Les communes de Viry-Châtillon et de Grigny se déchirent encore un peu plus avec ce projet de pôle de services qui doit voir le jour dans le quartier de la Grande Borne. Alors qu’il est défendu par le maire de Grigny, son homologue castelvirois tente de revenir sur le projet, le tout dans un climat très tendu. Un sujet qui fait également réagir les candidats aux élections départementales.

Le terrain sur lequel doit être construit le pôle de services. (JL/EI)

Le terrain sur lequel doit être construit le pôle de services. (JL/EI)

 

Se fera ? Ne se fera pas ? Pour le moment, bien malin qui pourra affirmer avec certitude si le projet actuel de pôle de services verra le jour au sein du quartier de la Grande Borne. Car ce projet qui s’inscrit dans les différents programmes de rénovation urbaine engagés jusqu’à présent est véritablement au point mort depuis quelques semaines. Pour le moment donc, impossible de savoir si la création de 70 logements sociaux, d’une pharmacie, d’un centre de santé, d’une nouvelle Poste ou encore de centres de formation professionnelle sera entamée.

Principale cause de ce blocage, le fait que le projet touche deux communes. Le quartier de la Grande Borne, qui s’étend pour la majeure partie sur la commune de Grigny, compte également quelques parcelles de terrains sur la ville de Viry-Châtillon. Et c’est précisément dans cette zone, dite de l’Accroche Nord,  que doit naître le pôle de services. Littéralement partagé entre les deux communes, le projet doit donc obtenir l’approbation des deux maires pour exister. Or, c’est là que ça coince. Coupé en deux tranches, ce projet a déjà obtenu le feu vert des deux municipalités concernant la première phase côté Viry. Cette première tranche comprendrait notamment la construction de la Maison des Solidarités ou encore de l’antenne locale du bailleur social qui prend en charge la création de ce projet, l’agence Opievoy. C’est donc sur la seconde tranche côté Grigny que cela bloque, mettant en péril de nombreuses réalisations d’infrastructures. Conscient de l’intérêt du programme, le maire de Viry-Châtillon n’a cependant pas encore donné son accord. Une chose dont ce serait bien passé ce territoire qui se déchire depuis maintenant presque un an.

« Il ne faut pas pénaliser les Castelvirois »

« En bloquant ce projet, le maire de Viry-Châtillon prend en otage les habitants de la Grande Borne, lance le maire de Grigny Philippe Rio qui approuve ce programme. L’importance de ce projet est capitale pour la mise en place de la santé et des services publics dans le quartier ». Car la seconde tranche du projet prévoit la création d’une maison de la santé, d’une pharmacie ou encore d’un bureau de Poste. Reconnaissant l’utilité du projet, le maire de Viry-Châtillon fait tout de même part de quelques inquiétudes. « Contrairement à ce que certains peuvent dire, cela ne me pose aucun problème qu’il y ait des services publics qui s’installent à Grigny. Je suis même plutôt pour, à condition que cela ne soit pas au détriment des Castelvirois ». Par ces mots, Jean-Marie Vilain résume le sentiment qui l’anime. « Je ne veux pas que l’installation de nouveaux services publics à l’Accroche Nord entraîne la suppression des services publics existants sur ma commune », poursuit l’édile castelvirois. Ce dernier voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une nouvelle Poste ou encore l’ouverture d’une nouvelle pharmacie au sein de ce pôle. Cela pourrait selon lui « compromettre le maintien des bureaux de Poste » présents sur les quartiers du Plateau et des Coteaux ainsi que les « pharmacies déjà implantées sur la commune ».

Des arguments jugés non-recevables pour le maire de Grigny. « Il n’y aura pas de concurrence possible entre les pharmaciens concernant la distance, annonce Philippe Rio. Celle qui sera implantée dans le pôle existe déjà. Elle est basée à 150 mètres du futur pôle de services. Elle sera déplacée et donc la concurrence entre les pharmacies restera la même qu’aujourd’hui ». Concernant la Poste qui est par ailleurs fermée à la Grande Borne depuis février, Philippe Rio rapporte les entretiens de son dernier rendez-vous en date du 6 mars avec la direction de l’opérateur des services postaux. « La Poste s’engage à maintenir le projet de la Grande Borne. De plus, elle maintiendra ses services au bureau de Poste du Plateau à Viry », explique le maire de Grigny. Pour ces sujets, Jean-Marie Vilain attend des garanties « écrites noir sur blanc ».

Outre ces différentes réserves, le maire de Viry met le doigt sur quelques zones d’ombres, notamment sur la gestion de la future maison de santé. Jean-Marie Vilain s’interroge sur la gouvernance de cette structure qui sera construite à cheval sur les deux communes. « L’établissement sera autant sur Grigny que sur Viry. Avant de m’engager sur ce projet, je voudrais bien savoir qui gérera la gouvernance ? Et aussi, quelles seront les conséquences de l’ouverture d’un tel équipement sur l’implantation d’une maison de la santé répondant aux besoins médicaux des habitants du Plateau et des Coteaux ?  », se questionne l’édile castelvirois. « La Grande Borne est au cœur d’un désert médical, annonce Bernard Moustraire, président d’un collectif d’habitants du quartier. Nous n’avons que deux généralistes pour 11 000 habitants, alors que la moyenne nationale est d’un généraliste pour 1 500 habitants. Cet équipement a du sens ».

