Depuis une semaine, c’est la parole des uns contre celle des autres. Michel Bruneau, le fondateur du Festival international du cirque de Massy se dit victime d’un « coup d’état » suite à la désignation d’un nouveau président du festival. Décryptage d’une situation complexe qui pourrait si elle se poursuit porter préjudice à cet événement mondialement renommé.

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Le créateur du festival se dit victime d’un putsch (LS/EI)

Depuis sa création en 1993, plusieurs centaines d’artistes ont foulé la scène du Festival international du cirque de Massy. Vingt-deux ans durant lesquels le festival aura acquis ses lettres de noblesse pour se hisser parmi l’élite mondiale des manifestations consacrées au cirque. « Il s’agit du plus grand festival de cirque de France », se félicite son créateur Michel Bruneau.

Cet événement comptant comme une référence du cirque traditionnel est devenu au fur et à mesure un rendez-vous incontournable du début d’année. Chaque fin janvier, les numéros d’acrobatie, de dressage, de jonglage ou de contorsionniste font les belles heures du festival. Son chapiteau sans mat intérieur suspendu par deux arches de 54 mètres de large pour 25 mètres de haut donne une visibilité à 360° pour le plus grand bonheur d’un public nombreux et connaisseur.

Cependant, le Festival international du cirque de Massy connaît quelques heures troubles en ce moment. En cause notamment, les conditions et les raisons de la passation de pouvoir à la tête de la présidence de l’association qui gère le festival.

Des tensions autour de la présidence ?

Car depuis quelques jours, le Festival international du cirque de Massy vit une petite crise. Président depuis la fondation de la manifestation, Michel Bruneau a été remplacé dans ses fonctions par Olivier de Froberville à l’issue du dernier conseil d’administration. Seulement pour Michel Bruneau, il s’agirait « d’un coup d’état manigancé par d’autres membres de l’association » pour l’ « écarter des affaires », assure-t-il. Un argument que nient les personnes visées par le fondateur du festival.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour bien comprendre la situation, il faut remonter à la genèse de cette histoire. « Cela a commencé il y a un ou deux ans maintenant quand je me suis aperçu que des papiers étaient signés sans mon approbation, relate Michel Bruneau. Puis, cela a évolué en une sorte de harcèlement téléphonique en me disant que je suis trop fatigué et que je devrais laisser ma place. C’est là que j’ai pris conscience que je dérangeais et que quelqu’un voulait prendre ma place ». En proie à des « tensions », l’homme a voulu en avoir le cœur net. « La situation devenant invivable, j’ai choisi de tendre un piège aux personnes que je soupçonnais et cela a marché », résume le fondateur du festival.

Parmi ces personnes qu’il nomme comme étant celles qui voudraient prendre sa place, Michel Bruneau identifie son entourage proche. Olivier de Froberville chargé des affaires générales de l’association, et Didier Richard chargé de la communication sont ainsi pointés du doigt par le fondateur de la manifestation consacrée au cirque. Ce dernier, arrivé dans l’encadrement du festival il y a peu, déclare ne « pas comprendre les accusations » portées par Michel Bruneau. « Il n’a jamais été question de pression, ni de le pousser vers la sortie. C’est du baratin », clame Didier Richard. Celui-ci reconnaît toutefois la signature de certains papiers. Or, tout ceci se serait déroulé selon le règlement de l’association. « Des documents ont été remplis par d’autres personnes que M. Bruneau. Cependant, ce sont des vice-présidents de l’association qui l’ont fait en l’absence du président. Il n’y a rien d’illégal », poursuit-il.

Vraie ou fausse démission ?

Le « piège » qui aura permis à Michel Bruneau de confondre ces personnes est une lettre où il évoque sa démission. « Plus précisément, c’est une lettre où j’explique que je démissionnerai à l’assemblée générale. Cette lettre je l’ai donné en main propre à une des personnes que je soupçonnais d’être derrière tout ça. Je lui ai remis un vendredi soir et le dimanche matin, il la diffusait à l’ensemble des membres de l’association ». Ainsi, la subtilité du piège repose sur un seul et unique fait. « Pour qu’un président d’association démissionne, il doit envoyer d’après la loi une lettre recommandée avec accusé de réception en préfecture aux services des associations. Seul l’accusé de réception fait foi quand je communique la décision de démissionner. Or, rien de tout ça n’a été fait. C’est donc une fausse lettre de démission », martèle Michel Bruneau. « En diffusant la lettre, ils sont tombés dans le panneau et ont dévoilé au grand jour leurs ambitions de me virer de l’association ». « Faux ! », rétorque Didier Richard. « Nous sommes en présence d’une lettre datée et signée de sa main. Là encore, s’il souhaitait dénoncer quelqu’un ou quelque chose avec ce geste, il s’est trompé ».

