À l’issue du conseil municipal, trois adjoints au maire de Brunoy ont été démis de leurs fonctions suite à leur engagement auprès de Nicolas Dupont-Aignan dans la campagne des départementales. Décryptage.

20h15 ce lundi 9 mars, la salle des fêtes de Brunoy où était organisé le conseil municipal est déjà presque pleine. À un quart d’heure du début de la séance publique, les places assises sont rares, voire inexistantes. Certains prennent place dans les coursives qui surplombent la salle principale, tandis que les retardataires sont refoulés de part et d’autre des élus. À 20h30, la salle affiche une affluence record pour un conseil municipal à Brunoy, avec au total près de 120 personnes présentes. « J’imagine que c’est le débat d’orientation budgétaire de la commune qui suscite un tel intérêt des Brunoyens », annonce sur un air ironique le maire Bruno Gallier en entame. Le débat sur les finances de la ville est captivant et important, certes, mais il n’est pas à l’origine de cette affluence record.

Quel est donc ce point de l’ordre du jour qui provoque tout ce remue-ménage ? Ce point, c’est celui concernant le maintien de trois élus dans leurs fonctions de maire adjoint. Martine Sureau, Dominique Chemla et Elizabeth Rozsa-Guérin étaient les trois élus concernés par ce point. Leur faute, un engagement auprès des candidats de Nicolas Dupont-Aignan pour les élections départementales sur les cantons de Yerres et d’Epinay-sous-Sénart. Un choix qui rompt avec la logique d’unité et de rassemblement initiée par le maire de Brunoy.

La rupture d’un contrat de confiance

Il aura fallu s’armer de patience pour ceux venus uniquement assister au vote concernant le maintien des trois élus dans leurs fonctions. La faute à une inversion de l’ordre du jour survenue dans les derniers instants afin de se prononcer « sereinement sur le débat d’orientation budgétaire avant », explique Bruno Gallier. Aux alentours de 23h30, une fois ce débat conclu, la tension est montée d’un cran.

Le maire de Brunoy a tenu à expliquer en détail les raisons de son choix de démettre de leurs fonctions ses trois adjoints. En s’engageant aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan dans la campagne, ces élus « ont rompu le contrat de confiance qui nous liait tous au sein de la majorité », estime alors Bruno Gallier. Une confiance bafouée suite « au non-respect de la parole du maire, poursuit l’édile brunoyens. Courant décembre j’avais informé l’ensemble de mon équipe municipale de ma volonté de nous rassembler autour d’une seule candidature par canton (Ndlr : celle de Laurent Béteille sur Epinay-sous-Sénart et celle de Valérie Ragot sur Yerres). Je ne souhaitais pas ajouter à la division de notre ville en deux cantons, une division supplémentaire. Cette volonté n’avait pas été contestée. J’y ai cru jusqu’au 12 janvier dernier, date à laquelle les trois élus m’ont informé sans m’avoir consulté, qu’ils rejoignaient les équipes de DLF. En faisant ce choix, ils ont préféré répondre aux sollicitations des maires de Yerres et d’Epinay-sous-Sénart sans chercher à mesurer l’impact pour la commune ». Des termes forts qui ne passent pas auprès des trois élus.

« Nous a-t-il parlé une seule fois de son intention de soutenir une liste ? Jamais ! », rétorque Martine Sureau, qui est candidate titulaire sur le canton de Yerres auprès d’Olivier Clodong. « Votre choix relève d’un délit total d’opinion, d’un déni grave de démocratie », charge Elizabeth Rozsa-Guérin, candidate auprès de Georges Pujals, maire d’Epinay-sous-Sénart sur le canton du même nom. « Cette décision a été prise dans l’intérêt des Brunoyens », ajoute le maire.

