Après une semaine forte en rebondissements, François Durovray a été élu à la présidence du Conseil départemental de l’Essonne. Il a présenté les grandes lignes de son programme face à l’assemblée départementale où flottait une certaine tension par moment.

François Durovray, le nouveau Président UMP du Conseil départemental de l'Essonne. (LS/EI)

François Durovray, le nouveau Président UMP du Conseil départemental de l’Essonne. (LS/EI)

Attendu depuis le soir du second tour, ce jeudi 2 avril marquait la conclusion d’une campagne électorale qui aura duré de longues semaines. C’est la fin de plusieurs semaines de combat entre les candidats de chaque camp politique, pour être les premiers élus du nouveau Conseil départemental. De la tension, il y en a eu, et ce, même au lendemain de la victoire de la droite au second tour de dimanche dernier. Car après avoir été élu par un vote en interne pour être le candidat de la nouvelle majorité à la présidence du Département, François Durovray a vu en quelques heures Georges Tron passer de la position du vaincu à celui de challenger. Durant quelques jours, la possibilité d’avoir deux candidats à droite, en plus de Jérôme Guedj, à la présidence du Conseil départemental a alimenté les discussions de chacun. Or, la tension qui était palpable jusqu’à quelques heures de la séance d’installation de l’Assemblée départementale s’est évaporée au fil des heures. La faute au retrait définitif cette fois-ci de Georges Tron, tuant ainsi tout suspens.

C’est donc dans une ambiance plus apaisée en apparence que les 42 conseillers départementaux se sont livrés à l’élection du président de l’Essonne. Sous le contrôle de Jean-Pierre Bechter, doyen de l’assemblée, les nouveaux élus avaient le choix entre la candidature de François Durovray (UMP) ou celle du président sortant, le socialiste Jérôme Guedj. Après quelques longues minutes de dépouillement, c’est finalement le nom du maire UMP de Montgeron qui est ressorti vainqueur des urnes sous les yeux d’un Georges Tron resté stoïque à l’annonce des résultats. Il l’emporte avec une large avance, 28 voix contre 12, un bulletin était jugé nul et un second blanc. L’Essonne passe donc officiellement à droite, une première depuis 17 ans.

Une Essonne « plus juste, plus ambitieuse et plus responsable »

Acclamé par une partie du public venu très nombreux pour l’occasion, François Durovray a alors pris place dans le fauteuil de président du Département. Devant un parterre de politiques venus de toute l’Essonne, l’homme de 44 ans a alors livré son premier discours en tant que dirigeant de l’Essonne. « C’est avec beaucoup d’émotions que je prends la parole devant notre assemblée en tant que premier président du Conseil départemental de l’Essonne. J’accepte avec gravité les responsabilités que vous m’avez confiées. J’espère pouvoir en partager avec vous les joies », a confié l’élu avant de se soumettre à un traditionnel discours de politique générale.

Comme symbolique de départ, le nouvel homme fort de l’Essonne a évoqué la situation financière du département. Un enjeu capital selon lui. « La bonne gestion de notre département est le préalable sans lequel rien n’est possible. Depuis trop longtemps, ses dépenses augmentent plus vite que ses recettes. La baisse des dotations de l’Etat impactera nos prochains budgets », explique François Durovray. Afin de permettre aux Essonniens de bénéficier de services publics « de qualité », l’édile prône la réalisation d’un audit financier. « Dans un souci de transparence, nous ferons réaliser un audit de la collectivité qui permettra de définir les outils à mettre en œuvre pour maîtriser nos dépenses de fonctionnement, dégager des marges de manœuvre pour améliorer la qualité des services publics ».

Outre un plan de relance destiné à soutenir les investissements des communes, le nouveau président souhaite améliorer la politique dans le domaine du social. « Un Département plus juste à l’égard de ces territoires, un Département plus juste à l’égard de ses habitants ».

La politique que mènera la nouvelle majorité départementale se voudra aussi « plus responsable » en matière d’environnement ou encore concernant la sécurité au sein des collèges. « Les années du collège sont les années où les élèves sont les plus fragiles. Des réflexions sur la prévention des risques au sein des établissements scolaires seront entamées », annonce François Durovray.

