Le deuxième tour des cantonales se déroule ce dimanche, après un premier tour marqué par la montée du Front National. En Essonne, l’effet « Marine », à relativiser, est présent comme ailleurs : 10 duels au total. Zoom sur le canton de Juvisy.

  • Photo : Hôtel de Ville de Savigny-sur-Orge

« La vague Bleu Marine » ou l’abstention

A l’image des tendances nationales, des sondages sur la présidentielle de 2012, les candidats frontistes font des voix, dans pratiquement tous les cas, sans faire campagne ni avoir de véritable programme local. Au-delà de la montée en pourcentage des suffrages exprimés, le premier vainqueur, si on peut l’appeler ainsi, reste l’abstention, avec une différence de 20 points entre le premier tour en 2004 et celui de dimanche dernier. A peine deux électeurs sur cinq se sont déplacés dans le département, relativisant ainsi la montée du FN en valeur absolue. Cela dit, les thèses frontistes ont fait leur bout de chemin dans les esprits, comme l’explique Marine Le Pen, certains électeurs sont passés « d’un vote de contestation à un vote d’adhésion » . Une certaine banalisation de propos jusqu’alors jugés outrancieux aura sans nul doute conforté une certaine façon de voir la politique.

Alors que la droite aurait sûrement appelé très clairement à voter pour les candidats de gauche face à des candidats du FN il y a quelques années, en 2011, la majorité présidentielle est divisée. Entre ceux qui appellent clairement à voter à gauche, ceux qui appellent les électeurs à faire leur choix, et même à s’abstenir si c’est nécessaire, d’autres encore laissent entendre qu’à titre personnel ils voteraient FN. Ces atermoiements sèment une fois de plus sur la confusion sur le message que fait passer la droite aux français en ce qui concerne son positionnement face au parti d’extrême-droite.  Un exemple avec une situation locale, à Savigny-sur-Orge plus exactement, autour des consignes de vote sur le canton de Juvisy qui comprend une partie de Savigny.

PS à 30% et FN à presque 25%

Dimanche dernier, Etienne Chaufour, le Maire de Juvisy, sort avec un peu plus de 30% des suffrages en tête du scrutin. Mais ce n’est pas sans compter sur ses opposants, quelque peu nombreux. Après Sophie Bish, la candidate écologiste qui a tergiversé sur son soutien ou non au conseiller général sortant, mais qui le soutient finalement, les élus locaux de droite n’apportent pas leur soutien à Etienne Chaufour. En premier lieu, c’est Frédéric Rose, le malheureux candidat UMP sur le canton, qui refuse « catégoriquement d’appeler à voter en faveur d’un candidat extrémiste d’une part, et ne pouvant soutenir la manipulation orchestrée par les partis de gauche d’autres parts  ». Il fait le choix de laisser « chaque électeur face à sa conscience et ne donne aucune consigne de vote pour le second tour ». C’est également à cette occasion que Laurence Spicher-Bernier, la Maire de Savigny sur Orge prend part au débat public en publiant deux communiqués.

Le premier billet est publié au lendemain du premier tour, et il a fait une certaine polémique. En rappelant que « le vote est un devoir républicain  » et qu’ « il ne faut pas se tromper de vote », elle ajoute que « pour la 1ère fois dans ce canton, la droite traditionnelle n’est pas qualifiée pour le 2nd tour, laissant face à face un PS inactif et un FN à l’affût. Pourtant, le résultat de M. Chaufour, conseiller général sortant, Maire de Juvisy, et de sa suppléante, Chadia Semdani, conseillère municipale d’opposition à Savigny, n’est pas brillant et la gauche reste divisée » ajoutant que « le bilan d’Etienne Chaufour est catastrophique pour Juvisy et Savigny ». S’ensuit un texte brulot contre le bilan et les perspectives du candidat PS et de sa suppléante, Chadia Semdani, qui s’en défend dans notre entretien. La Maire de Savigny, qui rajoute avec insistance que « chaque voix compte » et qu’il « faut se mobiliser ! », porte clairement à confusion puisque d’un côté, voter socialiste serait « catastrophique » De l’autre, elle invite à voter et ne « pas se tromper de vote » . De nombreuses réactions ont fusé depuis cette sortie.

« Le communautarisme forcené du Parti Socialiste »

Le texte s’est attiré les foudres les plus violentes au sein de son parti et évidemment, à gauche. « C’est un appel à voter FN. Laurence Spicher-Bernier tape sur Chaufour pendant quinze lignes et ne consacre pas un mot au candidat FN, qui n’a aucun programme départemental et ne montre pas son visage. C’est très choquant  » selon Eric Mehlhorn, conseiller général UMP de Savigny, cité par Le Parisien. La Députée Françoise Briand et le candidat Etienne Chaufour se sont déclarés choqués. La fédération du PS essonnien a appelé l’UMP à « désavouer, sans délai, Spicher-Bernier et d’affirmer clairement une position claire et républicaine pour faire barrage au Front National dimanche prochain dans tous les cantons ».

Aux vues des réactions et à l’ampleur que la polémique a prise, l’Élue a choisi de publier un nouveau communiqué hier sur son blog. Elle estime les « multiples réactions démesurées et démagogiques  » et rappelle « qu’en aucune manière elle appelle à voter pour le Front National, ni ne cautionne l’idée du Front républicain avec le PS, ce qui donnerait à penser que l’UMP et le PS, c’est la même chose  ». En somme, exactement la position qu’a défendu Jean-François Copé le soir du premier tour et Nicolas Sarkozy cette semaine : la stratégie du « ni-ni ». Des voix dans la majorité laissent entendre qu’il faut pourtant voter socialiste pour faire barrage au FN. François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet et Valérie Pécresse sont des ministres ayant prit partis en ce sens, mais qui ont été recadrés. Mais on dit, dans l’entourage de NKM, la ministre et maire de Longjumeau, selon nos confrères du Parisien, que « Laurence Spicher-Bernier est habile. Elle choisit le FN mais sans le dire explicitement, de façon à ne pas se faire taper sur les doigts par l’UMP  ». La montée du Front National est plein d’enseignements, à commencer par le gouffre qui sépare la gauche et la droite du parti présidentiel, dans les opinions de chacun de ses militants.