Conseil municipal surréaliste ce lundi soir à Savigny-sur-Orge. Des habitants ont pris d’assaut la réunion pour protester contre les fermetures de la Savinière, la MJC ou encore la crèche familiale. Les élus de la majorité ont fait bloc derrière leur maire pour entériner le budget, voté sous les huées du public. Récit.

Savigny Conseil municipal (JM/EI)

La salle du conseil était bondée pour le vote du budget 2015. (JM/EI)

La ville de Savigny n’avait jamais connu un conseil municipal sous aussi haute-tension. Les annonces du maire Eric Mehlhorn de trancher dans plusieurs subventions et services publics (lire notre article), ont fait fortement réagir une partie des habitants et usagers, acteurs associatifs et parents d’élèves. Il faut dire que les coupes dans le budget, qui est réduit de 10%, ont des airs de traitement de choc : fermeture du centre de vacances La Savinière en Vendée, de la crèche familiale et de la MJC, mais aussi arrêt des activités d’été sport-vacances et des spectacles de fin d’année au Cosom, pour ne citer que les mesures les plus symboliques.

Des décisions apprises dans le week-end par voie de presse qui ont révolté de nombreux habitants. Rapidement, une pétition est mise en ligne, et récolte 2000 signatures en quelques heures. Des appels à mobilisation sont lancés dans la journée de lundi, au sein des équipements concernés ainsi que devant certaines écoles. A 18h lorsque commence le conseil municipal, ils sont environ 250 à se masser sur le parvis de l’hôtel de ville, et la salle se remplit à craquer de protestataires. Pancartes « Je suis la Savinière », « Je suis la crèche familiale », ou encore « Je suis le vivre-ensemble » aux mains des parents et enfants, banderoles pour la défense de la MJC et chants de la Marseillaise, le ton est donné et après un moment d’attente, Eric Mehlhorn ouvre la séance en commençant l’ordre du jour.

Galvanisée, l’opposition monte au créneau dès le début du conseil. « La Savinière est un site acquis par la commune en 1932, il est possible d’assainir la situation et de préserver ce centre, du moins en conserver la maîtrise et continuer à en faire bénéficier les enfants de la commune » lance Jean-Marc Defrémont. Audrey Guibert, conseillère municipale FN, prend la parole et alpague le maire : « vous auriez du vous battre pour sauver la crèche familiale en demandant une subvention au Conseil départemental ». L’ancienne maire Laurence Spicher-Bernier, pointée par son successeur comme responsable de la situation financière, attaque Eric Mehlhorn sur les taux d’imposition : « vous vous étiez engagé à ne pas les augmenter, mais les taux de ceux de l’agglo augmentent », puis lui propose « d’aller voir Robin Reda (le président de l’agglo) pour lui demander un fond de concours pour Savigny, car nous avons besoin de 4 millions » poursuit-elle.

« Cette émotion, je l’entends… »

Eric Mehlhorn va ensuite prendre la parole pour « introduire » le débat budgétaire. Ce sera sa seule déclaration de la soirée devant le conseil et le public. Régulièrement interrompu par des sifflets ou huées, le maire se veut d’abord compatissant face à la colère de ses administrés : « cette émotion, je l’entends, la comprends, l’accepte. L’émotion est là de la part de tous les élus de la majorité ». Puis il enchaîne sur les « responsabilités » qui l’incombent, de devoir « répondre aux défis de notre ville ». Evoquant « l’héritage » de l’ancienne municipalité, il explique que ce budget 2015 « est le premier à intégrer l’effet des diminutions de compensations » liées à l’entrée tardive de la ville dans l’agglomération des Portes de l’Essonne.

Le maire va ensuite donner quelques éléments financiers, « un budget amputé de 7,6 millions », et un poids de la dette jugé préoccupant : « l’ancienne équipe a contracté 21 millions d’emprunt ». « Ne pas agir, c’était accepter la tutelle préfectorale. J’ai refusé cette double-peine administrative. Ce sont les mesures les plus difficiles que j’ai prise dans mes fonctions d’élu local » conclut Eric Mehlhorn, avant de passer la parole à son adjoint aux finances Jacques Pataut pour la présentation détaillée du budget. Ligne par ligne, l’adjoint présente les recettes et dépenses, et le public réagit vigoureusement lorsque sont affichés sur le powerpoint les détails des coupes budgétaires opérées.

Le débat s’ouvre ensuite entre les élus. Les conseillers municipaux d’opposition montent au créneau les uns après les autres pour dénoncer les conditions de préparation du budget, les choix douloureux proposés, et les méthodes de la municipalité, jugées unanimement « anti-démocratiques ». L’opposant socialiste Pierre Guyard ouvre le bal devant une salle surchauffée : « les commissions ne se sont pas réunies pour préparer ce budget. Les choix de fermer la Savinière ou la MJC, c’est pénaliser les jeunes, notamment ceux qui en ont le plus besoin. Nous sommes bien conscients des efforts à faire, mais vous n’avez pas reçu de mandat pour commettre un crime contre les associations et le vivre-ensemble ».

« Vous condamnez des générations de Saviniens à ne pas partir en vacances »

L’élue frontiste Audrey Guibert prend ensuite la parole et tape d’abord sur Pierre Guyard : « vous avez appelé à voter UMP aux départementales (ndlr : dans le duel de second tour UMP-FN) ». Puis elle enchaîne sur la suppression de la crèche familiale, reprochant au maire : « vous n’avez même pas prévenu les salariés. Dans le privé on appelle ça un comportement de patron voyou. Une crèche familiale ce n’est pas un luxe, cette fermeture va à l’encontre même des besoins des Saviniens ». Concernant la Savinière, elle propose « d’ouvrir les lieux pour des séminaires d’entreprises » plutôt que de fermer le centre.