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Y aura-t-il des conséquences sur l’organisation de l’édition 2016 ? (LS/EI)

Seulement, il semblerait que ce « piège » soit à double tranchant étant donné qu’un vote pour élire un nouveau président de l’association a eu lieu lors d’un conseil d’administration qui s’est déroulé en fin de semaine dernière. « Nous avons pris acte de la décision de M. Bruneau de démissionner de ses fonctions. Un nouveau bureau directeur a été instauré et Olivier de Froberville a été élu président », explique Didier Richard. La rapidité avec laquelle cette élection a été montée et surtout les conditions de son déroulement ont interpellé le désormais ex-président du festival. « À l’assemblée générale, ils ne m’ont pas laissé de temps de parole pour que je puisse m’expliquer. Ils m’ont dit d’aller m’asseoir dans le public. C’est un vrai coup d’état de leur part. Ils souhaitent juste exercer du pouvoir et tous les moyens étaient bons pour qu’ils y arrivent. Ils instaurent une dictature », s’insurge Michel Bruneau qui espère bien retrouver son siège afin de poursuivre l’aventure au moins deux ans pour aller jusqu’à la 25ème édition de son festival. « À son âge (Ndlr : 75 ans) et afin de rendre hommage à tout ce qu’il avait fait depuis 25 ans pour le festival, nous lui avons proposé, ainsi que le prévoient nos statuts, de lui décerner le titre de président d’honneur, ajoute Didier Richard. Signe que nous n’avons rien contre lui ».

Le festival en péril ?

Une semaine après le conseil d’administration, cette histoire commence à faire du bruit. Des pétitions ont ainsi vu le jour pour soutenir l’ancien président du festival. Ce dernier aurait reçu le soutien « d’une grande partie de la profession, précise-t-il. À ce jour, nous avons récupéré 3 260 signatures, dont des directeurs de cirque. Toute la profession est derrière moi. J’en suis d’ailleurs stupéfait ».

À cela, Didier Richard préfère clore les débats. « Je ne suis pas là pour créer et faire enfler des polémiques. Je suis là pour faire en sorte de proposer de beaux spectacles au public ». Car à terme, cette petite crise vécue en interne de l’association pourrait nuire au Festival international du cirque de Massy si elle venait à durer. Bien qu’il reste encore près de neuf mois avant la représentation des numéros de l’édition 2016, la préparation de l’événement se tisse plusieurs mois en amont. Si la préparation est perturbée et que le festival ne peut pas se tenir en janvier prochain, « inutile de dire que c’est la fin du festival, insiste Michel Bruneau. Il faut donc que cette situation se règle rapidement ». « Il n’y a pas de crise. C’est Michel Bruneau qui envenime les choses tout seul, garantit Didier Richard. Il ne peut pas supporter que son festival continue sans lui. Il essaie donc de saborder son festival pour qu’il s’effondre ». « Je ne ferai jamais ça ! s’emporte Michel Bruneau. Ce festival, c’est comme mon bébé. J’y tiens énormément ».

Pour sa part, la municipalité de Massy au sein de laquelle le spectacle se tient depuis près de 25 ans va très certainement s’immiscer dans les débats. Pour l’heure, Vincent Delahaye ne souhaite pas entrer dans le vif du sujet. « Je reçois dans les prochains jours, l’ancien et le nouveau président. Je m’exprimerai sur le sujet par la suite », confirme-t-il.

À ce terme, vous l’aurez compris, c’est la parole des uns contre celle des autres. « Cela risque fort d’aller jusqu’au tribunal » annonce Michel Bruneau. Reste maintenant à savoir s’il y aura un impact sur la tenue de la 24èmeédition qui se déroulera en janvier prochain.