Un record d'affluence au conseil municipal de Bruno. (JL/EI)

Un record d’affluence au conseil municipal de Bruno. (JL/EI)

Une cohérence remise en cause 

Insistant sur le fait que cette décision ne relevait pas de choix politiques, le maire s’est vu confronté à différentes remarques sur la cohérence de ce choix. Vainqueur des élections municipales de 2014 à l’issue du premier tour, Bruno Gallier s’était présenté à la tête d’un large rassemblement partant du centre à la droite, allant jusqu’à… Debout La France. « Que s’est-il passé en un an pour que tout ceci s’écroule comme un château de cartes et que je sois mise au pilori, s’exclame Martine Sureau. Nous travaillons pourtant ensemble depuis 2008 dans le plus grand respect ». « Il semble qu’une amnésie soudaine et insidieuse se soit immiscée dans votre jugement », enchaîne Elizabeth Rozsa-Guérin. Même son de cloche pour Dominique Chemla le suppléant d’Olivier Clodong sur le canton de Yerres. Le militant écologiste indépendant ne mâche pas ses mots face à l’édile brunoyen. « Tu te renies et tu franchis la ligne jaune de la démocratie en exerçant abusivement pour un motif étranger à notre mandat municipal un droit de retrait de délégation et maintenant de retrait de notre titre d’adjoint. C’est aberrant », lâche l’élu.

Dans cette joute verbale entre les élus de la majorité, le leader de l’opposition socialiste Jérôme Meunier pointe à son tour du doigt un fait troublant. « Vous saviez que certains de vos conseillers municipaux étaient proches de NDA. Martine Sureau était candidate aux élections européennes sous la bannière de DLF sans être pour autant exclue. Où est la cohérence ? », fait remarquer Jérôme Meunier.

Face à ces critiques, le maire continue sur sa version s’inscrivant dans un non-respect du contrat de confiance. « Vous avez une vision erronée de la façon dont je souhaite exercer ce mandat. Vous êtes entrés dans un débat politicien, se défend Bruno Gallier. Ma décision est purement motivée par la rupture du contrat de confiance et par le fait que la plupart des conseillers municipaux ne partagent pas votre vision. Loin de moi l’idée de défendre à quiconque d’adhérer à des fonctions politiques voire même à des valeurs qui ne sont pas les miennes ».

La suite du match UMP/DLF ?

Déjà privés de leur délégation depuis début février, les trois élus ont finalement perdu leur poste de maire adjoint à l’issu d’un vote à main levée. Outre l’abstention du groupe socialiste, seuls les trois élus et les deux conseillers FN ont voté contre le retrait de leurs fonctions d’adjoint. Une nouveauté dont se réjouit Jérôme Meunier. « Nous sommes satisfaits de voir que NDA ne sera plus représenté au conseil ».

En cette période particulière de campagne électorale, les adjoints au maire défaits ont interpellé le maire par une lettre ouverte aux Brunoyens, le questionnant notamment sur la personne de Nicolas Dupont-Aignan. « Avoir présenté notre candidature aux élections départementales avec le soutien de notre député, est-ce un crime de lèse-majesté ! Pourquoi ce rejet de Nicolas Dupont-Aignan alors qu’il a toujours soutenu très loyalement […] la ville de Brunoy sur tous les grands dossiers ? ». Afin de clore les débats, Bruno Gallier a démenti avoir agi sous le contrôle d’un appareil politique. « Des pressions, j’en ai eu, diverses et variées. Si je résiste à ça, c’est parce que je ne vis pas de la politique. Je ne suis au service d’aucun parti politique. Je n’ai jamais eu Georges Tron (Ndlr : président UMP 91) pour me dire de ne pas reprendre les uns et les autres ».

S’il ne semble donc pas avoir été aux manettes de cette décision, Georges Tron salue pourtant le geste du maire de Brunoy. « Dupont-Aignan, c’est le même type de discours tenu par le FN. Nous n’avons rien de commun avec ces gens. Que trois élus de Brunoy aient choisi de franchir le Rubicon et d’aller se vautrer dans les auges de l’extrême droite, c’est une chose. Il fallait de la clarté », commente celui qui est également candidat sur le canton de Draveil. C’est donc un message très fort envoyé au président de DLF et à ses candidats. « Ce sont des accusations indignes », s’insurgeait à ce propos Nicolas Dupont-Aignan il y a peu.

Bref, avec tout ça, la suite de la campagne sur la rive droite de la Seine promet d’être acharnée et tendue.