Imbroglio au sein de la nouvelle majorité départementale. François Durovray a été choisi pour présider l’Essonne par les élus UMP-UDI ce lundi, mais Georges Tron ne désarme pas et a annoncé dans la foulée sa candidature.

Illustration de Faysal Boukari pour Essonne Info. (Le Karibou)

Il aura fallu une seule journée pour sortir les couteaux dans la nouvelle majorité (Illustration de Faysal Boukari pour Essonne Info. (Le Karibou)

Journée rocambolesque pour la droite en Essonne, au lendemain de sa victoire sans appel lors des élections départementales (lire notre article). Plusieurs rebondissements sont venus ponctuer ce lundi au cours duquel la droite essonnienne s’est déchirée. On savait les tensions présentes, mais ce lendemain d’élection semblait plutôt serein du côté des nouveaux élus de droite et du centre, qui pour la plupart effectuent leur baptême du feu au Département (20 sur 28 n’y ont jamais siégé).

Une campagne très locale et axée sur les territoires aura permis de calmer les rivalités, chacun se concentrant sur les communes de son canton. L’amorce de ce troisième tour s’annonçait comme la première turbulence de l’ère de la droite au Département. Et cette première journée n’aura pas manqué d’intensité.

Alors que doit être installée la nouvelle équipe ce jeudi 2 avril, rendez-vous est fixé ce lundi à 11h par l’actuel président du groupe UMP et apparentés Eric Mehlhorn. Au menu, le choix par les conseillers départementaux majoritaires de leur chef de file et donc de celui qui s’installera dans le fauteuil de président. Premier accroc : le périmètre de cette nouvelle majorité. Est-elle composée de 28 ou de 30 membres?

Avec ou sans DLF?

La tension se porte sur le binôme Debout la France du canton de Yerres. Invités par Éric Mehlhorn à participer à la première réunion des nouveaux élus, Martine Sureau et Olivier Clodong se présentent au siège du Département. Accueillis avec les autres élus à l’assemblée départementale, ces deux élus vont vite déchanter. « Nous avons tout de suite vu que nous n’étions pas forcément les bienvenus » raconte Olivier Clodong, « Georges Tron a pris directement la parole et nous a dit : « je quitte la salle, je ne reviendrai que quand ceux qui ont fait perdre nos candidats en sortiront » ».

Les deux élus yerrois partent alors de la séance, mais revendiquent de participer à la nouvelle majorité de droite et du centre. « Nous partageons beaucoup d’idées avec ces nouveaux élus. C’est pourquoi nous aimerions faire partie de la majorité départementale » confie Martine Sureau. Ce que refuse catégoriquement les proches de Georges Tron : « après la campagne calomnieuse qu’ils ont fait, en nous éliminant sur le canton d’Epinay (victoire du PS face au FN au second tour), ils ne peuvent pas être dans cette majorité » résume une élue.

Les conseillers départementaux se retrouvent donc au nombre de 28. Dans une configuration où n’apparaissent pas les élus DLF, en rivalité avec l’UMP sur la rive-droite (lire notre article). C’est donc face aux conseillers départementaux UMP, UDI et Divers-droite que les deux candidats vont livrer un grand oral sur leur projet et leur méthode de gouvernance. Le vote à bulletin secret est organisé, et François Durovray est désigné par 15 voix contre 12 (et un bulletin nul) comme chef de file de cette nouvelle majorité, et donc candidat à la présidence pour la séance d’installation de ce jeudi 2 avril. Georges Tron accepte à ce moment là sa défaite.

François Durovray

François Durovray et une partie des nouveaux élus après le vote interne ce lundi (JM/EI)

Tron se lance

Changement de situation quelques heures plus tard. Un repas est organisé à l’extérieur après la séance, auquel sont censés se joindre les élus. Mais plusieurs d’entre eux vont boycotter les réjouissances, signe de tensions persistances après ce vote interne. Après s’être réuni avec plusieurs cadres de l’UMP, Georges Tron annonce l’après-midi à l’AFP son revirement. Il sera candidat à la présidence de l’exécutif jeudi, et quitte ses fonctions de président de l’UMP 91. Il s’en explique à Essonne Info : « je suis parfaitement cohérent avec moi-même, je ne suis ni amer, ni déçu. J’ai mené la bataille, les campagnes des municipales puis des cantonales, de A à Z. Je considère ma mission à la tête de l’UMP 91 terminée. Je me présente et je suis entouré d’amis ».

Le maire de Draveil décide de jouer son va-tout, et attaque pour cela frontalement son rival, désigné quelques heures plus tôt. « Durovray et la gauche ont mené la même campagne. Le département est en train de tomber d’un extrême à l’autre » allume Georges Tron, qui regrette que « le groupe UMP soit tombé dans le panneau ». Dans son viseur, la proximité du maire de Montgeron avec Nicolas Dupont-Aignan, et ses candidats DLF face aux binômes UMP. « Je combats les extrêmes » affirme-t-il.

Des accusations qui font sortir de ses gonds le maire de Yerres. Contacté par Essonne Info, NDA préfère « ne pas [se] mêler des affaires de l’UMP », mais se révolte de l’attitude de Georges Tron : « j’en ai assez qu’il insulte les Gaullistes de Debout la France, nous ne sommes pas d’extrême-droite ». La stupeur dans les rangs de l’UMP laisse place pour certains à de l’amertume. « Quelle image est-ce que l’on montre aux Essonniens? » soupire un élu. Ils sont ainsi plusieurs à monter au créneau contre la décision de Georges Tron de s’affranchir du vote interne. « Sa candidature est vouée à l’échec » commente Valérie Pécresse, chef de file de l’UMP Ile-de-France sur un plateau télé.

Durovray riposte

Puis Eric Mehlhorn prend sa plume et publie un communiqué, dans lequel il exprime « sa vive déception » et dénonce ce qu’il appelle « un véritable coup de force du Conseiller départemental, Maire de Draveil ». « Je prends cette annonce comme une attaque personnelle, je suis choqué que l’on méprise aussi grossièrement le vote des Conseillers départementaux nouvellement élus » gronde-t-il. Et de poursuivre en indiquant qu’il « n’y a pas de Conseillers départementaux plus légitimes que d’autres ! Les 28 Conseillers départementaux (soutenus par l’UMP et l’UDI) élus dimanche doivent leur succès à eux-mêmes, à leur engagement sur le terrain. Rien de plus, rien de moins ».

Dans la soirée, c’est sur les chaînes d’information en continue que François Durovray va lui-même riposter, décrivant « une attitude qui n’est pas à la hauteur d’un responsable politique » et ajoutant : « quand on est candidat, on doit se soumettre au vote. Il avait dit qu’il se soumettrait au résultat ». Les couteaux sont donc de sortie, en attendant jeudi et une séance d’installation qui s’annonce explosive. Mais cela risque encore d’évoluer d’ici là. En tout cas pendant ce temps là, la gauche ne rate pas l’occasion de pointer cette rivalité. « La droite en Essonne ouvre son mandat par une guerre des chefs, ce qui arrive quand on n’a ni leader légitime ni projet partagé » écrit Romain Colas, le député (PS) de Boussy sur Twitter.