La commission d’enquête sur le Contrat de développement territorial (CDT) du plateau de Saclay a rendu un avis défavorable. Alors qu’élus et associations se réjouissent d’avoir été entendus sur leurs critiques de l’aménagement de la frange sud, l’Etat n’est pas prêt de revoir sa copie.

Chacun le souligne : aucun CDT n’avait jusque là reçu d’avis défavorable à la suite d’une enquête publique. Elle a été menée par trois fonctionnaires du 17 novembre au 15 janvier dernier. La commission d’enquête a recueilli sur des registres les observations de tout ordre relatives au Contrat de développement territorial concernant les deux quartiers du Moulon et Polytechnique. Au total, 676 retours ont été transmis par différents biais aux commissaires enquêteurs, et une grande réunion le 8 janvier aux Ulis a permis des échanges entre les porteurs du projet et les citoyens.

Et après avoir reçu l’avis de l’ensemble des acteurs du Plateau, élus, associations, établissements et entreprises, cette commission d’enquête a finalement rendu public son avis défavorable la semaine dernière. La commission affirme ainsi dans son appréciation globale du projet, que celui-ci « ne présente plus les éléments de pertinence globale, correspondant au contexte social, politique et économique actuel ». Elle s’interroge sur « l’acceptabilité sociale du projet et sur l’impact sur l’environnement du nouveau programme, dont l’évaluation environnementale n’a pas été faite ».

Les enquêteurs émettent par ailleurs de sérieuses recommandations, sur la lisibilité du projet et la nécessité de l’« actualiser », sur les transports en demandant « une vision globale de l’ensemble des maillages de déplacements », ou sur « les coûts et le planning » relatifs au développement économique et social qu’il faut préciser. Ils évoquent également le besoin de « préserver et valoriser l’ensemble des patrimoines », et mettent l’accent sur la gouvernance du projet, en demandant « de renforcer substantiellement la concertation ».

« Il faut amender le projet pour respecter les attentes »

Un avis de plus de 200 pages que n’ont pas manqué de commenter les élus et citoyens engagés du Plateau. Pour le maire de Palaiseau Grégoire de Lasteyrie (UMP), le CDT « ne reflète plus aujourd’hui la réalité du projet que souhaitent porter les populations et leurs élus sur le territoire du plateau de Saclay ». « La raison l’emporte » se félicitent les responsables d’Europe Ecologie Les Verts, qui pointent  » la démesure du projet, élaboré sous Nicolas Sarkozy et poursuivi par l’actuel gouvernement ». Depuis le dernier scrutin municipal de mars 2014, la donne politique a changé sur place, matérialisée par le basculement à droite de l’agglo de Saclay avec la venue de nouveaux maires, élus sur des programmes voulant limiter l’urbanisation sur le Plateau.

Un rejet que beaucoup d’acteurs locaux voient comme une « victoire » par rapport aux remarques émises ces derniers mois. Maire DVD de Verrieres-le-Buisson et président de l’association Terre et Cité qui regroupe notamment collectivités et agriculteurs, Thomas Joly considère que cet avis défavorable est une « bonne nouvelle » : « on ne se félicite pas du rejet du CDT, mais nos remarques ont retenu l’attention. Nous trouvions incongru que l’agriculture, le vivant et les aspects environnementaux soient la cinquième roue du carrosse dans ce projet ».

Vantant l’expertise de son association, « le seul espace de discussion entre administrations et citoyens, où les gens se retrouvent et échangent », Thomas Joly juge que les habitants du Plateau « ne sont pas totalement contre le cluster, ils sont prêts à evoluer ». Mais pour lui, les citoyens se sont « saisis des possibilités de s’exprimer » à travers l’enquête publique et « il faut amender le projet pour respecter les attentes », ce qui n’est à l’en croire « pas incompatible avec le cluster ».

« Il est essentiel que l’on avance, c’est du concret« 

Pour les écologistes il est désormais temps « que l’aménagement du secteur concerné revienne entre les mains des collectivités territoriales et qu’il soit mis fin à l’Opération d’intérêt National ». Selon Grégoire de Lasteyrie, l’opérateur public l’EPPS doit « se remettre au travail et proposer un nouveau document qui transcrive réellement la vision du développement du plateau de Saclay, telle qu’elle a été portée lors des dernières élections municipales ».De son côté, Thomas Joly demande maintenant ‎« que la puissance publique d’Etat ait la finesse de reprendre les conclusions de la commission d’enquête ». Selon lui, il faut oeuvrer pour « l’acceptabilité sociale » du projet car « il ne peut plus être imposé par le haut ».

« Si on s’assoie brutalement dessus, on voit ce que ça a donné à Sivens (ndlr : le projet de barrage du Tarn) » illustre le président de Terre et Cité. Pourtant, l’Etat et son opérateur ne semblent pas disposés à réécrire ce Contrat de développement territorial. L’établissement public indiquait il y a peu à Essonne Info qu’en cas de rejet du CDT, cela aurait peu d’incidence : «  il n’y a pas de recours, ça les élus le savent« . Questionné à ce sujet lors de sa visite sur le Plateau, le nouveau préfet de Région Jean-François Carenco ne voit pas de différence avec cet avis défavorable : « ça ne change pas à la nécessité de travailler ensemble. La Nation est à Saclay, on investit ici pour l’avenir et pour les collectivités. Il est essentiel que l’on avance, c’est du concret. Personne n’a la responsabilité seul du projet, c’est un collectif. Le reste ce sont des débats du passé si on a envie de construire la France ici ».