Scènes surréalistes ce mercredi soir en marge du Conseil municipal de Savigny-sur-Orge. Face à des habitants remontés, le maire Eric Mehlhorn a dirigé la séance à huis clos, après que la police ait fait évacuer la salle.

Tous les ingrédients semblaient réunis pour que ce conseil soit houleux. Plusieurs appels à rassemblement étaient lancés en ville à la suite de l’annulation de la précédente séance (lire notre article). Deux mois n’auront pas suffit pour calmer les ardeurs des Saviniens, bien décidés à se faire entendre de nouveau lors du conseil municipal programmé ce mercredi 17 juin.

Plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées avant même l’horaire prévu. Opposants aux coupes budgétaires, habitants de Grand Vaux en colère, tous ont bruyamment pris place sur le parvis de l’hôtel de ville, en attendant l’ouverture de la salle des mariages, lieu de la séance. La municipalité avait fait installer pour l’occasion des barrières devant les fenêtres de la salle, et une forte présence policière devait empêcher tout débordement.

A l’ouverture de la salle pourtant, le ton monte rapidement entre le public, soutenu par les élus d’opposition, et les agents municipaux chargés de filtrer l’entrée. Les personnes entrent au compte-goûte et seules 50 d’entre elles sont admises à l’intérieur. Plusieurs dizaines d’autres commencent alors à protester, aux cris de « Laissez-nous entrer » et « démocratie ! ». Rapidement débordés, les policiers municipaux bloquent toute entrée, et se font chahuter, sous la surveillance de la police nationale.

Suspensions et huis clos

« Vous avez peur de quoi? C’est illégal ce que vous faites » lance une habitante, son voisin enchaînant : « c’est public, on n’est pas venu pour rester dehors, et on n’est pas armés ». A l’intérieur, l’ambiance est surchauffée. Le maire (LR) Eric Mehlhorn demande le calme sans succès, et suspend une première fois la séance. De retour un quart d’heure après, il fait voter par sa majorité la tenue à huis clos de la séance, certains élus de l’opposition refusant de participer sans la présence du public. Après une nouvelle interruption, et pendant que certains Saviniens commencent à taper sur les fenêtres, il demande à la police nationale de faire évacuer la salle (voir la vidéo).

Une fois le public sorti, et malgré le refus des élus de gauche de participer à la séance à huis clos, le conseil municipal se tient finalement, protégé par les forces de police. Les dizaines d’habitants présents continuent pour leur part de chanter, faire sonner des sirènes et taper sur des casseroles à l’extérieur. « Ils nous ont d’abord empêché de rentrer, puis pendant une interruption de séance j’ai pu passer. J’ai ensuite été évacué par la police alors que je leur disais que j’étais conseiller municipal » témoigne David Fabre, élu UDI d’opposition.

De leur côté, les élus de gauche se disent « révoltés » par la situation. « Pour moi ce conseil municipal est irrégulier, les issues de secours étaient bloquées, et on a été évacués » s’emporte Jean-Marc Defrémont. Son collègue Pierre Guyard (PS) se dit pour sa part sensible « à la démarche de citoyenneté montrée par les Saviniens qui s’engagent, ce qui redonne du sens au débat démocratique ». Ayant quant à elle participé à la séance, l’élue FN Audrey Guibert dénonce cependant le « climat détestable » de la soirée et critique le maire, « sourd aux protestations et incapable de dialoguer avec les Saviniens, [il] a fait évacuer par la force, les habitants venus assister au Conseil municipal ».

Saisine du préfet et « regrets » du maire

Eric Mehlhorn a réagi suite à ce conseil sur la flopée de critiques l’entourant, en affirmant : « oui le conseil municipal de ce [mercredi] soir était public, l’accès à celui-ci était permis dans le respect des règles de sécurité applicables à la salle de l’assemblée. Les élus ayant manifesté des difficultés d’accès se sont vus proposer assistance. Les élus de l’opposition n’ayant pas siégés l’ont fait de leur gré ». Il renvoie ainsi dans les cordes ses opposants, justifiant l’évacuation policière, « face au refus [d’une] partie du public d’observer le calme et de quitter la salle une fois le huis clos voté à la majorité ». Il ajoute « regretter » que les débats n’aient pas pu se tenir publiquement, citant des délibérations d’importance comme le contrat de ville, le compte administratif 2014 ou les réductions de postes.

Tandis que les élus de gauche dénoncent « l’usage excessif de la force », « les décisions budgétaires menées sans travail en commission » et accusent le maire d’avoir « provoqué le mécontentement des administrés », le conseiller municipal David Fabre a saisi le préfet de l’Essonne « pour de graves irrégularités constatées dans ce conseil municipal ».  Il lui demande ainsi « de ne pas le valider et d’agir pour faire respecter par M. Mehlhorn, les droits les plus fondamentaux des élus d’opposition ».

Contactés, les services du préfet ont indiqué à Essonne Info que concernant l’évacuation de la salle, « le maire dispose seul de la police de la séance, il est donc en droit de prononcer le huis clos et de faire évacuer le public ». L’Etat dans le département ne se prononce pas encore sur les saisines des élus d’opposition : « si des délibérations ont été adoptées de manière irrégulière, elles seront annulées, mais nous ne le saurons que lorsque ces décisions seront formellement examinées en contrôle de légalité ».