Afin de réaliser quelques économies dans le cadre du Plan de Retour à l’Équilibre Financier, l’Hôpital Sud Francilien de Corbeil-Essonnes envisage de réduire l’effectif du SMUR de Corbeil. Un projet qui suscite la colère des ambulanciers, premiers concernés par cette mesure économique dont l’impact pourrait se répercuter sur la population essonnienne.

L’incertitude plane encore. Depuis le 27 mars dernier, le SMUR (service mobile d’urgence et de réanimation) de Corbeil-Essonnes est sous le coup de la menace budgétaire. Afin de contribuer à la diminution du déficit budgétaire de l’Hôpital Sud Francilien estimé à 22 millions d’euros en ce début d’année 2015, la direction s’apprête à prendre de nouvelles mesures économiques, cette fois-ci en défaveur du personnel du SMUR.

Jean-Michel Toulouse, directeur du CHSF, souhaite ainsi supprimer la troisième équipe de nuit, entre minuit et huit heures du matin, et envisage sérieusement le non-renouvellement de deux postes ambulanciers suite à deux départs en retraite le 1er mai et le 1er juillet prochains. Mais cette décision, non sans conséquences pour les ambulanciers comme pour la population essonnienne, provoque un tollé général. En grève depuis le 9 avril, le personnel du SMUR de Corbeil espère voir invalidé ce projet par le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) le 23 avril prochain.

Un contexte difficile

« J’estime que vous n’avez rien à dire à ma décision », peut-on lire dans un courrier de la direction de l’Hôpital Sud Francilien adressé début avril aux personnels du SMUR de Corbeil. Cette phrase témoigne des frictions et des désaccords qu’il existe entre le directeur du CHSF, Jean-Michel Toulouse, et les ambulanciers à propos des nouvelles mesures économiques envisagées. Pour cause, ce n’est pas la première fois que le personnel de l’Hôpital Sud Francilien est mis à contribution et soumis aux nombreuses contraintes budgétaires.

En mars dernier, la direction avait déjà supprimé la demi-heure de repas du temps de travail pour 1200 salariés sur 2940 travaillant sur l’hôpital, en plus de la suppression de trois jours de RTT dans l’année et de 43 postes dans différents services, sans compter le gel des salaires qui dure depuis 2010. Ces nombreuses contraintes budgétaires interviennent dans un contexte difficile où l’activité de l’Hôpital Sud Francilien ne fait que s’accroître (+20% en moyenne depuis 2012). La nouvelle mesure économique proposée par la direction du CHSF et visant les ambulanciers du SMUR de Corbeil est-elle celle de trop ? Pour le syndicat Sud-santé, majoritaire sur l’établissement, ce n’est certainement pas la solution pour réaliser des économies : « On comprend que l’établissement soit de plus en plus soumis aux injonctions de l’ARS (agence régionale de la santé), on comprend qu’il y ait des pressions, on n’est pas le seul établissement dans cette situation, mais là on pense vraiment que ce n’est pas la bonne mesure à prendre ».

Du côté des ambulanciers du SMUR de Corbeil, même son de cloche : « ça nous met en colère. On a déjà fait des efforts. On a déjà donné 2 RTT, on a fermé une ligne de secours pendant l’été pour aider l’hôpital, on a déjà perdu un poste d’ambulancier pour cause de départ à la retraite, les auxiliaires de régulation ont même cédé aussi un poste pour ce PREF (plan de retour à l’équilibre financier) et là, on nous demande encore de faire un effort et de fermer une équipe la nuit ». La colère gronde d’autant plus que les ambulanciers du SMUR ont été mis au courant de cette décision après le délai légal de quinze jours (le 3 avril) nécessaire à l’étude des documents avant l’instance du Comité Technique d’Établissement le 14 avril.

