À Arpajon, Athis-Mons, Brétigny et aux Ulis, droite et gauche sont au coude-à-coude à l’issue du premier tour. Ces quatre cantons pourraient bien faire basculer dans un sens ou dans l’autre le scrutin.

Conseil général de l'Essonne - CG91

À deux jours du scrutin final de ces élections départementales, les qualifiés pour le second tour redoublent d’efforts dans cette dernière ligne droite. Si l’affaire semble déjà entendue (ou presque) sur certains cantons comme à Yerres, Sainte-Geneviève-des-Bois ou à Gif-sur-Yvette où respectivement les binômes de Debout la France, de la majorité sortante et de l’alliance UMP-UDI devraient s’imposer, l’issue est plus indécise pour quelques cantons. Ces cantons, ce sont ceux où les écarts ont été les plus faibles au premier tour. Allant de près de 500 voix aux Ulis jusqu’à une vingtaine de voix à Brétigny-sur-Orge, le flou plane ainsi sur quatre cantons.

Dans la mesure rien n’est joué entre les différentes forces majeures du département, ces cantons pourraient peser lourd sur la désignation de la couleur politique de la future majorité départementale. Zoom sur la situation des cantons d’Arpajon, des Ulis, de Brétigny et d’Athis-Mons.

Avantage pour la gauche à Arpajon ?

« Chaque voix va compter », indique le conseiller général sortant, le socialiste Pascal Fournier, signe que l’issue du résultat sur ce canton est loin d’être prévisible. Au soir du premier tour, à peine 200 voix séparaient les deux premiers binômes du canton, à savoir les candidats de l’alliance de droite Dominique Bougraud et Alexandre Touzet (32,96%) et les socialistes Pascal Fournier et Nicole Perrier (31,80%). Le second tour risque encore d’être serré, c’est en tout cas ce que pensent les différents belligérants de ce scrutin. D’autant plus que le binôme frontiste présent sur le canton sera également de la partie.

Dans le cadre de cette triangulaire – la seule avec le canton de Mennecy en Essonne –, un seul binôme pourrait bénéficier d’une réserve de voix. Il s’agit de l’équipe soutenue par la majorité sortante. « Le Front de Gauche a appelé ses électeurs à voter pour nous. Nous formerons la seule liste de gauche », se réjouit Pascal Fournier. Pas sûr que cela puisse peser dans la balance selon l’un de ses challengers Alexandre Touzet. « Il y a fort à parier qu’une partie des électeurs du Front de Gauche n’apporteront pas leur voix au PS avec lequel ils sont en désaccord. Il y a une réelle volonté de changement ». Enfin pour le candidat frontiste, l’issue du scrutin « ne se jouera pas à grand-chose. Est-ce que les électeurs maintiendront leur vote du premier tour. Il se peut qu’après un vote d’adhésion, le temps du second tour soit un vote sanction », annonce Alain Buffle.

La perte de ce territoire pourrait être préjudiciable à la gauche dans la préservation de ses chances de diriger le Département pour les six prochaines années. « Si on perd ce canton, il sera difficile pour nous de conserver le Conseil général », concède Pascal Fournier.

L’abstention jouera-t-elle un rôle aux Ulis ?

Outre l’indécision autour de la triangulaire arpajonnaise, le flou persiste aussi sur canton des Ulis. Deux binômes se font face. Un binôme qui se définit comme citoyen formé de la maire des Ulis Françoise Marhuenda et du maire de Villebon Dominique Fontenaille et un binôme socialiste composé des conseillers généraux sortants Jérôme Cauët et Maud Olivier. Au sortir du premier tour, avantage au duo Fontenaille/Marhuenda pour près de 500 voix (38,10% contre 35,15%). Toutefois, comme sur le canton d’Arpajon, le binôme de gauche dispose d’une réserve de voix avec la liste Front de Gauche qui a une fois de plus appelé son électorat à voter pour la liste socialiste. De quoi faire inverser les scores du premier tour ? « Il reste encore l’inconnue du choix des électeurs du Front National. Viendront-ils voter ? Si oui, combien seront-ils à soutenir le binôme Fontenaille/Marhuenda ? », s’interroge Jérôme Cauët. De son côté, la maire de Ulis reste confiante en vue du second tour. « Nous ne disposons pas directement d’une réserve de voix. C’est ça l’inconvénient d’une liste indépendante. Il faut rester mobilisé », souligne Françoise Marhuenda.

