Ce vendredi a lieu l’ouverture de la nouvelle édition du festival photographique de Corbeil-Essonnes. Depuis sa création en 2013, l’Œil Urbain chemine tranquillement mais sûrement dans le territoire photographique français. Il attire de plus en plus de monde issu du milieu de la photographie, et s’ouvre désormais sur l’international en exposant des photographes étrangers et reconnus. 

Dès son commencement l’idée de Lionel Antoni, directeur du festival, est d’aller chercher des photographes d’agences prestigieuses comme Signatures ou Myop et les faire exposer aux côtés d’amateurs ou de jeunes photographes. Cette année il fait venir deux photographes de l’agence VU’ reconnus internationalement : Michael Ackerman et Steeve Iunker. Avec eux sont exposés, Laurent Nicourt gagnant du concours Réponses Photo, Philippe Blayo, les photographes du Photo Club de Palaiseau et de Préfigurations, et William Gonnet qui expose aux côtés de Michael Ackerman.

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© Michael Ackerman

L’Œil Urbain : une ouverture sur les villes du Monde

En totalité 13 expositions, 39 photographes invités, des rencontres et signatures, une journée de conférence et la création d’un catalogue du festival de 96 pages imprimé à Hélio-Corbeil. Une programmation de qualité :

« Nous avons été contactés par le New York Times au sujet de l’exposition de Michael Ackerman. Télérama sera présent, notamment pour Richar Pak. Au 104, à l’occasion des expositions de Circulations, nous avons rencontré un photographe roumain qui connaissait l’Œil Urbain, nous confie Lionel Antoni, mais étrangement le bassin local reste le plus difficile à atteindre. C’est pourquoi le festival continu dans sa démarche de proposer des expositions en extérieur, pour amener la photographie aux habitants »

© Stéphane Gautier

© Stéphane Gautier

L’Œil Urbain interroge les rapports entre l’urbanité et l’humain, à travers des expériences visuelles sensibles et poétiques, ou sociales et politiques. Les expositions traversent les villes d’Europe de l’Est, de Chine, New York, la Turquie, la Sibérie et bien sûr la ville de Corbeil. Cette année, elle prend la forme un atlas visuel au sein duquel cohabitent les villes du Monde : la neige de Iakoutsk occupe le jardin de la Commanderie Saint-Jean, et les paysages oniriques et granuleux de Pologne habitent les murs du théâtre. Cette poésie et cette diversité dans le travail réalisé permet d’offrir une richesse et une ouverture aux différents champs photographiques : photojournalisme, documentaire, artistique.

Ce vendredi et ce samedi sont consacrés à la photographie d’auteur à travers les villes invisibles de Bogdan Konopka, les photographies de Michael Ackerman, les villes froides de Steve Iunker, et l’installation du dernier travail de Richard Pak : Les frères pareils, portraits sensibles et insolites de deux frères habitants à Corbeil-Essonnes… Le vernissage  est à 19h ce vendredi à la Commanderie Saint-Jean. Les rencontres avec l’ensemble des photographes débute samedi dès 14h avec Cyrus Cornut au théâtre.

© Richard Pak

© Richard Pak

© Steve Iunker

© Steve Iunker

Le dimanche 29 mars est consacré au photojournalisme, autour de projections publiques animées par Alain Frilet (Parole de Photographes). Seront présentées les images d’Alain Keller sur les Roms en Europe, de Grégoire Korganow sur les prisons françaises – actuellement exposées à la Mep – et enfin un reportage de Rose Lecat – seule femme photographe présente cette année au festival – autour d’une communauté des bois constituée de « naufragés souvent solitaires et en marge de la société […] dans ce village de caravanes en Seine-et-Marne, accueillis par l’association 115 du Particulier.

Un engagement social et éducatif

Les expositions et rencontres ne sont qu’un aspect du festival. L’autre versant est plus engagé tant au niveau social qu’économique. Il y a en premier lieu l’éducation à l’image. Dans une époque où nous sommes quotidiennement inondés par un flux d’images en continu, quelle attitude avoir face à elles ? Comment les appréhender et les ingérer ?

« La photographie est un langage, et l’éducation à l’image est très importante. Cette année est une transition. C’est important pour nous de réaliser des actions notamment auprès des jeunes pour leur apprendre ce qu’est l’image  » explique Lionel Antoni.  A l’occasion de la 26e semaine de la presse et des médias dans l’école, il fait appel au collectif #Dysturb qui mène jeudi 26 mars des actions socio-éducatives au sein d’un collège et d’une classe préparatoire aux grandes écoles du lycée Robert Doisneau. Le collectif regroupe des photographes reporters qui œuvrent à sensibiliser les regards à l’actualité internationale. #Dysturb s’inscrit dans une démarche de street art, son mode opératoire consistant à coller de grandes affiches sur les murs des villes, sous les yeux de tous.

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#Dysturb à Corbeil-Essonnes – © Lionel Antoni

L’Œil Urbain participe également à la vie économique locale par son partenariat avec Hélio-Corbeil. L’imprimerie, devenue une Scop en février 2012 – lire notre article – a réalisé l’impression d’un catalogue de 96 pages avec une couverture différente par artistes.

« La participation de Hélio a été extrêmement importante, raconte Lionel Antoni, ils sont parmi les derniers à faire de l’héliogravure et ils ont fait un travail remarquable. Nous avons organisé une visite de l’imprimerie avec les photographes. Ce fut une très belle expérience. La visite a duré après 22h00… Les photographes et les imprimeurs ont pu se rencontrer et échanger sur leur travail respectif : le fonctionnement de la photogravure et de l’encrage, le pourquoi d’une photo floue ou d’un cadrage particulier »  

Le catalogue est tiré à 6000 exemplaires et offert aux gens dans tous les espaces d’expositions.

L’Œil Urbain ne se limite donc pas à un simple lieu d’exposition, il vise à créer un espace de réflexion à partir du médium photographique : Que nous dit la photographie et les photographes sur l’urbanité ? Que nous disent-ils de nos contemporains ? Nulles réponses ne seront ici apportées, mais des moments d’échanges, de partages et le plus important, d’émotions.