Après celle de Chilly-Mazarin, la MJC de Savigny-sur-Orge est appelée à disparaître. Le contexte budgétaire semble avoir raison du modèle singulier de ces maisons d’éducation populaire.

C’est une nouvelle qui est tombée comme un coup de massue sur la tête des permanents et usagers de la MJC de Savigny. Dans un contexte financier difficile, la municipalité de Savigny-sur-Orge annonce parmi ses coupes budgétaires en 2015 la fin de la subvention pour la Maison des Jeunes et de la Cutlure. Une décision entérinée lundi soir lors du vote du budget dans un contexte très tendu (notre récit). Le choix opéré risque de s’avérer fatal pour l’association qui fermerait ses portes d’ici quelques mois.

C’est en ce sens que les adhérents, usagers et salariés de la MJC se sont joints à la mobilisation initiée dans la commune contre ces coupes budgétaires. Lors des débats houleux de lundi soir, le président de la structure Jean-Claude Hardy a tenu à rappeler au maire ses propres mots tenus pour les 50 ans de la structure l’année dernière. Il parlait notamment d’ « inspiration commune » et d’identité dans la ville pour cet équipement.

Les banderoles sont de sortie en tout cas depuis ce début de semaine devant la MJC, aussi appelée Maison pour tous, de Savigny. Les bénévoles et salariés sont vindicatifs quant au devenir de leur structure : « 50 ans d’engagement bénévole, de spectacles, d’éducation populaire, de vivre-ensemble, de rencontres, de dynamisme détruit en 3 jours » déplorent-ils. La municipalité met en avant « l’offre » existante au sein des autres équipements qui serait suffisante. « La mission d’animation de la MJC n’est pas superposable aux autres structures » rétorque l’élu d’opposition Jean-Marc Defrémont (PS).

Les usagers présents lundi soir ne manquaient pas de souligner le rôle que joue cette MJC pour ses habitants : « les lycéens viennent régulièrement lors de leur pause ou après la sortie, et puis de nombreux concerts sont programmés, pour tous les âges, tous les styles » confie une usagère des lieux. Un permanent de la structure savinienne va plus loin, et parle d’un « véritable gâchis, car la MJC, c’est le lieu du vivre-ensemble, là où on peut devenir citoyen et monter ses projets, s’ouvrir aux autres, et accéder à la culture quand on a peu de moyens ».

A Chilly « une fermeture politique »

Le maire UMP parlait il y a quelques jours « d’offre reventilée » pour les activités proposées par la MJC, sur d’autres structures comme les maisons de quartiers ou le conservatoire. Sa subvention coupée, le lieu serait amené à fermer. Pour la suite, rien n’est encore prévu pour ces locaux qui appartiennent à la ville, même si Eric Mehlhorn laisse entendre qu’il pourrait y avoir « des projets immobiliers sur la Grande rue ». Il se défend en tout cas de sabrer la culture et l’éducation populaire : « à Chilly c’est une fermeture politique, pas ici, j’ai des contraintes, je fais avec » se justifie le maire.

La situation délicate rencontrée par les usagers, bénévoles et personnels de la MJC de Savigny est loin d’être isolée dans ces structures associatives présentes dans nos communes. En sursis suite à l’annonce par la ville de la destruction de ses locaux, la MJC de Chilly-Mazarin est dans une mauvaise passe. La mobilisation enfle sur place pour tenter de faire revenir le maire et son équipe sur leur décision de mettre un terme aux activités.

Après un rendez-vous avec l’élue en charge de la culture, Martine Cinosi, l’annonce de la fermeture de la MJC de Chilly-Mazarin est tombée. « Ils assument clairement leur position », explique Eric Chevreau, le directeur de l’établissement culturel, « la fermeture du site pourrait signifier le licenciement de 42 personnes », s’inquiète-t-il. Une décision qui a révolté une partie des Chiroquois et l’équipe de la MJC qui ont manifesté leur mécontentement ce mardi soir devant le conseil municipal (lire notre article).

L’enchaînement de ces situations difficiles pour le monde de l’éducation populaire ne laisse pas de marbre leurs représentants, à l’image de la fédération régionale des MJC. L’un de ses délégués Max Leguem parle d’une « série d’attaques en règle contre les MJC, c’est très inquiétant ». Et de souligner les perspectives peu réjouissantes qui s’offrent à certains endroits. « A Chilly, ils ont proposé aux intervenants de travailler en indépendant. Ils liquident les associations et vont installer plusieurs acteurs marchands. C’est une logique de marchandisation » affirme-t-il.

D’autres baisses en 2016?

Et si elles ne ferment pas, plusieurs MJC sont soumises à des réductions budgétaires, qui vont conduire certaines d’entre-elles à réduire la voilure en matière d’activités et de possibilités. A Juvisy, où la MJC possède des prérogatives étendues en matière de jeunesse, la subvention a été baissée de 20%, passant de 310 000 à 250 000 euros lors du dernier conseil municipal. A Viry-Chatillon vendredi dernier, le maire Jean-Marie Vilain a fait voter un budget comprenant plusieurs baisses de dépenses, dont 130 000 € de moins pour les trois MJC, soit un total de 770 000 € pour 2015 (900 000 en 2014). Un choix justifié selon lui par les résultats de l’audit qui a « révélé que les subventions versées aux MJC chaque année ne correspondaient qu’à une partie du coût pour la ville. Ainsi, en 2013, les subventions représentaient 692 K€ alors que le coût global pour la ville était de 1,4 M€ ». Les structures castelviroises vont en tout cas devoir se serrer la ceinture.

La mairie met de son côté en avant les travaux budgétés cette année, notamment ceux de rénovation de la MJC Aimé Césaire qui a subi un incendie en 2014, pour un montant de 180 000 €. A la fédération et dans les autres MJC, on suit attentivement les situations vécues à Chilly et Savigny. Une réponse globale sera probablement proposée dans les prochains jours, mais Max Leguem pointe déjà le fait qu’à travers ces « attaques sur les services publics », les MJC ne soient que le « commencement », et prévient : « ça va continuer, car en 2016 il y aura d’autres baisses de dotations ».