En fin de semaine dernière, la municipalité annonçait que la MJC de Chilly-Mazarin fermerait ses portes début octobre. Même si des solutions sont à l’étude, cette décision a provoqué un certain émoi auprès des Chiroquois qui ont manifesté avant le conseil municipal ce mardi soir. Dans une ambiance très pesante, le maire a dû annuler la séance.

« On veut garder notre MJC ! », « la MJC c’est plus que de la culture, c’est aussi du lien social ». Avec ces nombreux slogans, les 250 personnes massées devant les portes du gymnase Jesse Owens de Chilly-Mazarin ont planté le décor à quelques minutes du conseil municipal de ce mardi 14 avril. Équipés de pancartes, personnel de la MJC et citoyens chiroquois ont ainsi manifesté tout leur soutien à la structure culturelle et d’éducation populaire. Cette mobilisation est la suite logique d’un mouvement initié il y a quelques semaines.

L’élément déclencheur de cette mobilisation prend ses racines en décembre 2014. À cette époque, le maire de la commune Jean-Paul Beneytou évoque son intention de détruire le bâtiment actuel qui abrite les activités de la MJC. Cette annonce a éveillé les craintes du personnel de la MJC, notamment sur les possibilités de ré-hébergement ou encore sur le montant des subventions allouées par la commune. Depuis tout ce temps, le personnel retenait son souffle en attendant la réponse finale du maire. Celle-ci est tombée en fin de semaine.

Le personnel et les adhérents de la MJC de Chilly-Mazarin ont appris la nouvelle par la bouche de l’adjointe en charge de la culture. À l’issue d’une réunion avec la direction de la MJC, Martine Cinosi-Girard a annoncé que la convention liant la ville à la structure ne serait pas renouvelée au-delà du 30 septembre. La fin de la MJC est donc actée, d’où la manifestation de 250 Chiroquois lors du conseil municipal ce mardi soir soir.

« On est revenu 50 ans en arrière ! »

Accueilli sous les sifflets d’une partie de la foule à son arrivée, le maire Jean-Paul Beneytou assume clairement cette décision. « Nous sommes tous d’accord pour dire que les locaux de la MJC doivent être démolis, car ils ne répondent plus aux normes depuis bien longtemps ». Toutefois, pour l’élu, la destruction de ce bâtiment ne signifie pas la mort de la MJC. « Nous travaillons sur un transfert des activités vers d’autres endroits, commente Jean-Paul Beneytou. Une personne a été embauchée pour trouver des lieux afin que le personnel puisse poursuivre ses activités dans de nouveaux locaux ». Le but recherché étant d’assurer la continuité des services proposés par la MJC en attendant la création d’un nouveau pôle culturel qui pourrait être livré aux horizons 2016. Les activités de la MJC devraient à terme y trouver refuge. « En attendant que le pôle se réalise, notre but sera de faire en sorte que les activités se poursuivent sans discontinuer de la fin d’année à la livraison du nouvel équipement culturel », résume le maire.

Plusieurs banderoles avaient été confectionnées pour ce conseil municipal. (JL/EI)

Plusieurs banderoles avaient été confectionnées pour ce conseil municipal. (JL/EI)

Du côté du directeur de la MJC Éric Chevreau, ce discours n’apporte pas suffisamment de garanties, notamment pour les salariés de l’association. « La municipalité assume les 42 licenciements. Sur les dix permanents de la MJC, une seule pourrait être reprise en tant qu’employée communale », regrette Éric Chevreau. « Pour les neuf autres, c’est à la MJC d’Île-de-France de les reclasser dans différentes structures qu’ils ont sur le territoire », répond Jean-Paul Beneytou.

Pour les 32 intervenants qui sont en CDI dans la structure, la solution trouvée par la municipalité qui consiste à prêter des locaux aux intervenants pour qu’ils poursuivent leurs activités ne séduit pas. « La ville prévoit de leur prêter un local pour qu’ils exercent leurs activités. Seulement, ces intervenants devront pratiquer des tarifs extrêmement chers pour survivre. Avec ces tarifs, ils auront moins de chance de remplir leurs cours. C’est une précarisation à outrance », tonne Éric Chevreau. Une solution à laquelle croit pourtant le maire. « Nous proposerons des locaux aux 32 personnes. À ce titre, nous avons déjà identifié de nombreux lieux », assure Jean-Paul Beneytou. « Le problème de cette solution, c’est que nous revenons cinquante ans en arrière à l’époque où la MJC n’existait pas encore ! », tacle le directeur de l’établissement culturel.

Vers la poursuite du mouvement ?

La MJC de Chilly-Mazarin court donc vers le dépôt de bilan, même si du côté de son directeur, on veut toujours croire à une hypothétique amélioration de la situation. « Les choses ne sont pas encore définitives. Elles ne le seront que le 30 septembre date de la fin de la convention qui nous lie à la commune », explique Éric Chevreau avant de résumer le contexte actuel par la phrase suivante : « nous sommes montés d’un cran, nous nous rapprochons du sommet ».

Jean-Paul Beneytou quelques minutes avant qu'il ne prenne la décision d'annuler le conseil. (JL/EI)

Jean-Paul Beneytou quelques minutes avant qu’il ne prenne la décision d’annuler le conseil. (JL/EI)

Monter d’un cran, c’est le mot. Ce mardi 14 avril, les Chiroquois et le personnel de la MJC ont ainsi manifesté leur mécontentement juste avant le conseil municipal fixé à 20h. Après avoir interpellé le maire à différentes reprises, les esprits se sont quelque peu échauffés au moment où les élus se sont dirigés vers la salle où devait se dérouler le conseil. Accompagné des membres de sa majorité, le maire s’est heurté à des manifestants qui lui ont bloqué l’accès de la salle du conseil. « J’ai perdu mon emploi à cause de vous ! Je n’ai plus rien à perdre, je ne me décalerai pas ! », lance une employée de la MJC en direction du maire. Après quelques tentatives infructueuses, ce dernier a dû se soumettre à l’idée de reporter le conseil municipal sur les coups de 21h30. « J’ai dû faire constater officiellement que l’accès m’était interdit, relate l’édile. Je tombe sur des gens qui ne sont pas raisonnables. Qu’ils soient mécontents et en colère, je l’entends et je le comprends, mais qu’ils empêchent qu’un conseil municipal se passe, c’est antidémocratique. Ce n’est pas digne de gens qui se disent responsables », conclut-il avant d’affirmer qu’il déposerait plainte contre X, pour « entrave à la démarche de la démocratie ».

La tension est donc retombée en fin de soirée, suite à ce report de séance. Or, il y a fort à parier que l’ambiance sera de nouveau électrique lors des prochains conseils municipaux. Cette tension pourrait même s’inscrire dans la durée. « Nous sommes tranquilles jusqu’au 30 septembre, rappelle Éric Chevreau. Il nous reste donc presque six mois de cohabitation. C’est presqu’un marathon, nous devons tenir la distance. J’espère juste que le maire et son équipe auront autant de souffle que nous ».