A Savigny, l’exposition « Mauvaises filles, déviantes et délinquantes » et la pièce « Mauvaises filles » s’interrogent sur la rééducation appliquée aux jeunes femmes délinquantes, et sur les brimades faites à la féminité au nom de la religion. A voir jusqu’à dimanche au Théâtre du Fil, et peut-être en tournée cet été.

Quand on arrive à la Ferme de Champagne à Savigny, où est installé le théâtre du Fil depuis 1996, l’atmosphère est plutôt douce. Ce jeudi soir, un peu avant le spectacle, l’ambiance est détendue et les comédiens se préparent à la représentation du soir, la deuxième de la journée. Parmi eux, Marie, 28 ans, qui joue le rôle d’Elise, l’une des cinq « mauvaises filles » héroïnes de la pièce. « Originaire du Val d’Oise, j’ai découvert le théâtre du Fil il y a deux ans, par un ami, raconte-t-elle. Nous avons commencé à travailler la pièce en décembre dernier. Mais ça n’a pas été la seule chose sur laquelle il y a eu de la préparation. Il y a toujours beaucoup d’activités au Fil, on travaille beaucoup ! » Un sentiment que partage Coralie, éducatrice et comédienne, qui joue également dans la pièce : « Ça a été la grosse aventure de cette année, précise-t-elle. Nous avons fait des rencontres, parlé avec des nouvelles personnes avec qui nous avons abordé le sujet de la pièce et les réflexions qu’il y a autour. Dont une vieille dame qui avait elle-même été en maison de redressement… Mais on sentait que chez elle, c’était encore un sujet tabou. »

La création du Fil est une œuvre qui s’interroge sur la « mauvaise fille », la délinquante d’après-guerre, celle qu’on plaçait en institut simplement pour s’être rendue seule à la fête foraine. Ou encore, pour avoir dansé avec un homme qui avait le malheur de ne pas être son fiancé… « Un sujet longtemps resté tabou », explique Florent Dupont, administrateur du théâtre. Il a fallu un moment avant qu’on prenne connaissance de la vie qu’avaient ces jeunes filles. » Livres, films, archives et témoignages : la metteuse en scène, Emmanuelle Lenne, a opéré un gros travail de recherche pour mieux comprendre ce qu’était que de grandir dans un tel endroit, où brimades religieuses et absence totale d’intimité régnaient sur la « rééducation » de ces jeunes « délinquantes ».

« Aller en tournée est fondateur »

« Mauvaises filles » est une pièce rythmée, où les danses, les chants et la bonne humeur s’effacent parfois pour ouvrir l’intimité et l’enfermement d’un établissement religieux de redressement ; ces fameux instituts Bon-Pasteur d’après-guerre. Le spectateur ne peut s’empêcher de partager la sensation d’étouffement que transmettent très justement les comédiennes. A voir, aussi, pour l’originalité de la mise en scène et de l’aspect très convivial du lieu de représentation.

Né en 1975, dans un total esprit « post 68 », le théâtre du Fil se présente à ses débuts comme une institution contre l’enfermement des mineurs. Installé sur un terrain qui appartient à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ),  il s’inscrit aujourd’hui « dans une politique de lutte contre les discriminations ». Véritable « École de théâtre – École de vie », il dispense une formation gratuite au métier de comédien-animateur, au bénéfice des jeunes issus de l’ASE ou de la PJJ. « Les jeunes doivent avoir envie de se lancer dans le théâtre. La vie de troupe implique des valeurs, toujours collectives. Il n’y a pas de leader », poursuit Florent Dupont. Le théâtre du Fil propose aussi des interventions théâtrales « hors les murs », entre autres à destination des quartiers défavorisés.
Aujourd’hui, l’institution est à un tournant. Restrictions budgétaires oblige, le théâtre appelle à la solidarité, notamment pour financer une tournée pour « Mauvaises filles ». Pour y parvenir, c’est par une campagne de crowdfunding qu’a décidé de passer le théâtre. Sur Kiss kiss bank bank, il est possible de contribuer au financement de ce projet. « Aller en tournée pour le théâtre du Fil, c’est fondateur. Mais aujourd’hui, comme toute la culture en général, ce n’est plus possible de compter sur des subventions, souligne Florent Dupont. La solidarité est la réponse aux restrictions budgétaires. »


Vendredi 12 juin à 14h30 et 20h30
Samedi 13 juin à 20h30
Dimanche 14 juin à 15 heures.

Au Théâtre du Fil de Savigny-sur-Orge.
Paiement libre, sur réservation :
Tél. 01 60 46 85 07 et theatre-du-fil@wanadoo.fr