Appel à lui barrer la route ou libre choix laissé aux électeurs : les candidats éliminés par le FN se prononcent de manière différente selon leur parti et la situation locale.

Dans six duels et deux triangulaires, le Front national est présent pour ce second tour. Huit qualifiés pour le parti de Marine Le Pen sur 21 cantons. « Les résultats sont particulièrement encourageants, note Audrey Guibert, la secrétaire du FN 91, sur le plan départemental, par rapport aux élections européennes, nous avons progressé de plus de 81 000 voix, soit plus de deux points par rapport aux élections européennes ». Selon la responsable frontiste, qualifiée sur le canton de Savigny, « le travail local porte ses fruits ».

Les huit binômes FN présents au second tour se préparent donc à affronter les candidats de la droite ou de la gauche. Et du côté des candidats éliminés au premier tour, la stratégie à adopter diffère. Le PS et la gauche ont d’ores et déjà appelé à faire battre les candidats frontistes, et à faire élire les candidats de droite là où la gauche n’est pas présente. « Nous appelons à faire barrage partout aux candidats d’extrème-droite » résume Carlos Da Silva, secrétaire du PS 91. Pour le PCF, l’appel est sans ambiguïté : « Dans les cantons où la gauche n’a pas réussi à accéder au second tour, nous en appelons à la responsabilité de chacun. Ce n’est plus une affaire de canton, ou de candidat plus ou moins pire qu’un autre. C’est une affaire nationale. Il est de notre devoir de femmes et d’hommes de gauche, de communistes, de tout faire pour empêcher la victoire de candidats du Front national dont le caractère haineux et raciste a clairement été démontré au cours de la campagne ».

A droite, l’UMP ne fait aucun appel au vote, respectant pour ses leaders la position du « ni-ni » donnée par Nicolas Sarkozy, qui refuse d’appeler à voter pour la gauche. Pour l’UDI cependant, les choses sont vues différemment, et le parti de centre-droit « rappelle la position nationale de notre formation politique par rapport au Front National qui implique de faire barrage à l’extrême droite à chaque fois que cela est possible ». Même constat au MoDem qui veut « faire barrage au FN en votant pour les candidats républicains qui lui sont opposés ». Sur la triangulaire de Mennecy, le maire UDI de la ville Jean-Philippe Dugoin demande ainsi à la gauche, arrivée troisième et qualifiée dans une triangulaire, de se retirer : « ils ne peuvent pas espérer gagner, et si ils vont au bout de la logique de Valls, ils doivent retirer leur binôme avec le risque FN. Si la gauche ne le fait pas, ce sera une faute d’honneur ».

Appels au vote localement

Globalement, les consignes sont suivies localement, c’est le cas à gauche puisque à Savigny notamment, le socialiste Pierre Guyard appelait dès dimanche soir à « faire battre le FN ». Sur le canton de Ris-Orangis, où la droite est éliminée, le binôme Front de gauche appelle à voter pour les candidats PS-EELV face au FN dimanche prochain : « nous utiliserons le bulletin de vote S. Raffalli / H. Dian-Leloup, pour infliger la plus large défaite aux candidats de l’extrême-droite ». A droite, le candidat UMP éliminé Arnaud Barroux suit la ligne nationale de son parti : « comment puis-je faire un appel pour l’un ou l’autre, sachant que je me bats contre la politique de Hollande, et que je ne peux pas soutenir les extrêmes ». Une position qui tranche avec celle qu’il tenait en 2011, lorsque dans la même situation sur le canton d’Evry-sud il avait effectué un appel au vote républicain.

A Evry, les centristes regrettent « la présence au second tour d’une formation politique dont les valeurs sont aux antipodes de celles de la République », ils appellent « sans nuance à voter contre le FN au second tour ». Pour le Front de gauche, « le FN et ses représentants constituent un réel danger. Ils ne régleront pas les problèmes, ils les aggraveront en ayant la volonté de diviser les gens entre eux, de les dresser les uns contre les autres, de répandre la haine. Nous appelons l’ensemble de nos électeurs à se mobiliser contre le Front National, contre les régressions sociales, pour l’emploi » précisent les candidats. Du côté du binôme UMP-UDI, la représentante du parti de Nicolas Sarkozy ne donne pas de consigne de vote, tandis que l’UDI Jacques Gering propose un « pacte républcain » contre le FN. Le maire UMP de Courcouronnes faisait par ailleurs entendre dimanche soir qu’il voterait pour le PS à titre personnel au second tour.

Le cas Corbeil-Essonnes

Situation bien particulière sur le canton de Corbeil-Essonnes, où le FN finit première force de ce premier tour, devant l’UMP Jean-Pierre Bechter (lire notre article). Les appels à barrer la route au FN se font moins insistants qu’ailleurs. Bruno Piriou annonce ainsi qu’il votera blanc : « Je ne me résous pas à ce que le seul horizon politique dans notre pays soit d’empêcher le Front National de gagner les élections ». « Nous laissons à chaque électeur en conscience et en responsabilité la liberté de vote » annonce de son côté la liste de Xavier Dugoin. Au PS, on préfère ne pas s’étendre sur la question : « nous avons une position nationale qui s’applique à toutes les situations » lâche Carlos Da Silva.

Pour le FN, Audrey Guibert dresse un constat tranché de cet entre-deux tours : « aujourd’hui avec les prises de position de Manuel Valls qui appelle à voter selon les duels pour l’UMP, cela démontre aujourd’hui que les Essonniens vont avoir à faire face à un choix : soit les candidats patriotes, soit les candidats de l’UMPS qui est un système sclérosé ». Sur la situation corbeil-essonnoise, « nous avons une ligne de conduite, faire barrage à une droite affairiste. Il faut tourner la page des politiciens véreux qui sont mis en examen. C’est le cas à Corbeil-Essonnes. Avec nos jeunes candidats, nous pouvons inverser la situation ». Pour cela, la représentante du FN 91 rappelle que l’un des enjeux de cet entre-deux tours sera de « convaincre les électeurs abstentionnistes » qui étaient plus nombreux que les votants sur certains cantons. « C’est pourquoi nous sommes repartis en campagne dès lundi matin », conclut Audrey Guibert.