Coup de massue à Corbeil-Essonnes, Bruno Piriou et la gauche d’une manière générale sont éliminés par l’UMP et surtout par le FN. Ce dernier, en tête sur trois communes du canton a fait le plein dès le premier tour.

« C’est la fin d’une époque », lancent désabusées quelques militants de gauche à la vue des premières estimations. La fin d’une époque, car la gauche vient de perdre le canton de Corbeil-Essonnes dès le premier tour des élections départementales alors même qu’elle le détient depuis plusieurs années. Plus précisément, elle détenait les deux anciens cantons. Avant le redécoupage cantonal de 2013, la ville de Corbeil-Essonnes était coupée en deux. A l’Ouest, c’est le communiste Bruno Piriou qui tient les rênes du canton depuis 1998, alors qu’à l’Est, le canton est aux mains du socialiste Carlos Da Silva. Mais depuis ce dimanche 22 mars, le rapport de force s’est inversé, réduisant les espoirs de la gauche à néant.

Une division qui fait perdre la gauche

Pour rappel, cinq binômes étaient sur la ligne de départ, dans lesquels s’étaient engagés des « personnalités » politiques du département. Bruno Piriou était reparti à la quête d’un nouveau mandat, dans une démarche hors-partis. Face à lui, se trouvait le binôme socialiste composé de Marie-Hélène Bacon et de l’écologiste Jacques Picard. Un duo frontiste était aussi de la partie, au même titre que le maire de Corbeil-Essonnes Jean-Pierre Bechter (UMP) ou l’ancien président du Conseil général de l’Essonne Xavier Dugoin. Si ce dernier n’a pas eu le temps de faire illusion (Ndlr : il prend la dernière place de ce scrutin avec un score de 10,23%), les deux candidats de gauche se sont faits sortir aussi dès le premier tour.

Quatrième de ce scrutin, le conseiller général Bruno Piriou est fataliste. « Les gens se sont prononcés sur un scrutin national et non départemental. Ils ont manifesté leur colère contre la politique gouvernementale. Mais au final, ils se sont trompés de colère », juge celui qui était candidat auprès de Saliha Barkat.

Un argument qui passe mal du côté des candidats du ticket écolo-socialiste soutenus par la majorité départementale sortante. « Je dis un grand bravo à Bruno Piriou qui a fait perdre toute la gauche ce soir », s’exclame le candidat écologiste Jacques Picard. Des propos relayés par le futur ex-conseiller général Carlos Da Silva. « Nous avions appelé au rassemblement de toute la gauche sur le canton. Bruno Piriou n’a pas souhaité partir avec la majorité sortante alors même qu’il en fait partie depuis toujours et qu’il a voté en janvier dernier le dernier budget du Conseil général avec nous ! C’est insensé, sa division nous fait perdre le canton ! », s’emporte celui qui était suppléant de Jacques Picard. « J’assume mes responsabilités, mais une gauche qui fait monter la droite et l’extrême droite n’est pas une gauche qui satisfait son électorat. Je ne suis pas le seul fautif », rétorque Bruno Piriou.

Au final, la liste de Bruno Piriou prend donc la quatrième place de ce scrutin, réalisant 17,55% des voix. Pour sa part, le binôme PS/EELV récolte 21,73% des suffrages. Pas suffisant pour se maintenir en triangulaire du fait d’une participation très faible (Ndlr : 41,51%). « Unis, nous aurions été en tête au premier tour », peste Jacques Picard.

Le FN vire en tête

Les malheurs de la gauche font le bonheur de la droite et notamment du duo Jean-Pierre Bechter et Caroline Varin. Malmené sur les trois communes qui composent le canton en plus de Corbeil-Essonnes, le binôme investi par l’UMP doit son salut à une bonne prestation sur le chef-lieu de canton. Car la liste UMP plafonne à la troisième place sur les communes d’Echarcon et de Lisses et finie même dernière avec 10,30% sur la ville de Villabé. A Corbeil-Essonnes, le maire est finalement vainqueur dans sa commune, avec près de 30% des suffrages, ce qui lui vaut d’être deuxième sur l’ensemble du canton avec un score final de 23,86%, soit deux points de plus que la liste de la majorité sortante.

La première place revient ainsi au binôme du Front National. Une première dans le canton. En effet, les candidatures frontistes sont assez rares sur Corbeil-Essonnes, mais pour ce premier tour, le duo Gabriel Caillet et Sophie Legoff vire en tête avec 26,63% des voix. Presqu’une surprise pour cette dernière. « Il y a beaucoup de fierté derrière ce résultat, commente l’intéressée. Il y a eu un réveil citoyen en notre faveur. Notre première place est une victoire pour la démocratie ».

Quelles consignes pour le second tour ?

Il y aura donc un face-à-face UMP/FN au second tour des élections départementales à Corbeil-Essonnes. « On se retrouve avec un choix difficile entre un binôme Front National et une droite corrompue », désespère Carlos Da Silva. Un choix difficile aussi pour le candidat titulaire Jacques Picard. « Les écologistes ont une logique de barrage du FN. Or, avec les affaires judiciaires de Jean-Pierre Bechter et de son suppléant Serge Dassault, il est difficile d’appeler à voter pour eux. Cependant, je ne me vois pas avec des conseillers départementaux FN », confie Jacques Picard. Les candidats de la majorité départementale sortante apporteront bientôt leur consigne de vote pour le second tour.

De son côté, Sophie Legoff veut casser les idées-reçues sur son parti. « Il faut arrêter de prendre les gens pour des idiots, lâche la candidate. Nous avons un vrai programme pour le département ». Pour elle et son binôme, l’objectif principal sera de « convaincre les électeurs de ne pas voter pour des gens mis en examen. Pour cela, une semaine ne sera pas de trop », explique Sophie Legoff. Les premiers conseillers départementaux frontistes seront-ils élus sur le canton de Corbeil-Essonnes ? Réponse dans une semaine.