Alors que la MJC de Chilly-Mazarin est menacée depuis quelques semaines, Jean-Paul Beneytou, le maire de la ville n’a toujours pas apporté d’éléments de réponse quant à son possible maintien. De quoi inquiéter le personnel et les Chiroquois qui manifestent de plus en plus pour le maintien de l’association. 

MJC Chilly-Mazarin

Décidément, les votes des budgets communaux attirent les foules en ce moment. Après une forte affluence lors du conseil municipal de Brunoy lundi dernier, c’était au tour des Chiroquois de venir en masse lors du conseil municipal du 12 mars. Est-ce un regain d’intérêt pour les affaires locales ? Pas si sûr. Comme à Brunoy où les habitants étaient venus assister au retrait des délégations de trois adjoints au maire, les habitants de Chilly-Mazarin se sont déplacés en nombre pour en savoir plus sur l’avenir de leur MJC.

Car oui, l’avenir de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Chilly-Mazarin est flou. Revenons en arrière de quelques semaines. Le 18 décembre dernier, lors d’un conseil d’administration, le maire de la commune, Jean-Paul Beneytou avait annoncé son intention de détruire le bâtiment actuel qui abrite les activités de la MJC. Or, quatre mois après cette décision, le personnel de la MJC est toujours dans l’attente de garanties concernant son avenir notamment en termes de ré-hébergement et de montant des subventions allouées.

Pas de réponse avant avril ?

En attente de réponses concrètes à propos de la structure associative, les Chiroquois ont massivement répondu à l’appel au rassemblement lancé par les défenseurs de la MJC. À 20h ce jeudi 12 mars, près de 300 personnes étaient présentes devant le gymnase Jesse Owens, lieu du conseil municipal. Munis de pancartes ou de papiers, tous floqués de slogans évocateurs concernant le maintien de la MJC, les Chiroquois présents ont réservé un accueil particulier au maire et à son équipe. Une mobilisation dont se félicite le directeur de la MJC Éric Chevreau. « Cela prouve l’attachement de la population à l’association. Il ne faut pas oublier qu’elle fêtera quoiqu’il arrive ses 50 ans en septembre. Durant cette période, elle aura touché pas moins de trois générations ».

Toutefois, les interrogations sont nombreuses dans cette foule pour savoir si elle accueillera une quatrième génération de Chiroquois, et même si elle finira l’année. Les incertitudes concernant la reconduction de la convention et le montant des subventions pourraient condamner l’association au dépôt de bilan. « Cela serait catastrophique pour les 42 salariés de la MJC », s’inquiète Éric Chevreau. Toutefois, nous n’en sommes pas encore là.

MJC Chilly-Mazarin

En effet, les choses peuvent encore bouger dans le bon sens pour la MJC. Le maire de Chilly-Mazarin, Jean-Paul Beneytou attend ainsi les résultats des différentes études de faisabilité entamées pour la création d’un nouveau pôle culturel. Ce dernier, qui pourrait voir le jour sur les cendres de l’ancienne MJC pourrait « abriter les activités de l’association », confirme le maire. Cependant, impossible pour lui de donner plus d’indications sur ce sujet. « Le rapport ne me sera remis qu’en avril. Je ne peux donc pas faire des annonces sans connaître les conclusions des rapports. Je rencontrerai le personnel à ce moment-là pour évoquer leur avenir. Je ne pense pas que cela soit possible avant ». Mais une fois de plus, cela ne fait pas le jeu de la MJC. « Plus les réponses tarderont à tomber concernant un maintien de la MJC, moins nous aurons de chance de la sauver. Plus nous tarderons à être fixés, plus nous nous rapprocherons du dépôt de bilan », explique Éric Chevreau qui regrette ce manque d’informations de la part de la municipalité. Un plan social pourrait entraîner le licenciement des 42 salariés de l’association.

Face à cela, le maire tente de trouver des solutions rapides. « L’objectif pour nous va être de permettre à un maximum d’activités de la MJC d’être exercées dans différents endroits de la ville. Il va falloir que nous identifiions les structures capables d’accueillir les activités culturelles pour garantir la continuité des actions de l’association ».

La MJC dans le débat des départementales ?

Inquiets, des Chiroquois ont ainsi lancé une pétition pour soutenir la MJC. « À ce jour, 3 500 ont signé par internet et 2 000 l’ont signé sur le marché », résume Éric Chevreau. Une pétition qui ne se veut pas à but politicien. « Nous n’avons pas le but ni l’envie de politiser le sujet. Nous sommes dans une logique militante, certes, mais pas partisane ».

Il plane cependant comme un petit air de campagne électorale sur ce dossier épineux, à deux semaines du premier tour des départementales. D’autant plus que Jean-Paul Beneytou est suppléant du binôme UDI-UMP sur le canton Massy-Chilly, tandis que sa principale opposante Rafika Rezgui est la candidate titulaire aux côtés de Jérôme Guedj.

L’ancienne maire socialiste qui se dit « surprise » de la tournure que prennent les choses pointe du doigt le comportement de Jean-Paul Beneytou dans ce dossier. « Le projet est dans une impasse. Il y a un manque total de communication autour de ce dossier de la part du maire. Il n’existe d’ailleurs aucun projet de substitution. Jean-Paul Beneytou procède à une attaque politique en s’attaquant à un symbole fort du vivre ensemble. Il politise le sujet en vue des élections », s’insurge l’élue. « Faux ! », rétorque l’intéressé. « Je ne politise en aucun cas cette affaire. Je parle culture et milieu associatif quand la gauche fait de la récupération politique de ce sujet », se défend le maire.

MJC Chilly-Mazarin

Des propos pourtant relayés par le candidat du Front de Gauche, Philippe Juraver. Fervent défenseur de la MJC, ce dernier s’est dit « profondément choqué » par le manque de concertation entre les élus de la majorité et le personnel de la MJC dans cette affaire. « Ce dossier ne tombe pas par hasard. Nous sommes en pleine campagne électorale. Le débat sur le canton ne tourne qu’autour de ça. Il finit même par occulter les autres sujets, peut-être une stratégie de la droite », lance Philippe Juraver. « Ne nous trompons pas de combat, tacle Jean-Paul Beneytou. C’est un sujet qui ne concerne que la ville de Chilly-Mazarin et nullement les élections départementales. C’est sans commentaire ».

De son côté, le candidat Front National aux élections rejette toute instrumentalisation de la part de son parti sur le sujet. « Je regrette la politisation de ce dossier par certains partis politiques. Je suis pour la culture et souhaite que la MJC puisse continuer de vivre, tout en contrôlant les finances qui lui sont allouées », indique François Wary.

Ainsi, François Wary, Rafika Rezgui et Philippe Juraver s’accordent sur un point. La suppression de la MJC appellerait-elle d’autres suppressions de structure sur la commune ? « Une fois que le cas de la MJC sera fini, ça sera le tour du conservatoire ou du cinéma François Truffaut ? », s’interroge François Wary.

Pour le moment, la situation est très complexe pour la MJC et son personnel. Les concertations du mois d’avril permettront d’y voir plus clair. D’ici là, le personnel ne pourra que retenir son souffle.