Enfin, l’Essonne devra être « plus ambitieuse » selon le président. En s’appuyant sur un réseau de transports « plus dense et mieux pensé », le Département devra mettre en avant ses pôles de recherches qui font que le « rayonnement de l’Essonne est mondial », poursuit François Durovray. Quelques grands projets alimenteront les débats, comme la réalisation contrôlée du Grand Stade ou la candidature de Paris aux JO de 2024, sur laquelle le Conseil départemental devra se positionner. « Si Paris obtient les Jeux Olympiques, il est primordial que l’Essonne puisse être partie prenante de ce projet », assure le président avant de conclure sur un message d’unité et de cohésion envers ses collègues. « Nul ne connaît votre canton mieux que vous. Essayons de donner l’image d’un Conseil départemental uni autour d’une ambition collective ».

Les craintes de l’opposition

Pour la nouvelle opposition départementale, certains points de ce discours de politique générale laissent perplexes, voire dérangent. C’est le cas pour l’ancien président du CG Jérôme Guedj qui n’a pas tardé à lancer les premières joutes verbales du mandat de François Durovray. En effet, après avoir rappelé leur passé commun – les deux hommes ont siégé ensemble de 2001 à 2008 – Jérôme Guedj est entré dans le vif du sujet. « Afficher l’objectif de faire des économies dans les dépenses de fonctionnement et en parallèle vouloir assurer des services publics avec encore plus de qualité nécessitera de faire des choix », analyse le socialiste. Le président déchu expose ainsi ses craintes concernant de possibles coupes budgétaires que la nouvelle majorité pourrait faire selon lui sur des programmes initiés par la gauche. « Continuerez-vous le service public essonnien du grand âge que nous avons créé en 2012, pour déployer des maisons de retraite à 60 euros par jour ? Maintiendrez-vous le programme réussir sa sixième pour les activités périscolaires ? Qu’allez-vous faire de la carte jeune que nous avons mise en place… », demande Jérôme Guedj à François Durovray qui botte en touche. « Nous pourrons entrer dans les détails lors des prochaines séances publiques. Regardez l’avenir de l’Essonne avec sérénité ».

Jérôme Guedj, Conseiller départemental PS du canton de Massy. (LS/EI)

Jérôme Guedj, Conseiller départemental PS du canton de Massy. (LS/EI)

Premier accroc Guedj/Tron

D’autres inquiétudes persistent notamment sur les investissements concernant les aménagements des axes de communication. Toutefois, Jérôme Guedj y va aussi de son « compliment » à l’égard de François Durovray. « Nous avons fait ce que nous avions à faire pour que l’image de notre institution demeure préservée. Pendant 17 ans nous avons mis un point d’honneur à faire de cette collectivité départementale une collectivité exemplaire. Aujourd’hui, nous ne pouvons qu’être soulagés que cette exigence d’exemplarité puisse être maintenue ».

Directement visé par ces propos, le conseiller départemental de Draveil Georges Tron. Rattrapé par les affaires judiciaires pendant la campagne, celui-ci n’y est pas allé par quatre chemins dans sa réponse. « Au nom des valeurs que vous avez eu le culot d’évoquer, il y en a une qui est une valeur essentielle, c’est le respect de l’individu. Si vous vous érigez en censeur ou en juge, ce ne sont pas forcément les valeurs que vous bafouez, mais aussi votre discours que vous prétendez incarner », tacle l’ancien président de l’UMP 91. Peu avant le vote des vice-présidences, ce dernier a choisi de quitter la salle. Preuve que les tensions ne sont pas encore totalement retombées (lire notre article).

Georges Tron, Conseiller départemental UMP du canton de Draveil. (LS/EI)

Georges Tron, Conseiller départemental UMP du canton de Draveil. (LS/EI)

Douze vice-présidents ont été désignés ensuite et à l’unanimité. « C’est un bon début. J’espère qu’il en sera de même pendant ces six ans », ironise alors François Durovray. Pour le savoir, rendez-vous à la prochaine séance publique fixée au 11 mai prochain.