Un mois après son élection à la tête du Conseil départemental de l’Essonne, François Durovray s’est entretenu avec Essonne Info sur ses nouvelles fonctions. Le nouvel homme fort du département dresse un premier bilan de son arrivée à la présidence et donne aussi les premières orientations politiques de son mandat pour les mois à venir.

Légende. (MH/EI)

« J’ai bien pris la mesure des responsabilités qui m’incombent désormais ». (MH/EI)

Il y a maintenant un mois que François Durovray est arrivé aux commandes du Département. A quelques jours de la première séance publique qui se déroulera le 11 mai prochain, le nouveau président du Conseil départemental de l’Essonne revient sur son investiture et sur les premières décisions fortes de sa mandature. Au cours d’un entretien donné à Essonne Info, celui-ci présente en partie ce que sera sa ligne directrice pour le département.

Essonne Info : Comment se passe votre prise de fonction ? Vous avez été conseiller général entre 2001 et 2008, mais cette nouvelle mission est d’une autre dimension.

François Durovray : Mon prédécesseur (Ndlr : Jérôme Guedj) m’a dit lors de la passation de pouvoir que lorsqu’il avait été élu il y a quatre ans, il avait trouvé que la marche était haute, alors qu’il avait été vice-président pendant 13 ans. Lorsque vous arrivez dans ce bureau au cinquième étage, que vous avez une vue à 270° sur Evry, cela donne l’impression que vous êtes aux commandes d’un grand paquebot. On se pose plein de questions comme comment donne-t-on un coup de barre dans un sens ou dans l’autre sans qu’il y ait de secousses, sans fragiliser le tout. On a aussi le sentiment d’être porté et soutenu par une administration. Dans tous les cas, j’ai bien pris la mesure des responsabilités qui m’incombent désormais, et elles sont lourdes dans un département comme celui de l’Essonne.

Il n’y a pas eu de changement de majorité pendant 17 ans. Comment se passe cette transition pour le moment ?

J’ai le sentiment que c’est une transition qui se passe bien. Ce n’est pourtant pas facile, car c’est la première fois en 17 ans que la majorité bascule. Même pour les agents c’est un moment important de leur vie professionnelle. J’ai à ce titre souhaité aller à la rencontre des agents, j’ai fait le tour de la quasitotalité des services depuis deux semaines. J’ai dû voir 500 à 600 agents. Je n’ai pas vu encore tout le monde. C’est normal que je me présente à eux. C’est pour moi un signe de reconnaissance à eux. Par ailleurs, j’ai été surpris de constater que beaucoup d’agents rencontraient leur président pour la première fois.

Comment cela se passe-t-il avec la nouvelle opposition et son nouveau président ?

Effectivement, l’opposition a communiqué le nom de son nouveau président. Il s’agit de David Ros. Pour l’anecdote, nous étions au collège ensemble. On n’en garde pas forcément de souvenirs précis (rires). J’ai énormément de respect pour lui, comme j’en ai pour Jérôme Guedj par ailleurs. Dans tous les cas, c’est peut-être quelqu’un avec qui je peux me retrouver sur la nécessité de dégager des marges de manœuvre pour le développement économique. Il semble ouvert sur certains dossiers. Je lui proposerai de travailler ensemble, car il y a certains sujets qui dépassent le cadre des majorités. C’est l’intérêt de nos territoires.

« Donner une identité à l’Essonne »

Quelles seront les lignes directrices de votre mandature ?

Le Département est très fortement endetté. Nous avons des dépenses de fonctionnement plus importantes que dans les autres collectivités. Si on ne veut pas mourir asphyxié, il faut dégager des marges de manœuvre pour continuer à fixer une ambition pour l’Essonne. C’est un enjeu fondamental. Il faut être rigoureux dans notre fonctionnement. Nous sommes une terre d’innovation et nous devons nous en servir en mettant en avant ses secteurs pour recouvrer du développement économique. Nous avons le Plateau de Saclay, le Génopole, le projet de Grand Stade, bref, tout un tas de projets structurants. Si nous avons encore envie de peser dans la région Ile-de-France et au-delà, il faut que nous soyons capables de mettre de l’argent dans ces projets et sans doute d’autres.

Vous évoquiez dans votre discours d’investiture la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2024, vous avez manifesté de l’intérêt. Dans quelles mesures et à quel titre, l’Essonne peut-elle être impliquée dans ce projet selon vous ?

