Installé à Mespuits depuis 2009, Fabrice Leblanc s’est fixé une mission : permettre aux meubles et aux objets en bois de traverser les âges dans les meilleures conditions possible. Au sein de son ébénisterie, cet artisan passionné du bois et par l’histoire de l’art restaure tout type de mobilier, tout en transmettant son savoir aux nouvelles générations d’ébénistes. Zoom sur cet atelier et son savoir-faire.

« Nous aidons les objets à mieux vieillir. Nous intervenons sur un objet, mais nous ne faisons que passer dans la vie de ce dernier. Nous ne sommes qu’éphémères dans cette vie ». C’est par ces mots que Fabrice Leblanc résume avec beaucoup d’humilité le milieu si singulier de l’ébénisterie. Un vrai travail d’artisan où le savoir-faire et le travail minutieux sont de mises. Et ce milieu, Fabrice Leblanc le connaît sur le bout des doigts. Après avoir décroché son CAP d’ébéniste dans le début des années 1990, ce véritable passionné du bois et de l’histoire de l’art a monté son entreprise. Installé dans un premier temps dans les Hauts-de-Seine, ce dernier a pour le moment posé ses valises en 2009 dans une petite commune du Sud-Essonne, située entre Étampes et Milly-la-Forêt, il s’agit de Mespuits.

Au sein de ce petit atelier, Fabrice Leblanc exerce son métier – qui est aussi sa passion – dans l’objectif de restaurer et de prolonger la vie du mobilier français et de certains objets, tous bien sûr, faits de bois.

« Respecter l’intégrité du mobilier »

Recoller, effectuer des reprises de patine ou de plaquage, poncer, vernir au tampon, éliminer des champignons du bois, bref, les missions auxquelles se plient les ébénistes sont riches et multiples. Mais le but est toujours le même. « Nous devons restaurer tout en conservant tout ce que nous pouvons garder pour préserver l’authenticité de l’objet », confirme Fabrice Leblanc. Voici en quelques mots ce qu’est le b.a.-ba du métier. Car oui, les meubles ou objets qui transitent par l’ébénisterie Leblanc de Mespuits ont tous une histoire et un style à respecter. Tables, chaises, commodes, vitrine, boîtes, cannes, secrétaires font ainsi partie du quotidien de cet ébéniste. À chaque objet son lot de recherches. « On essaie toujours de trouver son origine, s’il a été signé par son créateur, explique l’artisan. Mais quoiqu’il arrive, on prend autant de soin avec un meuble de belle facture venant d’un atelier renommé qu’avec un « simple » meuble conçu par un membre de sa famille », reprend ce dernier.

EntrEssonne

Pas de distinction donc entre ces différents objets ou meubles qui bénéficient de leur traitement particulier. Et dans cet atelier ou plus de 115 essences de bois sont recenser, se mêlent anciennes et nouvelles méthodes. N’en déplaise aux puristes, ce choix est clairement assumé par l’artisan. « Il faut vivre avec son temps et avec sa technologie. De tout temps, les artisans ont utilisé les innovations de leur époque pour le mettre en pratique. Mais il faut bien savoir qu’on n’utilise que celles qui sont efficaces ». Ainsi, en plus des méthodes ancestrales, ce dernier met en pratique des méthodes comme celles du placage sous vide ou encore du traitement par anoxie qui en font sa renommée.

« On remonte l’Histoire »

Fabrice Leblanc s’interdit dans la quasitotalité des cas de remplacer une pièce de bois en entier quand celle-ci est en mauvais état. « L’objectif n’est pas de tout changer, loin de là. Il faut réparer les marques du temps en conservant si possible l’intégralité du mobilier. On essaie de garder les finitions d’époque. Cela fait partie de l’histoire du meuble », garantit l’artisan du bois. Car oui, la totalité des meubles ou objets que « requinque » Fabrice Leblanc à une histoire, sa propre histoire, plus ou moins longue que celle des autres. Certains meubles sont ainsi de vrais livres d’histoire à eux seuls. Outre un style historique, chaque planche et assemblage sont les témoins du temps. « Je traite des meubles du XVIIIe siècle. On arrive à distinguer les marques du temps, mais aussi les erreurs commises lors de leur création ou de leurs restaurations. Ça permet de voir comment ils travaillaient à l’époque et avec quels matériaux ». Et bien évidemment, il n’est pas question de revenir sur ces « coquilles » du passé. «  Elles font partie de l’histoire du meuble au même titre que les opérations de restauration que je lui porte », souligne Fabrice Leblanc. Il laisse ainsi sa trace dans l’histoire et la vie du mobilier. « C’est juste ce qu’il faut pour qu’ils puissent vivre encore et pour que nous puissions les transmettre aux autres générations. Les futurs restaurateurs dans 150 ans se demanderont sans doute pourquoi j’ai réparé le meuble de cette façon », ironise-t-il.

Outre l’histoire des objets, certains ont aussi laissé leur trace dans l’histoire avec un grand « H ». Il faut dire que l’atelier de Fabrice Leblanc recèle de pièces rares et anciennes émanant de collectionneurs ou des monuments historiques de l’Essonne avec qui il travaille. Le mobilier des églises ou encore des préfectures ou collectivités passent entre ses mains d’expert. Parfois, des pièces portent des stigmates du passé. C’est le cas d’une table du XVIIIe siècle. « Après avoir navigué entre différentes demeures, cette table a été réquisitionnée par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. L’Aigle du IIIe Reich est même toujours présent au-dessous », indique Fabrice Leblanc. Des marques d’un passé plus ou moins lointain qui ne laissent pas indifférent l’artisan. « C’est toujours agréable de tomber sur un meuble porteur de ces traces du passé ».

L’importance de la transmission du savoir

Mais vous l’aurez compris, permettre à ces objets uniques de traverser les âges demande du savoir-faire et beaucoup de patience. Sous le statut d’EURL, Fabrice Leblanc est le seul salarié de son entreprise. Pourtant, il n’est pas le seul au sein de son atelier. Durant deux ans, deux jeunes en apprentissage seront à ses côtés. Une chose très importante pour l’artisan. « Il y a moins en moins d’ébénistes de nos jours. Il est donc nécessaire de former des jeunes à ce métier si particulier pour transmettre notre savoir et pour s’occuper de ce formidable patrimoine », note Fabrice Leblanc. Lui-même ancien apprenti, il détaille ainsi à ces jeunes les « secrets » du métier. « On dit que c’est un métier dans lequel il y a des secrets d’atelier, mais au final, il n’y a  pas plus de secrets qu’ailleurs », plaisante Fabrice Leblanc.

Ces deux apprentis du moment, Anne-Sophie et Henri, apprennent et aident l’ébéniste restaurateur dans son travail. « Ici, ils touchent à tout. Je tiens à ce qu’ils travaillent sur un maximum choses pour leur assurer l’enseignement le plus complet », confie Fabrice Leblanc.

Outre les bases de l’ébénisterie et du travail du bois, ce dernier tient également à leur inculquer une dernière valeur. Celle de l’artisanat. « En plus de leur montrer le métier d’ébéniste, je leur montre aussi comment devenir un bon artisan. Car avant d’être ébénistes, nous sommes des artisans avant tout », conclut Fabrice Leblanc.

La petite ébénisterie de Mespuits fait ainsi figure de modèle au niveau du département sur de nombreux points. Vous pouvez ainsi la découvrir lors des visites d’entreprises qui sont réalisées en partenariat avec le Comité départemental du tourisme en Essonne (CDT) et la Chambre de commerce et d’industrie (CCIE) dans le cadre de l’opération Entr’Essonne.