Lors du dernier conseil municipal, l’équipe municipale de Corbeil-Essonnes s’est positionnée pour rebaptiser le nom de deux rues de la commune afin d’exprimer sa reconnaissance à deux anciens maires, Roger Combrisson et Serge Dassault. Une délibération qui ne fait pas l’unanimité.  

L'Hôtel-de-Ville de Corbeil-Essonnes. (DM/EI)

L’Hôtel-de-Ville de Corbeil-Essonnes. (DM/EI)

Rue de l’Église, avenue du Général de Gaulle, Rue de Verdun… Bref, la liste des odonymes (Ndlr : noms propres désignant une voie de communication) est diverse et variée. Outre quelques noms de rues communs, chaque ville possède également ses odonymes propres faisant souvent référence à son passé. L’avenue Francœur par exemple à Viry-Châtillon rappelle la mémoire de ce célèbre mathématicien et ancien maire de la commune de 1839–1845. Idem pour l’avenue Paul Delouvrier à Évry qui évoque le souvenir de l’un des fondateurs de la ville nouvelle, aujourd’hui capitale de l’Essonne.

À l’inverse de ce que certains pourraient croire, les odonymes de ces voies de communication ne sont pas forcément inscrits dans le marbre. Les municipalités peuvent revenir sur le nom d’une rue. C’est le cas à Corbeil-Essonnes où le maire Jean-Pierre Bechter a présenté aux membres du conseil municipal son souhait de rebaptiser deux rues de la commune aux noms de Roger Combrisson et de Serge Dassault, deux anciens maires au parcours « exceptionnel », communique la mairie.

La reconnaissance d’une ville

C’est lors de la dernière séance du conseil municipal que le maire de Corbeil-Essonnes a présenté à ses collègues élus cette délibération destinée à rebaptiser deux rues de la ville en l’honneur de Roger Combrisson, maire PCF de 1959 à 1992 et Serge Dassault, maire de 1995 à 2009. Après avoir voté pour une première délibération concernant le nom du futur groupe scolaire qui verra le jour à la Papeterie,  Jean-Pierre Bechter a exposé sa demande. « La ville de Corbeil-Essonnes souhaite rendre un hommage et exprime sa reconnaissance aux deux précédents maires [de la ville] qui, par la longévité de leurs mandats et l’exceptionnelle richesse de leur bilan, ont marqué d’une empreinte indélébile notre histoire et ont contribué à façonner le caractère propre et l’identité de notre commune. Dans cet esprit, la municipalité souhaite attribuer leur nom à des artères importantes de la ville », a ainsi expliqué l’édile corbeil-essonnois. « Ces deux personnes ont véritablement marqué la commune », ajoute le premier adjoint Jean-Michel Fritz.

Jean-Pierre Bechter, maire de Corbeil-Essonnes. (MM/EI)

Jean-Pierre Bechter, maire de Corbeil-Essonnes. (MM/EI)

Ainsi, le nom de l’actuel sénateur de l’Essonne a été proposé pour rebaptiser une partie du boulevard Jean Jaurès (N7) ainsi que la nouvelle voie en construction sur la Montagne des Glaises. Pour la partie située sur la nationale, il s’agit plus précisément « d’une courte portion allant du lycée Robert Doisneau au rond pont du centre hospitalier Sud-francilien », confirme Jean-Michel Fritz. Concernant la rue « donnée » à son prédécesseur, il s’agit de dénommer l’avenue du Président Salvador Allende traversant le quartier de Montconseil.

Alors que la municipalité reste dans l’attente de l’accord de l’industriel et sénateur UMP et de la famille de Roger Combrisson, cette délibération ne fait pas l’unanimité.

Quel hommage pour Roger Combrisson ?

Outre l’opposition qui n’a pas souhaité prendre part au vote de cette délibération – approuvée par l’ensemble de la majorité –, le fils de l’ancien maire communiste Claude Combrisson a accueilli cette nouvelle avec beaucoup de stupéfaction. « Je suis formellement opposé à cette décision, réagit Claude Combrisson. Je ne souhaite pas que le nom de mon père efface celui de Salvador Allende. C’était un homme porteur de certaines valeurs que partageait mon père. Il n’est vraiment pas possible de rebaptiser cette avenue ».

Du côté de la municipalité, on ne comprend pas forcément cette décision. « Il y a eu beaucoup de projets proposés à Claude Combrisson, mais à chaque fois, il y avait une chose que ne lui plaisait pas », résume Jean-Michel Fritz. Car, en 2012 déjà, Jean-Pierre Bechter avait proposé de renommer la place Henri Barbusse, l’actuelle place de la gare, par le patronyme de l’ancien maire qui administra la ville pendant 33 ans. Un projet qui s’était heurté à un premier refus. « Henri Barbusse était le fondateur de l’ARAC (Ndlr : Association Républicaine des Anciens Combattants). Mon père en était membre. Accepter le principe du changement de nom de la place de la gare serait lui faire insulte, ainsi qu’aux anciens combattants », résume Claude Combrisson. « Il y avait pourtant une logique à cette proposition, étant donné le passé de cheminot de Roger Combrisson », rétorque le premier adjoint, Jean-Michel Fritz.

Pour le fils de l’ancien maire, un consensus pourrait être trouvé si le nom de son père était donné à une nouvelle rue ou à une infrastructure communale. « Je ne veux pas que l’on débaptise quelque chose pour le remplacer par le nom de mon père. J’ai par ailleurs sollicité l’avis d’un certain nombre de personnes de toutes opinions qui proposent de donner le nom de Roger Combrisson au théâtre de Corbeil notamment », relate Claude Combrisson. Cependant, cette proposition ne requiert pas pour le moment l’accord de la municipalité. « Cette action aura moins d’impact que si nous lui donnions une rue. Les gens ne diront pas je vais à Roger Combrisson, mais au théâtre. Si c’est pour donner des noms pour donner des noms, cela ne sert pas à grand-chose », commente Jean-Michel Fritz. « Ils choisissent d’occulter 33 ans de la vie de la commune. Quelle hypocrisie… », rajoute Claude Combrisson.

Serge Dassault devrait avoir son avenue

En refusant de donner son accord à cette délibération, les possibilités de voir le nom de Roger Combrisson sur une plaque de la commune risquent de s’amenuiser. « Si il y a un refus, il n’y aura peut-être pas d’autres propositions », avance le premier adjoint. « Trouver une rue pour mon père n’est pas ce qui préoccupe le plus la municipalité, reprend Claude Combrisson. C’est un artifice pour faire passer le reste : Serge Dassault intronisé de son vivant ».

Cette délibération, non notée sur l’ordre du jour du conseil municipal, a été votée à quelques jours des 90 ans du sénateur et industriel. Ironie du sort ou coup bien préparé ? « Nous pensons à ce projet depuis déjà quelques temps, assure Jean-Michel Fritz. Reste maintenant à savoir s’il donnera son accord », ironise ce dernier.

La future avenue Serge Dassault obligera donc le Lycée Robert Doisneau et le centre hospitalier Sud-francilien à changer d’adresse. Cette artère desservira donc un hôpital qui ne porte toujours pas le moindre nom. Mais pour combien de temps encore…