Suite à son élection à la tête du Conseil départemental de l’Essonne en début de mois, François Durovray a dû se résigner à quitter ses fonctions de maire de Montgeron en répondant aux critiques de son opposition. Pour assurer la continuité du mandat, la première adjointe Sylvie Carillon a enfilé l’écharpe de maire.

François Durovray et la nouvelle maire de Montgeron Sylvie Carillon. (JL/EI)

François Durovray et la nouvelle maire de Montgeron Sylvie Carillon. (JL/EI)

Ce jeudi 16 avril, il y avait foule dans la salle de l’Astral qui accueillait le conseil municipal de Montgeron. Près de 200 personnes avaient fait le déplacement pour assister à cette séance. Une fréquentation bien plus importante qu’à l’accoutumée. Est-ce l’approbation du compte de gestion 2014 qui a attiré tout ce monde ? Pas si sûr. Parmi les 46 points prévus à l’ordre du jour, il y en un a pourtant qui a ameuté toute cette foule. Et il s’agit en réalité du point 37, concernant l’élection du nouveau maire de Montegron.

Alors que les maires élus en mars 2014 entament leur deuxième année de mandat en ce moment même, l’aventure à la tête de la municipalité de Montgeron pour François Durovray a touché à sa fin. Car oui, après avoir remporté les élections dès le premier tour avec une large avance (Ndlr : 58,26%) sur ses deux adversaires, l’homme a dû être contraint de rendre son écharpe de maire ce jeudi 16 avril. La faute à son élection à la tête du Conseil départemental. En effet, les différentes réglementations interdisent à un élu d’être à la fois maire et président de Département. « Il y a vraiment quelque chose d’incongru dans cette loi. Certains ont droit d’être député et président du Conseil départemental ou encore député-maire. Pourquoi ne peut-on pas être maire et président du Conseil départemental alors ? », s’interroge François Durovray qui se serait bien vu conserver les rênes de la mairie montgeronnaise.

L’incompatibilité avec ses nouvelles fonctions a donc forcé l’édile à passer la main lors de cette fameuse séance du conseil municipal. De quoi expliquer cette affluence record.

Place aux femmes

Suite à une dernière modification de l’ordre du jour, l’élection du nouveau maire de Montgeron s’est déroulée en début de soirée. Et les candidats pour prendre la succession de François Durovray ne manquent pas. En tout, trois se sont portés candidats. Déjà présent lors des élections municipales, Patrice Cros a présenté sa candidature, suivi par Christian Joseph (MRC). En ce qui concerne les rangs de la majorité, c’est la première adjointe Sylvie Carillon qui s’est portée candidate. Finalement, le suspens n’aura pas duré bien longtemps. Dès l’annonce des premiers bulletins, l’affaire est entendue. Sylvie Carillon, jusque-là adjointe en charge de l’environnement et des travaux de vie quotidienne est élue nouvelle maire de Montgeron. Cette dernière l’emporte avec 28 voix sur les 35 votants.

Cette nouvelle est accueillie avec fierté par l’intéressée qui a tout de suite voulu rassurer l’assistance. « C’est avec humilité et gravité que j’accepte la fonction. […] Je m’attacherai à défendre la ligne portée par mon prédécesseur jusqu’à la fin du mandat », a annoncé Sylvie Carillon.

Justement, son prédécesseur n’a pas tari d’éloge à propos de l’une de ses plus proches collaboratrices. « Sylvie, je la connais depuis huit ans maintenant lorsque nous étions dans les rangs de l’opposition, se souvient François Durovray. C’est quelqu’un d’exemplaire, de travailleur et de sincère. Je quitte mes fonctions de maire en sachant que la ville est entre de bonnes mains », poursuit celui qui vient par conséquent d’endosser la casquette de premier adjoint.

Outre la majorité, l’opposition a aussi salué l’arrivée au pouvoir de Sylvie Carillon. Pour la socialiste Aude Bristot, cette élection peut s’apparenter à « un renouveau politique salvateur au féminin. Vous êtes la seconde femme après Josèphe Jacquiot à administrer la commune. Entre 1945 et 1947, cette femme a accompli de grandes et belles actions pour notre commune. Maintenant à vous d’agir ».

Les félicitations sont également au rendez-vous pour Patrice Cros, mais ce dernier apporte quand même une certaine nuance. « Votre légitimité est à bâtir, lance l’élu d’opposition. C’est François Durovray et non vous qui a été élu. Nous sommes à un tournant du mandat », explique l’homme qui souhaiterait que la nouvelle maire opère « un changement de politique ». « Je ne pense pas que cela y change grand-chose, rétorque l’ex-maire François Durovray. Un changement de nom sur la liste ne va pas nous empêcher de réaliser le travail entrepris jusqu’à présent ».

Ainsi, la nouvelle maire s’installe à la tête d’une majorité où figurent maintenant neuf maires adjoints alors qu’il n’y en avait que huit sous François Durovray. En cause, la parité. « Avec mon élection, François Durovray bascule premier adjoint en charge des finances. Cela fait donc plus d’hommes que de femmes. Voilà pourquoi nous avons choisi de créer un nouveau poste », indique Sylvie Carillon. Approuvée à la quasi-unanimité, Isabelle Gartenlaub prend place au sein d’un exécutif quasiment inchangé.

Un « déchirement » pour Durovray

Si l’opposition a globalement salué l’élection de Sylvie Carillon, elle a été moins tendre avec le nouveau président du Conseil départemental. Ce dernier paie ainsi son départ de ses fonctions de maire. « Je salue votre évolution politique, affirme Aude Bristot. Nous regrettons toutefois que vous abandonniez Montgeron au profit de vos ambitions personnelles ». Le constat est le même pour son homologue centriste Patrice Cros. « C’est extrêmement rare qu’un maire nouvellement élu quitte ses fonctions au bout de seulement un an pour diriger un département. C’est votre ambition et votre droit, mais il en va de l’intérêt de la ville et des Montgeronnais », prévient-il.

A ces mots, l’ancien maire reprend les différents facteurs qui l’ont motivé à prendre cette décision « très difficile » selon lui. « Il y a dans la vie d’un élu des responsabilités qu’il faut savoir prendre. Pour le vote de la présidence du Conseil départemental, il ne fallait pas que la première info qui ressorte de la mandature soit un mauvais signal », commente François Durovray pour évoquer notamment son duel qui l’opposait à Georges Tron, par ailleurs rattrapé par des affaires judiciaires« Ça a été un véritable déchirement pour moi, car cette ville représente tant pour moi. Mais j’ai fait ce choix, car je voulais continuer à regarder en face les Montgeronnais  », confie le président du Département.

Ainsi, chacun a commencé à prendre ses marques lors du conseil municipal de ce jeudi 16 avril. L’une en tant que maire, l’autre en tant que premier adjoint. Malgré quelques petites maladresses dues aux habitudes prises sur la première année de mandat, les membres de ce nouveau duo inversé ont assuré qu’ils continueront « à travailler main dans la main comme depuis huit ans désormais ». Seul l’avenir nous le confirmera.