Autre inconnue de taille, l’abstention. Celle-ci s’élevait à 52,45% au premier tour sur le canton, mais avec une pointe à 60,80% dans le chef-lieu du canton. Ce territoire sociologiquement de gauche pourrait donc se jouer sur ce point précis. « L’un des principaux défis sur le canton reste de mobiliser les abstentionnistes, surtout sur la commune des Ulis où nous avons déjà fini en tête lors du premier tour. Les abstentionnistes des Ulis sont une autre réserve de voix pour nous », résume le conseiller général socialiste sortant Jérôme Cauët. Même discours pour Françoise Marhuenda. « Il faut mobiliser les gens pour ces élections. Perdre ou gagner, c’est le jeu des élections, mais avec la plus grande participation possible serait le mieux ».

Dans un mouchoir de poche à Brétigny ?

À Brétigny, nouveau duel « classique » entre la droite et la gauche. Sur ce canton, il a longtemps été difficile de dégager une tendance lors du premier tour. Finalement, c’est par une petite marge que le binôme Sophie Rigault-Nicolas Méary (UMP-UDI) a fini premier face au conseiller général sortant Michel Pouzol et Isabelle Catrain (PS-EELV). Avec seulement 22 voix d’écart entre les deux premiers du scrutin de dimanche dernier, le second tour s’annonce très serré.

« On est contents d’être en tête » indique Sophie Rigault, « même si c’est une courte avance ». Le binôme qui obtient le soutien dans l’entre-deux tours des candidats MoDem (6,11%), compte obtenir la victoire sur « une campagne très axée sur le territoire » et mise pour cela sur « l’effet maire » en orientant ses priorités sur l’aide aux communes. De son côté, Michel Pouzol veut croire en ses chances, et note que « la droite s’est plus mobilisée au premier tour par rapport aux Européennes ». Si il concède que « ça sera difficile » par rapport aux reports de voix, il se rappelle de la situation de 2008 : « je faisais 21% des voix au premier tour et j’étais finalement élu ». Il accueillait ce jeudi la ministre de la Justice Christiane Taubira pour une visite de soutien, avec comme objectif de « mobiliser les abstentionnistes » pour le second tour.

Il ne reste maintenant plus qu’à savoir si les électeurs du Front National qui s’étaient déplacés massivement viendront prendre part au vote sur ce canton. Si le binôme de droite récupère ne serait-ce qu’un tiers de cet électorat, l’équation serait plus compliquée pour les candidats de la majorité sortante.

L’alternance à Athis-Mons ?

Dans ce canton ne comptant que des villes gérées par la droite, le binôme de gauche composé de la communiste Sylvie Clerc et du conseiller général sortant Patrice Sac (PS) fait une belle résistance. En effet, ce duo est arrivé en tête sur les communes de Juvisy et d’Athis-Mons, fraîchement tombées sous le giron de la droite lors des dernières élections municipales. Au final, le duo de gauche l’emporte au premier tour face au binôme conduit par Pascal Picard et par la maire d’Athis-Mons Christine Rodier de tout juste 100 voix (33,58% contre 32,85%).

Si le binôme de gauche pourra certainement compter sur les voix des candidats du Front de Gauche, la liste UMP pourrait bénéficier d’une réserve de voix encore plus importante. La grande inconnue de ce scrutin réside sur ce point. Bien que ni le Front National, ni Debout la France n’aient donné de consignes de vote, le duo Rodier/Picard pourrait profiter d’un report de voix qui leur adjugerait la victoire.

Alors que les rapports de force entre la droite et la gauche étaient assez serrés à l’issue du premier tour, nul doute que les forces politiques du département auront un œil sur ces quatre cantons, tout comme sur ceux de Corbeil-Essonnes ou sur celui de Viry-Châtillon où une alternance n’est pas à exclure. Ces quatre cantons pourraient bien être capables de faire basculer le Département dans un sens ou dans l’autre.