Une mesure « irréalisable »

Aujourd’hui, ils sont dix-huit. Demain, ils ne seront plus que seize. « Si la mesure est votée, nous n’aurons plus de filet de sécurité, on ne pourra plus pallier à l’imprévu. Il ne faudra plus qu’on tombe malade, qu’on parte en vacances ou qu’on prenne des RTT. Sauf qu’on a tous des enfants, une vie de famille et il est hors de question qu’on la sacrifie », s’indignent les ambulanciers du SMUR de Corbeil. Impossible d’élaborer un planning selon eux sans dégrader davantage leurs conditions de travail et entraîner une répercussion sur le délai d’intervention pour la population essonnienne. « La nouvelle mesure envisagée est irréalisable et s’appuie sur des prévisions complétement aberrantes. Nous dégageons actuellement 2800 heures supplémentaires par an à 18 ambulanciers. C’est énorme, c’est l’équivalent de deux postes ambulanciers qu’on couvre en heures supplémentaires. Et là, on nous demande d’être six ambulanciers en permanence H24, avec deux collègues en moins, c’est impossible. On couvre déjà deux postes à 18, à 16 ambulanciers, on devra couvrir 4 postes et on en sera à 4000 heures supplémentaires. On ne sait même pas comment on va faire », s’inquiètent les conducteurs du SMUR.

Pour pallier à la réduction des effectifs du SMUR de Corbeil ainsi qu’à la suppression de la troisième équipe de nuit, la direction du CHSF envisage de répercuter son activité sur les autres équipes du SMUR alentours comme Étampes, Juvisy ou encore Longjumeau, et de passer un accord avec les équipes du Sdis (les pompiers) pour qu’elles puissent également prendre en charge ces interventions. Un coup d’épée dans l’eau pour les ambulanciers du SMUR : « Aujourd’hui, on nous dit qu’il y a des accords avec le Sdis, mais ces accords n’existent même pas ! On travaille avec, on n’a pas de convention pré-établie. Et c’est eux qui devraient prendre le relais ? Il est impossible de leur demander, à eux ou aux autres équipes du SMUR de l’Essonne, d’assumer les bêtises d’un centre hospitalier ». 

La population elle-même se verrait impactée par cette décision budgétaire. « Vous imaginez le SMUR de Juvisy aller en intervention à Milly-la-Forêt ? Déjà qu’au SMUR de Corbeil nous mettons entre 12 et 14 min pour se rendre sur les lieux de l’intervention, depuis Juvisy, on rajoute facilement 15 min. Alors quoi ? On va mettre une demi-heure pour faire la route, à cause d’un plan de petites économies de bouts de chandelles ? Un arrêt cardiaque, on ne lui donne pas sa chance. On ne peut pas être d’accord avec une chose pareille sachant qu’on fait déjà face à un problème de désertification médicale », s’insurgent les ambulanciers du SMUR de Corbeil.

L’incompréhension

Pour les ambulanciers du SMUR de Corbeil, le non-renouvellement de deux postes ambulanciers serait un véritable coup de massue. Et face à la suppression de la troisième équipe de nuit, entre minuit et huit heures du matin, c’est l’incompréhension : « Elle a été créée dans les années 2000, parce qu’on avait presque 3800 départs. Aujourd’hui, on est à plus de 5000 départs et on nous la retire… On ne comprend pas. On connaît une augmentation de 20% de notre activité et on nous enlève des moyens ». Sans compter que cette suppression entraînera alors une baisse des salaires à hauteur de 10%, puisque les conducteurs du SMUR effectueront moins de nuits et perdront ainsi leur prime. « C’est aberrant, on va nous demander de venir plus pour gagner moins », déplorent les ambulanciers.

Le 23 avril prochain, le SMUR de Corbeil connaîtra son sort à l’issue du verdict du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT).

Pour soutenir les ambulanciers du SMUR, vous pouvez signer une pétition ici.

