À la veille du scrutin départemental, les différentes forces politiques expriment leur point de vue sur le dossier du Grand Stade de rugby. Un sujet qui soulève de nombreuses interrogations et qui est remis en cause par les écologistes.

Le Grand stade serait placé au centre d'une continuité verte vers le Bois de Saint-Eutrope. (Crédit photo : l'AUC/CAECE)

Le Grand stade serait placé au centre d’une continuité verte vers le Bois de Saint-Eutrope. (Crédit photo : l’AUC/CAECE)

 

Ce sera l’un des sujets majeurs de la prochaine mandature au Conseil général, (Ndlr : rebaptisé Conseil départemental). Ce dossier, c’est celui concernant le futur Grand Stade de rugby qui devrait ouvrir ses portes à l’horizon 2019–2020 à Ris-Orangis. L’équipement sportif voulu par la Fédération Française de Rugby (FFR) doit ainsi voir le jour sur les terrains de l’ancien hippodrome de Ris-Orangis. Choisi il y a maintenant près de trois ans, ce terrain est apparu à la FFR comme « l’emplacement idéal pour accueillir dans les meilleures conditions de confort un projet d’une telle envergure ». Car le site présente de nombreux avantages, notamment avec ses 133 hectares immédiatement disponibles et libres de toute contrainte d’aménagement. Victime d’un arbitrage au profit de l’hippodrome de Longchamp, le site qui borde le bois de Saint-Eutrope est désaffecté depuis 1996 après près de 25 ans d’activité. L’avènement d’un tel projet permettrait à ce territoire de connaître une reconversion digne de ce nom.

Depuis près de trois ans donc, les différents projets en termes de développement du site, de programmes architecturaux ou encore d’aménagement s’enchaînent. Aujourd’hui, avec les échéances électorales des 22 et 29 mars, la venue de cet édifice de 82 000 places chiffré à 600 millions d’euros peut-elle être remise en cause si un changement de majorité s’opère à la tête du Département ?

Est-ce le bon moment pour investir ?

Des remises en cause totales du projet, il n’y en a pas ou peu parmi la classe politique essonnienne. Toutefois, un sujet revient très souvent sur la table en cette fin de campagne électorale. Il s’agit des questions de financement du Grand Stade. À droite comme à gauche d’ailleurs, ces questionnements émergent. Pour rappel, sur les 600 millions d’euros de mises de départ, 200 millions d’euros sont issus de fonds propres et 400 millions d’euros empruntés. Il sera financé entièrement sur fonds privés et les crédits seront garantis par les collectivités locales. Et pour cette somme, c’est le Conseil général de l’Essonne qui s’est porté caution.

Du côté de l’UMP, « on ne remet pas en cause le projet, souligne le président de la fédération essonnienne Georges Tron. Cependant, la garantie d’emprunt me semble lourde ». Le leader de l’UMP 91, candidat sur le canton de Draveil replace le projet dans la conjoncture économique actuelle. « Nous avons un investissement qui s’est effondré, des dépenses de fonctionnement, un endettement, et une fiscalité qui ont éclaté. Est-il raisonnable dans les conditions actuelles de pouvoir nous engager ? ». Même son de cloche pour son homologue centriste Vincent Delahaye. « Garantir l’emprunt, c’est un risque assez fort sur l’argent public et les impôts des contribuables en cas d’échec. Je suis plus réservé sur cet aspect-là », commente le président de l’UDI 91. « Avec l’endettement colossal (Ndlr : estimé à 911 millions d’euros), a-t-on les moyens financiers suffisants pour se porter caution ? Moi je ne pense pas », souffle la secrétaire départementale du Front National Audrey Guibert.

Cette méfiance vis-à-vis du Grand Stade n’est pas partagée du côté de la majorité départementale actuelle qui porte le projet depuis le début. « Ce scepticisme est un peu lié à cette petite musique ambiante qui consiste à dire qu’en temps de crise, il n’y a pas la place pour ce type de projet », confie Jérôme Guedj, président du Conseil général de l’Essonne. « Pour moi, la réponse est inverse : en temps de crise, on a besoin de projets structurants comme le Plateau de Saclay, le Génopole ou comme le Grand Stade, de perspectives positives et de relances par l’investissement. De plus, un tel projet générera près de 15 millions de recettes par an ».

Des arguments incomplets pour Georges Tron qui souhaite en « connaître les tenants et aboutissants » notamment en termes de voirie. « La question est de savoir jusqu’où va-t-on pour aider le projet ? Nous devrons rapidement savoir ce que le Conseil départemental prendra en charge au niveau de la réalisation de la voirie aux alentours et sur les différents aménagements en termes de dessertes ».

Répondra-t-il aux besoins des Essonniens ?

