C’est acté depuis fin mars, le service de maternité de l’hôpital Jacques Cartier de Massy va être transféré vers l’hôpital voisin d’Antony. Un transfert qui passe mal auprès d’une partie du personnel du centre hospitalier qui enchaîne les manifestations.

« Depuis quarante ans, plusieurs milliers de personnes ont vu le jour dans cette maternité. Dans quelques semaines, cette belle histoire sera finie, et ça, nous ne pouvons pas l’accepter ! ». C’est par ces mots qu’une salariée résume la situation dans laquelle se trouve l’hôpital privé Jacques Cartier (HPJC) de Massy dans lequel elle travaille. Depuis maintenant près de deux mois, les rumeurs sont désormais une réalité, le service de maternité de l’hôpital va fermer ses portes à Massy, pour être transféré durant l’été vers l’hôpital d’Antony.

Ce transfert qui répond selon la direction du HPJC à une « rationalisation des services », est incompris par une partie du personnel, mais aussi des futurs parents. Ces derniers ont d’ailleurs entamé un mouvement de protestation contre ce programme.

« -28% de naissances en 5 ans »

Pourquoi ce transfert intervient-il aujourd’hui alors que le service est intégré au paysage depuis près de quarante ans ? C’est avant tout un problème de rendement qui est pointé du doigt par la direction de l’établissement. « À l’heure actuelle, la maternité de Massy est sous la barre des 800 accouchements par an, avance le directeur général du HPJC, Éric Louche. Rien que pour l’année 2014, nous avons enregistré 720 accouchements, ce qui représente une baisse de 8,5% par rapport à 2013 ». Pour le directeur général de Jacques Cartier, plus on remonte dans le temps, plus les résultats sont édifiants. « En cinq ans, nous constatons une chute en termes d’accouchements. De 2009 à aujourd’hui, nous notons une baisse de 28% des naissances. C’est indéniable, l’activité du service diminue », confirme Éric Louche.

Ces statistiques sont ainsi l’un des principaux arguments avancés par la direction pour justifier ce transfert. D’autant plus que le service maternité de l’hôpital d’Antony qui enregistre plus de 3 100 naissances par an est lui en augmentation de fréquentation de plus de 2%.

Les 18 lits du service doivent ainsi fermer le 28 août. Concernant le personnel, les 23 salariés actuellement en poste à Massy seront « transférés en totalité à l’hôpital privé d’Antony. Il n’y aura aucun licenciement », indique Éric Louche.

D'autres mouvements de grève sont à prévoir dans les prochaines semaines. (JL/EI)

D’autres mouvements de grève sont à prévoir dans les prochaines semaines. (JL/EI)

Hôpital d’Antony : proche pour les uns, loin pour les autres

Bien que les emplois des 23 salariés de cette maternité de niveau 1 soient tous conservés, le transfert vers l’hôpital privé d’Antony a du mal à passer auprès d’une partie du personnel. Depuis avril dernier, plusieurs employés de l’établissement hospitalier se sont lancés dans un mouvement de contestation. Sages-femmes, infirmières, auxiliaires de puériculture, patients et élus ont participé à des manifestations devant les portes du service. Des pétitions en ligne ont aussi été lancées.

Déterminé à ce que ce service ne soit pas transféré, ce collectif revient sur les points forts de maternité massicoise. « Les gens viennent à la maternité de Massy, car c’est un service familial, explique l’une des salariés, Anne Mingot. En allant à Antony, les futurs parents vont perdre ce petit plus qu’ils trouvaient à Massy ».

Outre cet aspect familial, les futurs parents pourraient perdre la proximité de ce service. Bien que la maternité ne déménage qu’à 3,5 km de l’hôpital Jacques Cartier, le personnel s’inquiète de la disparition de ce service pour la population massicoise. « La commune est l’une des plus importantes du département. Il y a près de 45 000 habitants et nous ne compterons bientôt plus de maternité. C’est aberrant », s’insurge Anne Mingot, également déléguée syndicale CGT. Par rapport à la distance, d’autres salariés évoquent les difficultés pour se rendre à Antony. « Cela ne représente que 3 km de plus, mais en pleine agglomération, on perd rapidement entre 15 et 30 minutes pour les effectuer à cause des feux et de la circulation. Le problème aurait été différent si ne nous devions traverser que des champs », constate une aide-soignante.

En accord avec ces différents constats, la conseillère municipale d’opposition de Massy estime que ce transfert signifierait « une augmentation considérable des frais d’accouchement pour les patientes et leurs familles, affirme la socialiste Hella Kribi-Romdhane. Le coût pourrait être multiplié par 2 ! Par exemple, le tarif de la péridurale est de 300 euros à Antony alors qu’il n’est que de 150 euros à Massy », ajoute cette dernière qui voit venir par ce biais une « sélection sociale » pour accoucher à Antony.

Pour sa part, le sénateur-maire de la ville est plus mesuré. Pour Vincent Delahaye le principal objectif reste dans un premier temps « d’obtenir le maintien du personnel sur le site ou à Antony ». Quant à la distance, celle-ci ne serait que relative. « Ce sont deux villes voisines avec des hôpitaux assez proches. La chose aurait été différente si les communes étaient distantes d’une dizaine de kilomètres », poursuit-il.  Des propos que relaie le directeur général du HPJC. Ce dernier insiste également sur le fait que les Massicois ne privilégient pas forcément l’hôpital Jacques Cartier. « Les Massicoises représentent 26% des accouchements au HPJC. À Antony, le ratio est plus important avec 38% de leurs naissances pour des femmes de Massy », relate Éric Louche.

Quel avenir pour Jacques Cartier ?

Autre inquiétude de poids pour le personnel de Jacques Cartier, celle de l’avenir de l’établissement tout entier. « Avec le départ du service de maternité, on peut logiquement se demander que deviendra l’hôpital, se questionne Anne Mingot. Aujourd’hui, la logique est de tout centraliser en un seul établissement. En perdant la maternité, les autres services partiront peut-être vers Antony ou Longjumeau ». Une idée que réfute la direction du centre hospitalier qui doit conserver ses urgences, ou encore son service chirurgical. « L’objectif pour nous n’est vraiment pas de fermer l’hôpital, loin de là, confirme Éric Louche. Le but est même de créer un pôle obstétrique autour des établissements d’Antony et de Massy. Nous chercherons à nous appuyer sur l’excellence obstétrique d’Antony et sur l’excellence en cardiologie pédiatrique de Massy ». En clair, les femmes accoucheront à Antony, et en cas de complications cardiaques, les nouveau-nés seront transférés à Jacques Cartier pour y être soignés.

Un cheminement que ne comprend pas le personnel gréviste. « Quand on accouchait à Jacques Cartier, tout était sur place en cas de problème. C’est un comble qu’un hôpital comme celui-ci soit privé d’un service de maternité », commente une aide-soignante.

Ainsi, le personnel prévoit de maintenir la pression sur la direction concernant le transfert de la maternité, même si cette dernière affirme que la « décision est définitive ». D’autres manifestations sont prévues dans les prochaines semaines ainsi qu’un rendez-vous avec l’Agence régionale de santé (ARS). Le but étant pour ces grévistes de se battre « jusqu’au bout », à l’image du personnel de maternité de Dourdan, également menacée.