Un réalisateur censuré au Centre culturel Robert Desnos, sur décision de la Communauté d’agglomération Evry Centre-Essonne créé la polémique sur la liberté de débat autour de ce sujet sensible qu’est le conflit israélo-palestinien.

Vendredi 18 mars a eu lieu un événement particulier aux Cinoches de Ris-Orangis, dans le cadre de la projection du film « Gazastrophe ». Le co-réalisateur Samir Abdallah était invité à débattre par les associations Evry Palestine et RiSolidarité Palestine, en partenariat avec le Centre culturel Robert Desnos-Les Cinoches , organisateurs de la soirée.

Mais ce débat n’a finalement pas eu lieu. La veille de la projection, les associations apprennent avec stupeur, par le directeur du Centre culturel embarrassé, que le débat avec le réalisateur est annulé. Résultat : près de 200 spectateurs assistent à la projection vendredi soir, alors que les spectateurs sont peu nombreux à ce genre de débats en général.

Après la projection, les spectateurs exigent des comptes : une spectatrice s’inquiète de la multiplication d’interdictions de débats dans  les lieux de culture et demande les raisons précises de l’annulation. On peut se demander, en effet, si cette décision ne constitue pas une atteinte à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 selon lequel  « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit« .

D’autant plus que si le film est projeté en salles dans le cadre d’une sortie nationale, on se demande ce qui peut bien justifier l’interdiction d’une discussion avec le réalisateur. Les associations organisatrices rapportent l’indignation du cinéaste qui «  se tient à disposition des spectateurs pour intervenir à l’occasion d’autres débats ».

« Une grave atteinte à l’intégrité du Centre culturel« 

Jacques Picard, Conseiller régional Europe Ecologie-Les Verts, prend la parole dans la salle :  il rapporte une discussion qu’il aurait eu avec Manuel Valls dans l’après midi. Selon lui, le Rabbin de Ris-Orangis M. Serfaty, aurait demandé l’annulation de cette soirée pour ne pas troubler le dialogue israélo-palestinien entamé depuis quelques années entre des associations rissoises, sous l’égide de Thierry Mandon, maire de Ris-Orangis . Manuel Valls aurait invoqué le risque de trouble à l’ordre public. Jacques Picard ajoute «  c’est un accroc grave aux missions des cinémas subventionnés par les collectivités locales pour être les lieux de diffusion et de débats sur certains faits de société  ».

Le film Gazastrophe relate les témoignages de civils palestiniens peu après l’offensive de l’armée israélienne sur la bande de Gaza en décembre 2009. Un habitué du Centre culturel se dit inquiet « C’est une très grave atteinte à l’intégrité du Centre culturel depuis qu’il existe, c’est la première fois que cela se produit ici, c’est scandaleux  ».

Les spectateurs manifestent leur consternation et interpellent les élus présents pour réagir à cette interdiction considérée comme une réelle censure. Ce qui est sûr, c’est que l’interdiction aura eu pour effet inverse de faire parler de ce film pour sa sortie nationale, au Centre culturel Robert Desnos…