Lee Djane est un rappeur de la scène essonnienne qui a grandi à Vigneux. Son premier clip, qui dénonce le racisme et les clichés dont souffre la communauté asiatique, fait le buzz sur Internet. Mais Lee Djane, c’est bien plus qu’un succès éphémère sur Youtube. Des textes riches, des projets plein la tête : portrait d’un artiste en devenir.

« D’après eux j’ai pas de prénom, alors ils m’appellent Chinois ». Le refrain du premier son de Lee Djane « Ils m’appellent Chinois », composé et rappé par ce dernier, met les choses au clair. Comment défendre les minorités, la France black-blanc-beur, tout en ignorant la communauté asiatique ? Lucide, il s’exprime à ce sujet et sur sa démarche : « L’asiatique, c’est l’éternel étranger, celui qui ne parle pas français, qui n’a aucune icône. Il fallait que quelqu’un s’en fasse le porte parole. Quand tu es minoritaire, c’est toi le plus faible. Face au mépris, aux gens qui me regardaient de haut, j’ai décidé d’écrire et d’enregistrer en studio. J’ai beaucoup travaillé pour pouvoir progresser. Et le 25 février dernier,  le clip a été publié sur le net ». Non sans humour, le jeune homme de 26 ans, qui a grandi à Vigneux-sur-Seine, dénonce ici le racisme, « un problème sociétal ». Sous toutes ses formes. Défi relevé: la vidéo cumule à ce jour un peu plus de 33 000 vues sur Youtube et, « ça a bien buzzé », se réjouit celui que l’on appelle déjà « l’OVNI du rap français ». « Surtout que j’ai travaillé tout seul, sans réseau. »

« L’ironie, le sarcasme et la mélancolie »

D’origine cambodgienne, issu d’une famille asiatique « chez qui les métiers artistiques, créatifs, n’ont as trop leur place, on y préfère les métiers conventionnels » le jeune homme admet qu’il s’est souvent demandé « s’il avait le cran » de devenir un rappeur. Inspiré par des artistes comme Ol Kainry, Disiz, Tito Prince ou Booba « pour son image, il est puissant », Lee Djane raconte être « tombé dans le rap de façon opportuniste. » Et de poursuivre : «  J’ai toujours aimé écrire, d’ailleurs j’ai fait du journalisme (pour le Bondy Blog, ndlr), et pendant longtemps je voulais être parolier. »
Pour Lee Djane, le rap est « un petit univers », qu’il aime observer. « Souvent le rap français est trop caricatural, regrette-t-il. Je n’en ai pas tellement le faciès, et mes followers sont pour beaucoup des fans de Kpop* ! Je fais mon chemin moi-même. » Focalisés sur en sujets de société, les textes du rappeur sont marqués par « l’ironie, le sarcasme et la mélancolie. C’est contradictoire mais c’est ce qui me qualifie ! »
Une recette qui en tout cas a l’air de marcher. Passé par des pointures des médias urbains comme Booska-P ou Générations, Lee Djane n’a pas peur de démarcher lui-même la presse pour se faire connaître. Le tout pour préparer l’arrivée, dès cet été, de son premier EP, « Derrière les yeux ».
Et à la fin de cet année, un album possible. En attendant, « l’OVNI » survole la planète rap. Et, conclut-il, « je n’ai pas encore atterri. »

*Expression utilisée pour désigner la musique de variété/pop coréenne