Suite au démantèlement d’un camp de migrants à Paris ce mardi 2 juin, certains d’entre eux ont été transférés dans des hébergements d’urgence en Essonne. Outre les inquiétudes formulées sur l’avenir de ces migrants, les modalités de transfert font également débat.

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Cela faisait plusieurs semaines qu’ils avaient élu domicile sur le boulevard de la Chapelle à Paris sous le métro aérien. Plusieurs semaines que des Soudanais, Érythréens, Somaliens, Tchadiens ou encore Égyptiens se côtoyaient au sein d’un campement de fortune. Partis pour la plupart pour fuir les troubles de leurs pays respectifs, certains de ces migrants tentent de reconstruire leur vie en France ou cherchent à transiter par la capitale pour gagner le nord de l’Europe. Au total, près de 400 personnes vivaient dans les quelque 250 tentes du campement. Toutefois, cette situation appartient désormais au passé. Le camp a été démantelé ce mardi 2 juin au matin pour raison sanitaire.

En place depuis plusieurs mois, le camp dit de la Chapelle a été totalement rasé. Certains de ses occupants ont ainsi été évacués vers des centres d’hébergement d’urgence. Dispatchés dans toute la région Île-de-France, quelques migrants ont été transférés en Essonne notamment du côté de Brétigny-sur-Orge et de Courcouronnes. Un transfert qui fait réagir sur la manière dont il a été mené.

Un manque d’informations

Suite au démantèlement du campement érigé dans le XVIIIème arrondissement de Paris, les quelque 380 migrants ont été séparés et redirigés vers des hébergements sociaux. Une soixantaine d’entre eux est arrivée dans le département, sans que « les élus n’aient été mis au courant », déplore le maire de Courcouronnes Stéphane Beaudet qui a vu 36 migrants être transférés vers l’hôtel Formule 1 présent dans la zone d’activité.

Du côté de Brétigny-sur-Orge, le son de cloche est quasiment le même pour le maire de la commune. Alors que Stéphane Beaudet pointe du doigt un « manque de concertation », Nicolas Méary regrette pour sa part le fait de « ne pas avoir été informé ». Car comme pour son homologue courcouronnais, c’est la presse qui l’a averti en premier de l’arrivée de ces migrants. « L’Etat cherche de la place là où il y en a, certes, mais nous aurions pu être prévenus », commente Nicolas Méary qui a vu débarquer 26 migrants au sein d’un hébergement d’urgence.

Les modalités de ce transfert ont également fait réagir le jeune maire de Juvisy, Robin. Bien que pas impacté sur sa commune, le Juvisien indique que « si la situation est en train de se résoudre à Paris, c’est une nouvelle épreuve qui commence pour d’autres maires franciliens. Dans la plus grande discrétion et sans aucune concertation avec les élus franciliens, le Gouvernement ne fait que déplacer le problème de Paris vers d’autres territoires d’Île-de-France », conclut ce dernier.

Et après ?

Outre la question de la forme de ce transfert, les élus s’interrogent sur la suite du programme pour ces réfugiés. Car si ces personnes ont été placées dans des hébergements d’urgence, il faut savoir que cette situation n’est que provisoire. « L’Etat s’est engagé pendant trois jours pour qu’ils puissent être hébergés à l’hôtel. Mais après, que va-t-il se passer ? Ça n’est plus possible de continuer comme cela », assure Stéphane Beaudet.

Mêmes inquiétudes pour Nicolas Méary. « Il n’y a aucune indication sur ce qu’il va se passer après. Les communes ne sont pas équipées pour gérer de telles situations. Nous n’avons pas les moyens, indique-t-il. Ce sont des enjeux qui dépassent largement le cadre communal et local ». Initialement prévue à trois nuits, le séjour des migrants a été rallongé d’une semaine a-t-on appris en début de soirée. Cela repousse ainsi l’échéance de leur départ.

Bien qu’ayant pour le moment un toit sous lequel dormir la situation n’est pas non plus un luxe pour autant comme le fait remarquer Marie Ponvoy de la Maison du monde d’Évry. Hormis le petit déjeuner, ces personnes « n’ont rien à manger en journée et soirée. Si bien que des militants associatifs ont choisi de leur apporter eux-mêmes un repas pour ce mercredi soir », affirme-t-elle. « On continue d’aller de la misère à la misère, car Courcouronnes a déjà le 4ème quartier le plus pauvre de l’Essonne, récapitule tristement Stéphane Beaudet. Nous n’avons plus assez de moyens pour combattre cette pauvreté ». L’avenir de ces personnes qui vivent déjà dans la précarité reste très opaque.