Réputé pour être au cœur du premier pôle scientifique et technologique de France, le Plateau de Saclay est avant tout un territoire agricole de tradition. Dans Terres Précieuses, son livre-plaidoyer pour l’agriculture, l’écrivain-biographe Martine Debiesse va à la rencontre des agriculteurs qui se battent pour garder leur place dans le nord du département alors que le projet Paris-Saclay ne risque pas d’arranger leur situation.

Alors que les débats autour de l’aménagement du cluster Paris-Saclay font rage, c’est sur un tout autre sujet que le plateau de Saclay fait parler de lui. Dans son livre Terres Précieuses paru au mois de mai 2015, Martine Debiesse explore le rôle de l’agriculture sur le plateau. On y découvre ainsi des aspects peu connus de ce pôle de compétitivité à vocation internationale.

Terres Précieuses, une vision inédite du plateau de Saclay

Sur le plateau de Saclay, 2 333 hectares sont des terres cultivées. Depuis l’Antiquité, l’agriculture est présente sur le Plateau. Grâce à son irrigation naturelle, le territoire, situé à 166 mètres d’altitude, possède parmi les terres les plus fertiles d’Ile-de-France et connaît une longue tradition agricole. Terres Précieuses nous apprend par exemple que les rigoles qui drainent l’eau du Plateau étaient à l’origine destinées à l’alimentation des fontaines du château de Versailles. La réputation agricole du Plateau est aujourd’hui sortie des mémoires, remplacée par celle d’une croissance urbaine qui gagne l’ensemble du territoire.

Pour ce livre consacré au plateau de Saclay et à ses racines paysannes, Martine Debiesse est allée à la rencontre des « femmes et des hommes qui font l’agriculture du Plateau de Saclay ». Résidant à Gif-sur-Yvette depuis 1993, cette écrivain-biographe explique s’être attachée au territoire après son adhésion à l’AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) des jardins de Cérès et à l’association Terre & Cité qui milite pour une agriculture de qualité. « Alors que les constructions successives mettent les terres du Plateau en danger, j’ai trouvé intéressant d’écouter ces agriculteurs qui racontaient des choses passionnantes sur leur métier » explique t-elle. Militante contre l’urbanisation du Plateau, Martine Debiesse précise toutefois que son livre n’entre pas dans ce cadre activiste.

Des initiatives pour défendre une terre « fertile et nourricière »

Avec Terres Précieuses, le but de Martine Debiesse est clair : montrer l’importance toujours actuelle de l’agriculture sur le plateau de Saclay en faisant parler les personnes concernées. En vingt ans, 977 hectares du Plateau de Saclay ont été bétonnés. Ainsi, l’écrivain-biographe explique sa démarche d’avoir voulu « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas souvent ». Les portraits d’agriculteurs se suivent et ne se ressemblent pas. On rencontre, entre autres, Charles Monville qui s’est converti à l’agriculture « bio », la famille Nicolardot implantée sur le plateau depuis plusieurs générations en changeant régulièrement de domaine et le jardin de Cocagne qui se sert du maraîchage biologique comme moyen de réinsertion sociale. Passionnée, elle raconte : « Dans un monde qui bouge, malgré ou à cause de l’urbanisation, les agriculteurs ont été obligés d’aller davantage vers les gens ou se sont diversifiés. A travers leurs paroles et leurs actions ressort un réel amour de leur métier. »

A travers l’idée d’une terre du Plateau de Saclay « rare et précieuse », la dénonciation d’une urbanisation poussée à outrance n’est pas loin. L’ouvrage souligne la détermination des acteurs locaux du Plateau de Saclay à préserver les terres agricoles face à ce qu’ils appellent une « occupation ». L’arrivée de l’Opération d’Intérêt National, impliquant la construction de 9700 logements, l’implantation de 100 000 emplois entre Massy et St-Quentin-en-Yvelines et la réalisation du métro 18 traversant les terres agricoles du plateau de Saclay, a donné lieu à de multiples actions. Au terme de longues négociations, le collectif des Pays de Saclay a réussi à faire inscrire dans la loi du Grand Paris de juin 2010 la création d’une zone protégée de 4115 hectares dont 2354 de terres agricoles du plateau : la ZPNAF (Zone de Protection Naturelle Agricole et Forestière). C’est la première loi qui sanctuarise des terres agricoles de cette façon. Mais selon Martine Debiesse, la ZPNAF ne suffit pas. Elle se désole : « Des agriculteurs se voient encore expropriés de leurs exploitations qui sont rayées de la carte. Le projet Paris-Saclay aurait très bien pu respecter l’agriculture et les agriculteurs et se faire avec leur accord. »

Terres Précieuses conclut malgré tout sur une note d’espoir pour ces agriculteurs qui, en dépit de leurs envies d’en revenir aux traditions, résistent à l’urbanisation en s’adaptant et évoluant avec leur environnement.

  • ‘Terres précieuses’ est publié aux éditions du Grand Carroi, il est disponible dans 14 points de vente (la liste ici).