630 berceaux à Massy, seulement 251 à Corbeil-Essonnes : cette différence pour deux villes comparables montre la diversité des situations vécues par les Essonniens concernant les places en crèche et la petite enfance.

A l’heure où la petite enfance et les modes de garde en France font débat et où les employés des crèches municipales de Paris manifestaient il y a une semaine pour dénoncer le manque d’effectifs, « les décodeurs » du Monde.fr ont présenté le 27 mai une carte de France des crèches montrant des inégalités criantes. Pour beaucoup de parents français, obtenir une place en crèche est un problème sans fin. Essonne Info s’est interrogé sur la place des grandes villes du département dans ce classement. Et certaines s’en sortent mieux que d’autres…

Les crèches dans les plus grandes villes de l’Essonne

On estime à environ 300 le nombre de crèches en Essonne. La capacité théorique d’accueil des enfants de moins de 3 ans dans notre département au 31 décembre 2012 était de 37% selon l’Observatoire National de la Petite Enfance. L’Essonne est donc un des départements les moins bien équipés en Ile-de-France, où se situe un quart de l’ensemble de l’équipement collectif national. Le coût de création d’un berceau en crèche était de 34 000 € en 2013. La CNAF (Caisse Nationale d’Allocations Familiales) participe à hauteur de 8000 € par berceau. Ce sont donc les collectivités locales qui lancent les projets de création de crèches et les financent en majeure partie.

Au vu des chiffres recueillis par Les Décodeurs, Palaiseau détient un bon taux de 4,3 enfants/place, la ville-préfecture Evry est à 10,2 enfants/place. La grande ville qui se distingue en Essonne avec un ratio de 5,8 enfants/place est la commune de Massy. En revanche, Corbeil-Essonnes, d’une démographie similaire, atteint les 15,3 enfants/place. D’une manière générale, les chiffres sont très fluctuant d’une commune à l’autre concernant sa capacité d’accueil (voir ci-dessous). Pourquoi une telle différence ?

Villes
(par ordre d’importance)
Nombre de crèchesNombre de placesNombre d’enfants de 0–4 ansEnfant par place
Evry13485494010,2
Corbeil-Essonnes5251384315,3
Massy1263036615,8
Sainte-Geneviève-des-Bois526022588,7
Savigny / Juvisy1241236219,25
Viry-Châtillon734525007,2
Palaiseau943618704,3
Vineux-sur-Seine4218232810,7
Athis-Mons938424016,3
Yerres939319755
Grigny5227321414,2
Ris-Orangis523423159,9
Brunoy423016457,2
Brétigny-sur-Orge522019699
Les Ulis731421776,9
Etampes525017296,9
Montgeron620513466,6
Longjumeau527516416
Morsang-sur-Orge520016168,1
Gif-sur-Yvette523210664,6
Dourdan21276204,9
Milly-la-Forêt2702473,5
Données : Le Monde.fr – Les décodeurs + INSEE – populations légales en vigueur à partir du 1er janvier 2015

Des raisons économiques pour expliquer le manque

A Corbeil-Essonnes (46 000 habitants), il y a seulement cinq crèches : deux collectives, deux multi-accueil, une familiale. Réparties sur l’ensemble de la ville, elles sont cependant insuffisantes pour le nombre d’enfants. Martine Bouin, adjointe au maire de Corbeil-Essonnes et déléguée à la famille, à l’enfance et à la petite enfance estime qu’il n’y a « pas assez de places en crèches, et qu’il n’y en aura jamais assez ».

Les raisons invoquées par l’élue sont d’ordre économiques et administratives. « On essaye de faire le maximum, mais le maximum s’arrête à l’aspect financier. Il faut plus de quatre ans pour monter une structure d’accueil et le coût de l’opération est extrêmement lourd. » Selon elle, les nombreux règlements et la rigidité de cette réglementation rendent difficiles la moindre initiative. Pour justifier des chiffres alarmants, la déléguée à la petite enfance explique : « A Corbeil, les services à la population sont multiples et une part importante du budget est consacrée à l’aide des personnes socialement en difficulté. Il faut contenter tout le monde. Corbeil a, malgré tout, une capacité d’accueil importante des enfants en centre de loisirs. » La part du budget consacrée à la petite enfance à Corbeil-Essonnes est toutefois significative. Pour chaque crèche familiale par exemple, la ville verse un million d’euros chaque année. « Mais avec un budget et des aides qui diminuent et l’impossibilité d’augmenter les coûts pour les familles déjà en difficulté, il est difficile d’envisager la création de nouvelles crèches. »

Deux fois plus de berceaux à Massy

Martine Bouin nuance également en rappelant que Corbeil-Essonnes a une histoire plus ancienne que d’autres villes comme Evry ou Massy. « Les jeunes populations sont plus récemment arrivées. Notre retard sur le plan des crèches est dû à l’histoire de la ville. La population étant plus âgée qu’ailleurs il y a quelques années, il n’y avait pas autant de demandes ». Environ vingt places supplémentaires seront néanmoins disponibles dès la fin de l’année 2015 dans une crèche en centre-ville, à proximité de la piscine municipale.

Crèche multi-accueil de Massy Atlantis. ( JM.Molina - copyright Ville de Massy)

Crèche multi-accueil de Massy Atlantis. ( JM.Molina – copyright Ville de Massy)

A Massy (44 000 habitants), le ratio est incomparable à celui de Corbeil-Essonnes, avec 3661 enfants de 0 à 4 ans, contre 3843. Mais il existe douze crèches à Massy, et plus de deux fois le nombre de berceaux (630 contre 251). Pour deux villes d’une importance similaire, Corbeil-Essonnes et Massy sont loin d’être équipées de la même manière en crèches. Vincent Delahaye l’affirme : « beaucoup de moyens ont été mis dans la petite enfance, mais il reste des efforts à fournir ».

Pour le maire de Massy depuis 1995, l’ouverture de nouvelles crèches est apparue en tête des demandes des habitants. Il explique que dans beaucoup de foyers massicois, les deux parents travaillent. Selon lui, « même si c’est très onéreux, c’est un service rendu à l’habitant. » Actuellement, ce sont les écoles et les crèches qui jouissent du budget le plus important de la commune, c’est-à-dire 9,58% du budget de fonctionnement.

Un nouveau quartier = une nouvelle crèche

A Massy, les nombreux programmes de construction induisent des constructions de crèches. C’est le cas dans le nouveau quartier Atlantis, ancienne zone d’activité récemment aménagée dans le but d’être transformée en centre-ville, où deux crèches d’entreprise ont été construites. Selon le maire, il est « difficile de construire de nouveaux logements sans construire de nouvelles crèches. »

Même si la ville fait mieux que le reste de l’Essonne, le nombre de crèches reste insuffisant pour le nombre d’enfant, le ratio étant de 5,8 enfants/place. Le maire précise : « on fait en fonction des moyens ». A Massy aussi, l’aspect financier est un obstacle au développement de la petite enfance. Néanmoins, durant ces 20 dernières années, Vincent Delahaye affirme avoir essayé de favoriser les crèches d’entreprise et les moyens alternatifs de garde des enfants afin de pallier le manque de structures publiques.

Si les résultats de Massy en terme de petite enfance sont encourageants, le taux d’équipement en crèches de l’Essonne reste très insuffisant en moyenne. Malgré un début de vieillissement, la population de l’Essonne est l’une des plus jeunes de France par sa fécondité de plus de 2 enfants par femme. Ces résultats sont à nuancer puisque la Seine-Saint-Denis (93), département le plus jeune de France métropolitaine, fait partie des départements les moins bien équipés de toute la France.