Jusqu’au 5 juillet 2015 à Yerres, la propriété du peintre et mécène Gustave Caillebotte accueille une exposition consacrée à l’emblématique famille Rouart, intitulée Les Rouart, de l’impressionnisme au réalisme magique. Retour sur le parcours atypique de cette famille d’artistes et sur leur passion héréditaire pour la peinture.

Chez les Rouart, l’art est une affaire de famille. De l’impressionnisme au réalisme magique, cette passion s’est transmise de génération en génération, d’Henri Rouart (1833–1912) à son fils Ernest (1874–1942), jusqu’à son petit-fils Augustin (1907–1997).

Pourtant passionné de dessin depuis sa plus tendre enfance et élève des peintres Corot et Millet, Henri Rouart choisit en premier lieu une toute autre carrière que celle d’artiste. Tout droit sorti de l’École Polytechnique de Paris, il devient à partir de 1855 un brillant ingénieur, souvent récompensé pour ces inventions aux expositions universelles, et fait progressivement fortune dans l’industrie métallurgique. Cet argent lui permet alors de s’adonner pleinement à la collection d’œuvres et d’objets d’art et de soutenir financièrement les jeunes artistes du courant impressionniste. Aux côtés de son ami peintre Degas, rencontré au lycée Louis le Grand à Paris, et de son frère Alexis, Henri Rouart réalise même de nombreuses toiles, parmi lesquelles « Femme à sa fenêtre » et « Église San Michele près de Venise« . Mais l’homme préfèrera toujours rester dans l’ombre du mécène plutôt que de jouir d’une gloire d’artiste. Son fils, Ernest, grandira dans cet univers artistique et suivra les traces de son père, gagné à son tour par la passion de la peinture.

La famille Rouart est loin de faire exception au dicton « tel père, tel fils ». Alors qu’il est sur le point d’être admis à Polytechnique, Ernest fait part à son père de son envie de devenir peintre. Henri Rouart accepte, à une condition : que son fils suive scrupuleusement l’enseignement de son ami Degas. Ernest laisse alors tomber Polytechnique pour devenir le seul et unique élève du peintre et apprendre ainsi les rudiments de la peinture. Son mentor l’exerce à l’art de la copie afin de le confronter aux maîtres du passé et de le mettre au défi. Il explore aussi diverses techniques comme le pastel ou encore la gravure et réalise plusieurs portraits, comme celui de Julie Manet, qui deviendra par ailleurs son épouse, et celui de Paul Valéry, son meilleur ami.

À la mort de son père en 1912, Ernest Rouart s’oppose à sa sœur ainée qui souhaite vendre la totalité de la collection d’œuvres et d’objets d’art de leur grand-père Henri, composée de plus de 500 toiles d’amis et de grands artistes impressionnistes. Le jeune peintre n’en sauvera finalement qu’une partie. Afin de préserver ce patrimoine et de le promouvoir, il organise de nombreuses expositions sur le courant impressionniste et se donnera pour mission de cataloguer les œuvres de sa belle-mère, Berthe Morisot, figure féminine emblématique de l’impressionnisme.

Toutefois, le décès d’Henri Rouart n’éteint pas le flambeau de la dynastie artistique, bien au contraire. À son tour, son petit-fils Augustin, héritier d’une longue tradition familiale, se met à la peinture. Son style, affirmé, s’éloigne de l’impressionnisme pour se rapprocher du réalisme, où la réalité est comme photographiée. Dans ses toiles, il capture alors l’instant présent, un paysage ou encore une scène de vie. Un réalisme « magique » comme se plaît à l’appeler l’historien d’art Bruno Foucart. Outre ses nombreuses œuvres telles que Lagrimas y penas ou encore Le petit pêcheur, Augustin Rouart  a notamment peint un petit ourson en clin d’œil à son fils.

Jean-Marie Rouard s’en souvient comme si c’était hier. « J’avais un ours en peluche que j’ai perdu après la libération dans un train, c’était mon premier amour », explique-t-il, sourire aux lèvres. Confié à un couple de pêcheurs à l’âge de 4 ans, le jeune garçon vit loin de ses parents. Alors, pour le consoler, son père, Augustin Rouart, lui envoie des lettres dans lesquelles il lui conte les aventures de « Nounours Jean-Marie », inspirées de l’histoire vraie d’un petit ourson des Pyrénées. Une fiction s’est alors écrite, marquant à jamais la vie de Jean-Marie, aujourd’hui membre de l’Académie française.

Informations pratiques :

Les Rouart, de l’impressionnisme au réalisme magique, exposition à la Ferme Ornée, propriété Caillebotte, 8 rue de Concy, Yerres.
Horaires : du mardi au vendredi de 14h à 18h et le week-end de 10h à 18h.
Tarifs visites guidées : plein 6€ / 5€ pour les Yerrois.
Informations et renseignements au 01 80 37 20 61.