsertion professionnelle et de lutte contre la récidive. « Depuis 2012, 115 jeunes ont bénéficié du dispositif « R2S ». Deux mois après la fin du dispositif, un seul a récidivé sur les 115. Six mois après la fin du dispositif, nous avons continué un suivis auprès de 77 jeunes. Parmi eux, seuls trois sont en récidive  », peut-on lire dans un courrier du Préfet de l’Essonne. Le bilan de l’année 2014 est tout aussi prometteur. Deux mois seulement après la fin du dispositif « Réussir sa sortie », le taux d’insertion professionnelle des jeunes s’élevait à 50% contre 39,3% en 2013. Six mois après la fin de R2S, un jeune est actuellement en CDI, deux autres en CDD, deux autres en intérim et l’un des quarante-quatre jeunes est devenu auto-entrepreneur. Quant au nombre de récidives, seuls deux jeunes sont retournés en détention.

« L’objectif final, se serait que le dispositif devienne pérenne et devienne de droit commun, c’est-à-dire qu’il soit appliqué sur toute la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. On est en train de réfléchir pour généraliser ce dispositif aux autres départements de la prison, notamment au 93 et au 75. Et surtout, nous sommes en train de voir si nous pourrions intégrer ou non des femmes ou créer un groupe spécifique pour elles. Mais tout dépend des financements qui seront engagés à l’avenir », déclare la directrice de la Mission Locale des Ulis. Actuellement, 125 000 euros sont investis dans le dispositif « Réussir sa sortie » par la Préfecture de l’Essonne, le SPIP de Fleury-Mérogis et le Conseil Départemental de l’Essonne.