Le danseur athégien est reconnu mondialement pour son talent dans de nombreux domaines de la culture hip-hop. Créateur sans limites, chorégraphe, observateur sans frontières des cultures urbaines, il revient sur son parcours hors du commun. Rencontre.

Michel Onomo, aka Meech, est un artiste complet. A 33 ans, le danseur a déjà parcouru le monde entier entre battles, concours, tournées et workshops, et son nom est bien connu de tous ceux qui s’intéressent un peu à la culture urbaine. Car, en plus d’être un danseur émérite (il a été le gagnant de plusieurs concours internationaux, comme dernièrement le StreetStar en Suède, catégorie hip-hop et house dance), créateur du mouvement « Ghost flow » et à l’origine du festival « Session 2 style », Meech est aussi rappeur, DJ et sportif. Le basket, en même temps que la danse, a longtemps fait partie de sa vie. Mais sa première passion, c’est la danse, et sous toutes ses formes. « Mes premiers souvenirs hip-hop ont commencé quand j’habitais dans le 20ème, dont je suis originaire, raconte-t-il. J’ai aussi découvert le hip-hop avec la télé des années 80, chez mes parents avec Sidney et son émission H.I.P. H.O.P. (diffusée en 1984 sur TF1, ndlr) ».


La house de Meech au StreetStar 2015


Entre Etats-Unis et région parisienne

Dans les années 90, Meech atterrit à Athis-Mons, après avoir habité plusieurs endroits de la région parisienne. Là, dans cette ville du nord de l’Essonne, où « on m’appellait « l’Américain » », se rappelle Meech, le hip-hop n’est pas au cœur des loisirs des jeunes et surtout des garçons. Au cœur du quartier du Noyer-Renard où il grandit, il lui arrive souvent de regarder des cours de danse avec envie. « A l’époque, explique le danseur, on faisait ce qu’on aimait : le rap, la danse, le graff… on formait aussi les petits frères. »
Son entourage, lui, compte les plus grands de la danse hip-hop et quelques uns des meilleurs crews de Paris. En France, ce sera Joseph Go, Thony Maskot, Nasty ou encore MKF Association à athis-Mons… Meech enchaîne également les stages avec de grands noms américains : Brian Green, Storm…

« Des personnes qui avaient super la cote, j’ai vraiment rencontré tous les styles. Le mien évoluait tous les jours », confirme le danseur. Mais son apprentissage se fait aussi, et surtout, de l’autre côté de l’Atlantique. Car Meech multiplie régulièrement les voyages aux Etats-Unis, où il apprend auprès des danseurs de là-bas. Chicago, Kansas City, Houston… Et bien sûr, la Mecque de la danse hip-hop, New York. Sans se fixer de limites, il pratique aussi bien le break ou la house. Le tout en y mêlant des touches de danse africaine, comme un hommage à ses origines camerounaises. « J’ai ouvert des frontières », résume Meech.

En 2000, Meech commence à former les jeunes athégiens à la danse urbaine. De ses voyages aux Etats-Unis, il ramène de nouvelles choses à apprendre à ses élèves. Avec son association « Too high spirit », c’est aussi la naissance du festival essonnien Session 2 style, qui existe encore aujourd’hui et dont la prochaine édition se tiendra du 22 au 25 mai prochain.


« Le hip-hop doit encore se construire »

Les années 2000 voient aussi l’avènement des battles qui prennent une place plus importante et commencent à sortir de la rue. Meech se souvient de cette période : « Le Juste debout explose en 2002. En 2003, je suis le premier français à gagner le House dance conference, un passage qui a vraiment marqué les esprits ! ». Et en 2011, au Japon, le Juste debout lui ouvre les portes du jury.

Entre temps, Meech a ouvert d’autres frontières. En vrac : organisation de la première battle de Krump en 2009 pour le Session de Style, des passages par le monde du show biz (où il collabore avec le Wu-tang, Florence Foresti ou encore Jeff Mills , Electric Wire Hustle et Laura Mvula). Meech a aussi réalisé un documentaire sur l’histoire du hip-hop en France (Des racines et des Fruits), et travaillé sur plusieurs créations originales avec plusieurs compagnies. Le hip-hop, une culture à défendre face au « système » ? Pour Meech, « comme toute culture, on n’est pas maître de son évolution. Elle doit encore se construire. » Sans vouloir à tout prix laisser le hip-hop dans la rue où il est né, sa place n’est pas non plus dans les chemins tout tracés des institutions. « Le hip-hop se veut transdisciplinaire. Aujourd’hui il est présent partout en Essonne, en France, dans le monde, dans la pub, la radio, les expositions… on est déjà dans l’avenir ! ».


Le Ghost Flow, dont Meech est le précurseur.