Droit de réponse du Centre Hospitalier Sud Francilien

La Direction générale du Centre Hospitalier Sud Francilien (CHSF) a pris connaissance de l’article publié le mercredi 15 avril 2015 intitulé « le SMUR de l’Essonne sous le coup de la menace budgétaire ». Cet article rapporte des affirmations inexactes sur le caractère autoritaire de la réorganisation projetée. Il laisse à penser que la suppression d’une équipe du SMUR du CHSF menace la qualité et la sécurité de la prise en charge des habitants de l’Essonne. Il affirme que les moyens nécessaires à ces équipes spécialisées dans l’aide médicale urgente sont sous évalués.

Considérant que ces allégations et interprétations sont susceptibles de remettre en cause la confiance accordée au circuit de prise en charge des urgences départementales, la direction générale du Centre Hospitalier Sud Francilien demande un droit de réponse. Cette demande s’appuie également sur le constat d’un manque d’objectivité puisque la rédaction d’Essonne n’a pas jugé bon de publier le communiqué de la direction, diffusé le 15 avril 2015, apportant des précisions sur les motifs et sur les modalités d’application de ce projet.

En premier lieu, le directeur réfute le manque de considération dont il aurait fait preuve à l’égard des ambulanciers. Les propos « j’estime que vous n’avez rien à dire à ma décision » qui lui sont attribués sont inexacts. Ces propos n’ont pas été extraits du message écrit à leur intention le 3 avril dernier. Dans ce message, le directeur soulignait également le caractère expérimental de cette réorganisation qui sera mise à l’épreuve pendant six mois. Ce courrier donne également l’assurance aux ambulanciers d’une possible remise en question de la mesure si l’essai n’est pas concluant.

D’autre part, l’article laisse à penser que cette mesure s’applique sur une catégorie de personnels en difficulté face à leur charge de travail. Sur ce point également, la direction générale ne peut cautionner ce point de vue. Si nul ne peut contester l’investissement des professionnels du SMUR, attesté par des heures supplémentaires, il est faux d’évaluer leur volume à 2 800 heures. Depuis 2013, la direction générale encourage ces personnels à apurer leur passif. Cette démarche enregistre de bons résultats avec une réduction 57% du volume des heures supplémentaires cumulées par cette équipe aux cours des deux dernières années.

Par ailleurs, l’article accorde du crédit à des suppositions erronées de la part des ambulanciers. Or, ces idées fausses nourrissent leur inquiétude sur la capacité de faire face avec deux équipes (et non trois) à la charge de travail représentée par l’aide médicale urgente départementale. Sur ce point également la direction générale tient à assurer que des liens de coopérations formalisés existent avec le Service Départemental d’Incendie et de Secours de l’Essonne (par convention appliquée depuis le 1er janvier 2007). Ces liens de coopération sont naturellement actifs avec les 5 autres SMUR départementaux² conformément aux dispositions du Plan stratégique de santé régional 2011 – 2016 qui encourage une régulation « véritablement articulée et décloisonnée des acteurs de l’urgence ». 

Enfin, la direction générale tient à préciser que ce projet s’appuie sur les statistiques d’activité du SMUR. En période de nuit profonde (minuit – 8 heures du matin), selon les chiffres d’activité de 2014, le nombre moyen d’interventions du SMUR de Corbeil est inférieur à 2 et le nombre annuel total d’interventions de la troisième équipe est très inférieur à 10. L’expérimentation lancée prochainement permettra de valider si la couverture sanitaire est suffisante avec 7 équipes et non plus 8 au niveau départemental.

Dans le prolongement de la séance du Comité Technique d’Etablissement du 14 avril 2015, un Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail extraordinaire sera notamment consacré, le mardi 28 avril 2015, aux modalités de cette réorganisation.

¹ Le directeur précisait dans ce message que l’organisation du service relève de la compétence exclusive de la direction.
² Corbeil-Essonnes, Orsay, Longjumeau, Juvisy, Arpajon, Etampes (auxquels peut s’ajouter le SMUR de Villeneuve-Saint-Georges dont 50% de l’activité s’exerce en Essonne)