Vendredi 12 juin, les membres du conseil municipal se pencheront sur la question du maintien de deux adjoints dans leur fonction. Une décision qui fait réagir les principaux intéressés (Sylvain Dantu et Soraya Khediri), notamment sur les raisons de ces destitutions.

Décidément, se séparer de maire-adjoint est dans l’air du temps. Début juin, la maire de Saintry-sur-Seine décidait de démettre de son poste son premier adjoint suite à de vifs débats sur le budget de la commune. Ce vendredi 12 juin, c’est dans une commune voisine de cette dernière que ce scénario devrait se répéter. Cette ville, c’est celle de Corbeil-Essonnes.

Cette fois-ci, il ne s’agira pas de destituer un élu, mais deux. Maires-adjoints aux côtés de Jean-Pierre Bechter, Sylvain Dantu et de Soraya Khediri risquent ainsi de se voir écarter de la majorité lors du conseil municipal du 12 juin prochain. Leurs destitutions seront soumises au vote des élus municipaux. Et ils ne tarderont pas à être fixés sur leur sort étant donné que ce point interviendra dans les premiers instants de la séance.

Une décision qui fait réagir les principaux intéressés, notamment sur les raisons du retrait de leurs délégations et de leur fonction.

« Nous assumons nos choix »

« Ça a commencé par un courrier que nous avons reçu mi-avril nous indiquant qu’on nous retirait nos délégations, explique Sylvain Dantu. Cependant, la raison n’était pas clairement mentionnée ». Deux mois plus tard, le voici aux côtés de Soraya Khediri à deux doigts de perdre son poste de maire-adjoint. Comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui a poussé le maire à se séparer des 3ème et 6ème adjoints ?

La réponse pourrait prendre ses racines lors de la campagne des dernières élections départementales. À l’instar de la situation vécue à Brunoy avant le scrutin de mars, la municipalité corbeil-essonnoise pourrait sanctionner des élus par choix politiques suite aux alliances survenues pendant la campagne. Pour rappel, alors que Jean-Pierre Bechter se lançait dans la course à un siège de conseiller départemental sur le canton de Corbeil-Essonnes, Sylvain Dantu et Soroya Khediri soutenaient un autre candidat, le centriste Xavier Dugoin. « Si cette décision a été prise suite aux élections départementales, nous assumons clairement notre choix », affirme Sylvain Dantu. Ce dernier fait ainsi une distinction entre la vision communale et la vision départementale. « Nous avons assumé notre choix d’aider Jean-Pierre Bechter à devenir maire en 2009, en 2010 et en 2014, car nous pensions qu’il était le meilleur candidat pour remettre la ville sur de bons rails. Seulement au niveau du Département, nous avons choisi un autre candidat et nous l’assumons aussi ». Du côté du cabinet du maire, on préfère tempérer. « C’est un élément, mais il n’explique pas tout. Ils ont tout simplement perdu la confiance du maire dans l’exercice de leur mandat », indique-t-on pour expliquer cette destitution.

De l’autre côté de l’échiquier politique, le conseiller municipal d’opposition Bruno Piriou n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il n’hésite pas à qualifier cet acte politique de « lamentable ». « Cela montre le vrai visage de Jean-Pierre Bechter. Serge Dassault était pareil dès qu’un élu ne rentrait pas dans le rang et exprimait une autre opinion. Jusqu’à l’instant T, Sylvain Dantu était  l’un des adjoints les plus présents, les plus brillants, les plus travailleurs, qui a les délégations les plus importantes et du jour au lendemain, on lui retire tout. C’est juste qu’il a osé ne pas faire allégeance au prince ».

« Des élus de la construction »

Bien que rien ne soit encore fait, le divorce semble maintenant consommé et le duo se dirige tout droit vers les rangs de l’opposition. Mais pour eux, pas question de tomber dans les travers de voter toujours à l’encontre de la majorité. « J’aimerais qu’on nous qualifie d’élus de la construction, car nous poursuivrons la concertation et nous travaillerons de manière honnête pour la ville et les habitants, confie Sylvain Dantu. J’aurais moins de bras et de leviers pour aider les habitants, mais je le ferai toujours. C’est pour ça que j’ai été élu ». Les deux élus ne rejoindront donc pas l’opposition de gauche même s’ils siègent désormais côte à côte. « Nous gardons notre sensibilité de droite et du centre », poursuit celui qui a notamment encadré quelques dossiers importants concernant le renouvellement urbain des Tarterêts, de la Nacelle ou encore de Montconseil.

Ainsi, si le conseil entérine la destitution de ces derniers, « aucune personne ne sera nommée à leur place. Les deux postes d’adjoints seront supprimés », assure le cabinet du maire. De seize adjoints, la commune de 44 000 habitants passera à quatorze. Quelques délégations seront ventilées de manière à absorber les délégations de Soraya Khediri et de Sylvain Dantu. Frédérique Garcia et Éric Breton sont ainsi pressentis pour récupérer respectivement l’économie sociale et solidaire (ESS) et la politique de la ville.

Si à l’échelle communale les jeux semblent déjà faits, cela pourrait se reproduire au niveau intercommunal. Sylvain Dantu devrait perdre également sa place de vice-président de la communauté d’agglomération Seine-Essonne (CASE) lors du conseil communautaire du 22 juin. « Quand on perd la confiance, on la perd partout », conclut le cabinet de Jean-Pierre Bechter, également président de l’agglo.