C’est une situation politique qui sort un peu de l’ordinaire, et surtout du traditionnel clivage majorité-opposition. Car à Saulx-les-Chartreux, c’est la majorité qui se déchire. Depuis les élections municipales, il y a un an, huit conseillers ont démissionné de leurs fonctions. Entre tensions personnelles, débats houleux et grève des employés municipaux, la vie citoyenne de cette ville de 5000 habitants a bien du mal à retrouver un climat apaisé.

Le premier s’est retiré il y a quatre mois, et sept autres ont suivi lors du conseil municipal du 31 mars dernier. Il ne reste donc au conseil municipal que 17 élus de la majorité, qui est constituée à la base d’une alliance de gauche PS-PCF,  « Saulx Solidaires ». Les démissionnaires ont créé une association le 17 avril dernier, elle-même suivie d’un blog, « Le Printemps de Saulx ». Comme une référence aux révolutions du monde arabe de 2011. Le blog « est né suite à l’impossibilité de travailler sereinement avec le maire et dans l’équipe municipale », lit-on en guise de présentation.
Son objectif : prôner une autre politique, dans laquelle les citoyens de la ville seraient pleinement acteurs.

Le tout, à l’encontre des décisions menées par le maire, Jean Flégeo (PCF), qui poursuivrait une politique n’étant pas en accord avec les grands thèmes et engagements lancés pendant la campagne. « Aucune prise en compte de nos réflexions, absence de débat et de concertation, décisions autoritaires, absences d’une véritable concertation avec les Salucéens » : les anciens élus ne mâchent pas leurs mots en parlant des méthodes du maire et de certains de ses adjoints. Des tensions qui, selon Didier Vivien, l’un des élus démissionnaires, ne datent pas d’hier. « Il y a un malaise quelque part, qui a commencé bien avant les élections de 2014 », pointe-t-il. Un climat tendu, qui s’est encore détérioré lors de la grève d’une quarantaine de personnels municipaux le 16 décembre dernier. Le mouvement social souhaitait à l’époque alerter sur les conditions de travail des employés municipaux, et dénonçait une « politique managériale autoritaire, dénuée d’humanisme ». Soutenue par une partie des élus de la majorité, la grève n’a fait qu’accentuer les tensions entre conseillers municipaux, maire et chefs de service. « Je n’ai pas été gêné par la grève en elle-même, explique, à terme, le maire Jean Flégéo. Elle a été soutenue par la CFDT et c’est un droit, je n’avais rien contre, et il régnait alors un climat d’insatisfaction. Mais les élus qui l’ont soutenue ont bien montré qu’ils étaient contre la mairie. Le dialogue, du coup, a été rendu difficile. »


« Il y a des choses qu’on nous a cachées »

Les élus démissionnaires restent depuis sur leur position. « Il y a eu des choses qu’on nous a cachées. Lors des réunions censées être publiques, le maire fait des monologues », regrette Didier Vivien. Mais la goutte d’eau, pour les élus frondeurs, a été « l’injonction du maire de rejoindre l’opposition ». Une proposition qui « ne leur était pas acceptable : nous ne pouvions que démissionner ». Pas question, pourtant, de quitter la vie citoyenne de Saulx. Assurant être « soutenus par la population », les « frondeurs » de la ville indiquent prôner « un autre exercice de la politique municipale où les citoyens sont acteurs ». Tracts dans les boîtes aux lettres, communication sur les réseaux sociaux et billets d’humeur sur le blog… Pour eux, la politique locale se fait désormais en dehors des murs de la mairie.

« On vit très mal le fait d’être mis en difficulté par sa propre majorité. Finir sa carrière comme ça est douloureux », exprime, de son côté, le maire de Saulx. Interrogé sur la situation qui ronge la vie municipale de la ville qu’il gère depuis 20 ans, l’édile assure « ne pas comprendre ce qui s’est passé ». Pour lui, les problèmes relèveraient plus d’ambitions personnelles et de manquements dans l’organisation du travail des adjoints. « On travaille collectivement, en démocratie. Le bureau municipal (le maire et huit adjoints, ndlr) se réunit tous les mardis pour travailler sur les dossiers en cours, les adjoints ont des commissions et y travaillent. Mais des retards et les absences ont dégradé la situation. » Jean Flégeo explique aussi les tensions ressenties par les employés municipaux par « des conflits d’intérêts, des problèmes de personnel », en particulier au conservatoire et à la médiathèque. « Dans les autres secteurs, je ne vois pas ce qu’on peut me reprocher, répond-il. Ça fait 50 ans que je suis élu. Les gens me connaissent, j’accepte la discussion. Leur position (celle des élus démissionnaires, ndlr) est incompréhensible. Pourtant il y a eu des lettres, des réunions, des entretiens. »

Les séances du conseil municipal « fonctionnent »

La situation parviendra-t-elle à se débloquer ? En attendant, le conseil municipal continue de fonctionner, même avec des conseillers manquants. Lors de sa dernière séance, le 26 mai, un nouvel adjoint (aux travaux) est arrivé et l’adjointe à la culture, Laurence Auffret-Deme, qui a fait partie des premiers « frondeurs », a été remplacée par une conseillère déléguée. Un conseil municipal décrit comme « expédié » par les anciens élus. Des propos qui n’ont pas le même écho chez le maire : « Je suis confiant dans l’avenir. On va continuer les projets, les services rendus à la population », rassure-t-il. Dernière action en date : l’inauguration de l’espace culturel Jean-Ferrat, le week-end dernier.
Du côté des Salucéens, si « tout le monde est au courant » de la situation à la mairie, il est parfois difficile de prendre position. « D’un bord ou de l’autre, on souhaite avoir une équipe au plus vite, exprime une commerçante. Il est grand temps que cela s’arrange. »