Puis c’est au tour de David Fabre, élu d’opposition UDI, de taper à boulet rouge sur le projet de budget : « l’annonce de la fermeture a été faite par voie de presse, nous n’avons eu aucune info la-dessus pendant le débat d’orientation budgétaire (DOB). Vous condamnez des générations de Saviniens à ne pas partir en vacances » lance-t-il au maire, l’accusant de vouloir faire de la ville « un désert ». Jean-Marc Defrémont note pour sa part que « les subventions au Secours populaire et au Secours catholique disparaissent », et retient « la mission d’animation de la MJC » qui selon lui « n’est pas transposable aux autres structures ». « Le budget présenté détruit le bien-commun » résume l’élu PS.

Devant les demandes de prise de parole de la salle, toujours chauffée à blanc, Eric Mehlhorn provoque une interruption de séance. Plusieurs responsables associatifs ou parents vont défiler au micro devant les élus municipaux, et faire part de leurs remarques. Un représentant désigné de la crèche, mais aussi « d’un collectif né de l’urgence, dans l’urgence », décrit « l’absurdité » des mesures : « ces décisions vont priver nos enfants de la Savinière, de Sport-vacances ». Il demande au maire de « prendre le temps de la concertation, de composer et de ne pas imposer les conséquences de vos choix ». Des délégués de parents d’élèves FCPE et PEEP pointent ensuite des coupes « qui attaquent l’avenir de la jeunesse » et se disent « choqués » de la brutalité des annonces. « La Savinière est un symbole affectif, pour apprendre le vivre-ensemble. Ce n’est pas à la jeunesse de payer pour les erreurs du passé » lance le représentant, demandant dans la foulée aux élus de « voter contre ce budget, en particulier la partie jeunesse ».

La majorité reste impassible

Pendant cette marée de critiques, voire d’appels à « démission » venus du public, Eric Mehlhorn reste impassible. Tout juste réclame-t-il un peu de calme lorsque la salle se met à hurler. Lorsque la séance reprend après une nouvelle interruption de séance, un vote à main-levée est réalisé pour savoir si les élus se prononceront par bulletin secret sur le budget. Seuls les 11 élus d’opposition le demandent, ce qui ne suffit pas car un tiers des conseillers municipaux est nécessaire. Le budget est ensuite voté sur ses parties recettes et dépenses. Les voix de la majorité ne font pas défaut, et l’équipe d’Eric Mehlhorn approuve les mesures comme un seul-homme. « Honte à Savigny », « on lâche rien » entend-on à travers le public, qui gronde et siffle plus que jamais le maire.

Après le vote, l’opposition redemande la parole et promet des suites. « Ce budget et ce vote, dans ces conditions, marquera tout votre mandat » prévient Jean-Marc Defrémont, et d’assurer que « la bataille ne fait que commencer ». « Nous saisirons le préfet pour annuler ce Conseil municipal » annonce David Fabre. Pendant ce temps, les élus de la majorité restent à leur place, attendant que la tension redescende. Beaucoup baissent la tête ou n’osent pas affronter les habitants mobilisés du regard. Certains s’excusent presque, devant des parents : « ce n’est pas encore vendu la Savinière » lâche l’un d’eux. L’ancienne maire Laurence Spicher-Bernier se réjouit pour sa part de « l’unité générale, du PS au FN, contre ces mesures ».

La séance est ensuite levée, et la salle commence à se désemplir peu à peu. Certains élus et le maire sont pris à partie par le public. On leur reproche de n’avoir pas répondu aux multiples critiques et remarques énoncées par les élus d’opposition comme les représentants associatifs. Nadège Achtergaele, la première adjointe, indique à Essonne Info « comprendre la colère » des Saviniens. « Il y a des arbitrages, on préférerait laisser ce qu’il y a, malheureusement, on ne peut pas » lâche-t-elle. Concernant la soirée et l’attente de réponses qui ne sont pas venues de la part de la majorité municipale, l’élue explique que « le dialogue n’a pas pu être établi » du fait que le public et les élus « se soient braqués, ce n’était pas possible de répondre ».

« Démissionner ou assumer »

De son côté, le maire Eric Mehlhorn revient sur la séance, et se justifie de ne pas avoir répondu au flot de critiques : « le sujet a été clairement posé par l’adjoint aux finances Jacques Pataut, l’opposition n’a pas proposé d’autre solution valable. Ce n’est pas en louant une salle de la Savinière qu’on pourra la sauver. Pour les contre-propositions, on cherche 3,5 millions d’euros, ce n’est pas suffisant ». Concernant les décisions prises, l’édile indique que « quand il faut faire des choix difficiles, oui, ça marque ». « Je ne le fais pas de gaieté de coeur, poursuit-il, certaines structures auront les effets d’ici septembre, d’ici là ma porte reste ouverte » ajoute le maire.

Dehors, les habitants sont encore plusieurs dizaines à poursuivre les échanges, alors que le conseil est terminé depuis un certain temps, et que quelques policiers en civil sont présents. Des parents parlent de poursuivre la mobilisation, sous différentes formes. Et alors qu’un élu de la majorité passe devant les contestataires, il est pris à partie vigoureusement. « Je l’ai appris vendredi, ça fait trois jours que je ne dors pas » répond ce conseiller municipal, « on n’avait pas le choix ». « Si vous aviez le choix, celui de démissionner ou d’assumer » lui lance une jeune femme, alors que le dialogue se noue tout de même. « Je suis entièrement d’accord avec vous » finit-il par lâcher pour tenter de s’excuser, tout en baissant la tête.