Outre cette question des finances qui sera à étudier dans les premiers mois de la prochaine mandature, beaucoup se questionnent sur les retombées qu’aura le Grand Stade sur le quotidien des Essonniens. Quelques instants avant la prise de parole du premier ministre Manuel Valls le 16 mars à Évry, Francis Chouat le président de la communauté d’agglomération d’Évry-Centre-Essonne qui accueille le projet, rappelait les enjeux de l’implantation de la structure pour le territoire. « Nous devons nous battre pour que ce projet permette de créer des milliers d’emplois dans notre département ». En effet, la FFR prévoit la création de 120 emplois permanents pour le stade et jusqu’à 4 000 emplois intermittents pour les événements organisés. Des chiffres auxquels ne veulent pas forcément croire les différentes forces politiques.

Fervents opposants au projet, les écologistes ne l’entendent pas de cette oreille. « On le présente comme créateur d’emplois, j’en doute fort, commente le patron des Verts, Jean-Patrick Le Duc. Il y aura des magasins de sports autour du stade, mais ça veut dire que le Décathlon de Brétigny va fermer ? Quid de la zone commerciale de la Croix-Blanche à Sainte-Geneviève-des-Bois ? De plus, il n’y a aucune certitude que ces emplois reviennent à des Essonniens ». Des propos relayés en partie par le candidat communiste sur le canton de Draveil, Jean-Pierre Sauvage. Il craint des « projets démesurés, pas forcément créateurs d’emploi localement à la clef ». Pour sa part le PG le classe dans la catégorie des « grands projets inutiles ». « Il sera un véritable accélérateur pour le département », expliquait le secrétaire d’Etat chargé aux Sports, Thierry Braillard au moment de son intervention lors du meeting de Manuel Valls lundi dernier.

Incertaine que le Grand Stade réponde favorablement aux besoins des Essonniens, Audrey Guibert insiste sur le fait qu’il faudrait « mieux s’occuper des problèmes du quotidien, comme la question de l’amélioration des transports du RER B, C et D ».

Sur ce point, le candidat UDI sur le canton de Dourdan et maire de Janvry Christian Schœttl va même plus loin. L’édile janvryssois propose aux Essonniens de décider eux-mêmes, avançant l’idée d’un référendum départemental sur la question du Grand Stade. « Une fois que nous aurons tous les renseignements sur le dossier, je demande à ce qu’un référendum départemental soit organisé. Il faut que l’ensemble de nos citoyens soit consulté sur un sujet d’avenir qui impactera leurs finances publiques », affirme Christian Schœttl. Une proposition que le représentant départemental des Verts juge « intéressante. Cela peut être une forme, en effet. À condition que cela ne soit pas biaisé, car auprès des gens, la position écologiste sur le sujet n’est pas extrêmement populaire », confie Jean-Patrick Le Duc.

Débats houleux avec les écologistes ?

Ainsi, le sujet du Grand Stade séduit toujours, même s’il persiste des inquiétudes et des interrogations sur la question du financement et de l’impact sur le quotidien des Essonniens. À droite, il n’y donc pas de refus direct. « C’est un très beau projet, assure le maire UDI de Massy, Vincent Delahaye. Massy s’était d’ailleurs porté candidat en son temps pour accueillir le projet. Nous avions la proximité des pistes d’Orly qui nous interdisait de construire aussi haut que la fédération le voulait », regrette l’élu.

Peu de remises en cause totales du projet donc, sauf pour les écologistes. « C’est l’un des points de désaccord entre les socialistes et nous », admet Jean-Patrick Le Duc, alors même que des candidats écologistes forment des binômes avec des socialistes pour le premier tour des élections départementales et appartiennent encore à la majorité sortante. « En politique, il faut faire des compromis, explique Jérôme Guedj. Dans la majorité départementale que je préside, il y a des débats et des divergences. Comment douter que nous ne puissions pas nous retrouver sur l’essentiel ». Sur l’essentiel, peut-être, mais pas sur la question du Grand Stade. « Nous ferons tout pour remettre en cause ce dossier inutile », lâche le patron d’EELV. Et cela n’est pas une question de couleur politique. Si la droite ou la gauche l’emporte aux élections, les écologistes maintiendront leur discours. « C’est du rêve ce projet. On nous dit que cela va servir au développement des transports, mais il va falloir détruire l’environnement pour avoir de meilleurs transports », s’offusque le représentant écologiste. Pour sa part, l’actuel président du Conseil général reste confiant quant à la possibilité de trouver un terrain d’entente au cas où sa majorité serait reconduite.

Bref, quoiqu’il advienne lors de ce scrutin, les débats autour du Grand Stade risquent d’être houleux et musclés