Non, vous ne rêvez pas, la culture du chanvre fait son arrivée depuis quelques saisons dans le Sud-Essonne. Toutefois, il n’est pas question de le consommer. En effet, la culture de cette plante fibreuse aux multiples atouts pourrait être dans les années à venir au cœur de toutes les attentions.

Les graines de chanvre. (JL/EI)

Les graines de chanvre. (JL/EI)

Quand on parle d’agriculture en Essonne, on pense principalement aux deux grandes régions que sont la Beauce et la Brie. Réputés il fut un temps comme étant les garde-mangers de la France grâce à leurs richesses comestibles, ces territoires s’étendent sur le département. De la Beauce au Sud qui prend vie autour d’Étampes à la Brie à l’Est du côté de la rive droite et de Melun, ces terres proposent des champs à perte de vue. Blé, orge, colza, betterave, pomme de terre, bref, la liste est longue. Toutefois, une nouvelle culture voit le jour depuis quelques saisons. Or, elle ne se développe ni dans la Beauce, ni dans la Brie, mais dans le Gâtinais. Également, il ne s’agit pas d’une céréale ou d’un produit comestible. Il s’agit en réalité du chanvre.

Connue pour certaines vertus psychotropes sous le nom de cannabis, cette plante commence à prendre racine dans le Sud du département de manière légale. Sauf qu’il n’est pas question de la fumer. Au contraire, cette plante fibreuse intervient dans une multitude de produits. Une filière qui pourrait relancer l’économie du Sud-Essonne.

L'application à la lance du béton de chanvre. (JL/EI)

L’application à la lance du béton de chanvre. (JL/EI)

Une plante, plusieurs atouts

Depuis 2008, les pieds de chanvre ont élu domicile dans toute une frange du sud du département. Allant de Blandy à Tousson aux portes de la Seine-et-Marne, en passant par Prunay-sur-Essonne, Bouville, Boigneville ou encore Maisse, ce sont à ce jour plus de 250 hectares qui sont plantés en ce printemps 2015.

La raison d’un tel développement de cette culture : les différentes utilisations que l’on peut en faire. Car le chanvre agricole est « reconnu pour sa fibre végétale avec laquelle nous pouvons façonner tout un panel de produits », explique Nicolas Dufour, un agriculteur de chanvre basé à Champmotteux. « À la base, sa fibre était surtout recherchée pour la confection des cordages. Aujourd’hui, cette plante est utilisée dans de nombreux secteurs industriels », ajoute l’agriculteur. Et la liste est longue. Outre les graines destinées à l’alimentation des oiseaux, la confection d’huile ou encore de farine, le chanvre industriel connaît de multiples utilisations, telles les tissus, les cosmétiques, l’isolation phonique et thermique, la litière ou en papeterie. Une omniprésence de cette plante dans certains produits de tous les jours qui fait remarquer à l’agriculteur essonnien « qu’on peut quasiment tout faire avec cette plante. Même l’industrie automobile allie sa fibre au plastique afin de composer des pièces de voitures faites à partir de produits recyclables ».

La lance qui projette le béton de chanvre. (JL/EI)

La lance qui projette le béton de chanvre. (JL/EI)

Là encore, à propos de sa culture, le chanvre affiche encore des avantages qui répondent à des critères écologiques. Le chanvre a en effet un fort intérêt agronomique étant donné qu’il ne demande aucune intervention en cours de végétation. « Il est très peu sensible aux maladies, note l’agriculteur. À l’inverse de certaines plantes céréalières, nous n’avons pas recours aux pesticides ou engrais pour qu’il puisse se développer. Le chanvre présente donc des atouts sur le plan écologique, mais aussi économique que d’autres plantes céréalières n’ont pas forcément ».

Bientôt une première usine de traitement

Aujourd’hui, 29 exploitants se partagent la production de chanvre dans le parc du Gâtinais. En tout, plus de 250 hectares ont été plantés, mais ce chiffre pourrait doubler, voire tripler dans les prochains mois. « La demande de chanvre est en augmentation, confie Nicolas Dufour. Si bien que nous allons bientôt ouvrir une usine de traitement du chanvre en Essonne ». « Nous », c’est un collectif de six actionnaires, quasiment tous des exploitants de chanvre, qui s’est constitué en société. Son nom : Gâtichanvre. Nicolas Dufour en est ainsi le cogérant. Cette société créée en 2013 devrait ainsi ouvrir la deuxième usine de défibrage du chanvre d’Île-de-France, la première en Essonne sur la commune de Prunay-sur-Essonne. « L’usine pourrait être mise en fonction entre la fin d’année 2016 et début 2017, indique son cogérant. Nous nous attellerons au défibrage de la paille, c’est-à-dire que nous séparerons la chènevotte de la fibre. Ces produits seront ensuite destinés pour la plupart à l’isolation des maisons ».

L'usine de traitement devrait ouvrir fin 2016 ou début 2017. (JM/EI)

L’usine de traitement devrait ouvrir fin 2016 ou début 2017. (JM/EI)

La société essonnienne Gâtichanvre se tournera donc en priorité vers le secteur du bâtiment. « Le chanvre est très efficace en termes d’isolation thermique d’un bâtiment. La laine de chanvre ou encore le béton de chanvre proposent des solutions bien plus efficaces que la laine de verre par exemple. De plus, la demande dans ces types de matériaux renouvelables ne cesse de croître. Les mentalités évoluent et les gens souhaitent avoir recours à ce type de produit », affirme Nicolas Dufour. Signe de cet engouement autour du chanvre dans le milieu du bâtiment, ce dernier organisait récemment une journée de formation pour les artisans à l’utilisation de la lance de béton de chanvre à projeter.

Jusqu’à 1 000 hectares de production

Alors que l’usine n’est pas encore en activité, la société Gâtichanvre a déjà trouvé des clients qui lui achètent le chanvre non défibré. Le succès semble être au rendez-vous pour cette entreprise et pour la filière de cette plante fibreuse en Essonne. Si bien que les objectifs seraient de « produire entre 800 et 1 000 hectares de chanvre par an quand l’usine sera ouverte », assure Nicolas Dufour.

La laine de chanvre jugée plus efficace que la laine de verre. (JL/EI)

La laine de chanvre jugée plus efficace que la laine de verre. (JL/EI)

Une multiplication des champs qui attire parfois les curieux. « Quelques fois, nous avons surpris des gens qui nous piquaient des pieds de chanvre dans l’optique de les fumer. Seulement, le chanvre que nous cultivons n’est pas aussi fourni que le cannabis en matière de THC. Il faudrait récolter un champ entier pour pouvoir ressentir quelque chose en le fumant », plaisante Nicolas Dufour. Toutefois, l’agriculteur note que les dégradations restent minimes par rapport à des exploitations de pommes de terre par exemple.

Bref, malgré cela, vous l’aurez compris pour plusieurs raisons, ce type de culture a de l’avenir en Essonne.