Le Grand Paris pour moi, c’est la région Ile-de-France. L’Essonne a son avenir lié à Paris et la petite couronne. Les JO sont le plus grand événement mondial. Je n’imagine pas que l’Essonne soit absente. On peut avoir des équipements permettant d’accueillir des épreuves comme le Grand Stade. Seulement pour le moment, l’Essonne est absente des programmes. Elle a pourtant vocation à accueillir cet événement. Outre l’aspect sportif, ce sont des centaines de milliers de personnes que l’on devra accueillir et l’Essonne a son rôle à jouer. Un des enjeux c’est que nous ayons une identité. Quand j’étais conseiller régional, j’ai découvert que les autres départements sont capables de chasser en meute. Ils sont capables de dire « voilà les enjeux qui comptent pour les années qui viennent ». A l’inverse, l’Essonne est très polyphonique, ça a ses avantages, mais quand on devient trop polyphonique ça devient un peu le désordre. Il faut que nous donnions une identité au département autour de l’histoire et de la géographie du département. Un projet comme celui-ci permettrait la création de cette identité.

Quels sont les autres moyens de fonder cette « identité » ?

J’évoquais lors de mon investiture le concept des assises de l’Essonne. J’ai d’ailleurs obtenu des échos très positifs de la part de nombreux acteurs du département à ce sujet. Le but est de les organiser fin septembre, début octobre. Ce rendez-vous sera sans doute précédé d’ateliers thématiques, notamment sur le développement économique, les déplacements, l’aménagement du territoire…. Les assises clôtureront en quelque sorte cette période de réflexion.  L’idée est de réunir tous les acteurs politiques, économiques, socioculturels et de déterminer une feuille de route pour les 5 ans, 10 ans et 15 ans qui viennent. A l’issue de ces temps d’échanges, nous devons tous être capables de dire « voilà ce que l’Essonne veut ».

« Tomber sur des consensus durs »

Ce sera vous et votre majorité qui déterminerez ces lignes directrices ?

Je n’ai pas vocation à mettre tout le monde au garde-à-vous, ce n’est pas ma conception. Je m’apparente plus à un assembleur. Le rôle du président du Conseil départemental est de mettre tout le monde autour de table, chose qui n’a pas été faite ces dernières années. Il faut ensuite que nous essayions de trouver des positions de consensus où chacun peut se retrouver. Des consensus forts et pas mous. Ce sera ma ligne.

Le risque, c’est justement de tomber sur des consensus mous…

Pour donner des signes, je suis allé à Méréville car il y a une très forte attente chez les élus du Sud. Je suis allé à Massy, à Evry et à Juvisy pour montrer aux différents territoires que chacun doit trouver sa place. C’est en montrant de l’intérêt et du respect pour chacun de ces territoires que j’espère arriver à des consensus durs et non mous. Il faut construire en s’appuyant sur les dynamiques des territoires et pas en écrasant.

Légende. (MH/EI)

« On ne peut pas demander aux autres de faire des efforts, si nous n’en faisons pas nous-mêmes ». (MH/EI)

« Commençons par faire des efforts nous-mêmes »

Quand tomberont les premières décisions politiques de votre mandature ?

La première séance publique du 11 mai sera une séance purement technique. Nous évoquerons les représentations dans les différents organismes. Le 22 juin par contre, nous aurons les premières décisions politiques. Seront très certainement débattus un premier volet aides aux communes et l’idée d’un plan de relance de l’investissement local en faveur de l’emploi. L’idée est que le Département vienne en aide aux communes sous réserve qu’elles s’engagent à investir davantage afin de relancer l’emploi. Le second volet est consacré aux premières mesures de bonne gestion du Département.

A ce titre, vous avez commandé un audit financier…

Exactement. L’audit est en cours de lancement s’agissant de la situation financière du Département. Au fur et à mesure que les premières données nous parviendront, il y aura sans doute des audits particuliers tournés vers des secteurs en particulier. Pour le moment, je ne peux pas vous en dire plus si ce n’est que les résultats de l’audit devraient tomber cet été. Par conséquent, nous pourrions adopter une stratégie financière pour les six prochaines années dès l’automne.

Vous prévoyez de réduire la dette. Cela passera-t-il vers des coupes budgétaires dans certains secteurs ? Le milieu culturel, associatif ou sportif est en attente de réponses à ce sujet notamment.

La première des priorités, c’est faire des efforts sur nous-mêmes. Le poids de la dette et les dépenses de fonctionnement vont plus vite que les investissements. C’est notre responsabilité de réduire nos dépenses de fonctionnement. Essayons de mutualiser, de grouper les achats pour faire des économies. Je ne dis pas que nous n’allons pas toucher aux différentes enveloppes budgétaires allouées sur les différentes compétences dont nous avons la charge. Nous avons le droit d’avoir des orientations. Mais le premier message se veut rassurant dans tous les cas. On ne peut pas demander aux uns de faire des efforts, si nous n’en faisons pas nous-mêmes.

Entretien réalisé par Julien Monier, Jérôme Lemonnier et Mylène Hassany.