Si Jean-Marie Vilain émet des réserves sur ces différents points, il y en a d’autres sur lesquels il est plus catégorique. C’est notamment le cas des logements sociaux. « Je suis clairement opposé à la construction de logements sociaux sur la commune de Viry-Châtillon dans le cadre d’un second programme. La commune possède déjà 32% de logements sociaux. Nous ne voulons pas que la ville subisse un nouveau bétonnage en règle ».

« Pétrole contre nourriture »

Le projet est donc dans une impasse au grand dam de Philippe Rio, d’autant plus que les échéances pour conclure ce projet se rapprochent à toute vitesse. « Nous sommes dans l’urgence. Le 31 mars prochain, les maires, le président de l’Opievoy et l’Etat doivent signer un document pour mettre fin à la première phase du programme de rénovation urbaine de la Grande Borne, rappelle le maire de Grigny. Le dossier doit donc être réglé avant cette date ». Seulement, dans l’attente d’obtenir des réponses à ses questions, Jean-Marie Vilain ne souhaite pas signer le permis de construire. D’ailleurs, ce dernier est dans l’impossibilité de le signer pour une raison simple. « Aucun permis de construire n’a été déposé en mairie, résume Jean-Marie Vilain. Déclarer que je ne veux pas signer est donc faux ».

« Cette position politique est mortifère, assure le maire de Grigny. C’est une vraie prise d’otage. C’est comme si nous évincions Viry-Châtillon du programme de géothermie. Étant donné que c’est un projet purement grignois, nous ne sommes pas obligés de le faire partager à Viry-Châtillon. Nous pourrions ainsi rentrer dans une négociation pétrole contre nourriture ou plutôt eau chaude et chaleur contre pôle de santé. Toutefois, nous n’en avons pas le droit. Pourtant, c’est ce que fait le maire de Viry ».

Alors que les débats sont au point mort, Jean-Marie Vilain rappelle qu’il n’est « pas opposé à ce projet d’Accroche Nord numéro 2 », mais qu’il émet « simplement des conditions pour éviter que son territoire ne soit pénalisé à son tour ».

Un petit air de campagne électorale

C’est donc dans un climat tout à fait particulier que se déroule cette affaire. Tout le monde campe sur ses positions, et les relations entre chaque camp tendent à s’envenimer au fur et à mesure que l’échéance de la signature du contrat approche. Une pétition contre la décision de Jean-Marie Vilain a d’ailleurs vu le jour. Cette dernière a recueilli plus de 1 500 signatures. Une situation qui interpelle quelque peu l’édile castelvirois. « C’est dérangeant de voir cette pétition circuler par le biais des militants de M. Da Silva, alors candidat à sa réélection dans ses fonctions de conseiller départemental. Cela intervient en pleine campagne électorale. Des militants qui distribuent des tracts de campagne et qui font signer des pétitions, ça me semble être à la limite de l’illégalité », indique Jean-Marie Vilain qui portera ce fait à la connaissance de la commission nationale des comptes de campagne. « Nous ne sommes pas en guerre contre Viry », se défend Philippe Rio.

Il y a donc comme un air de campagne électorale autour de ce dossier. Les trois binômes candidats sur le canton qui regroupe Viry et Grigny ont d’ailleurs des positions bien tranchées sur le sujet. Pour le candidat sortant, soutenu par l’actuelle majorité, Paul Da Silva, ce projet « n’est pas antinomique avec les projets de Viry-Châtillon. Il y a un vrai besoin à la Grande Borne et il n’y a à mon sens pas de raison que ce ne soit pas bénéfique au Castelvirois », argumente celui qui a était jusqu’à peu membre du Parti de Gauche.

Pour sa part, le binôme formé de l’UMP Jérôme Bérenger et de la MoDem Sylvie Gibert s’oriente vers la position tenue par le maire de Viry. « Il ne faut pas déshabiller Paul pour habiller Jacques, lance Jérôme Bérenger. Nous voulons que les deux communes puissent jouir d’une meilleure offre de soins ou en matière de services publics, mais cela ne doit pas se faire au détriment de l’autre. C’est pourquoi nous préférons attendre d’avoir des garanties pour lancer le projet ».

Enfin du côté du Front National, il est « hors de question d’appauvrir un quartier en services publics, affirme Thierry Denis qui rejoint l’idée d’obtenir des garanties concernant le maintien des différents services sur Viry-Châtillon. « Cependant, il y a peut-être moyen de trouver un terrain d’entente », conclut le candidat frontiste.

Si les débats sont en stand-by, les travaux ont commencé d’une manière symbolique. En effet, ce samedi 7 mars, à l’appel de l’amicale des locataires (CNL), des commerçants, de professionnels de santé et d’un collectif d’habitants de la Grande Borne, un rassemblement a été organisé sur l’ancienne place de la Carpe pour poser la première pierre de la pharmacie, du bureau de Poste et de la maison de la santé. D’autres parpaings suivront-ils ? Nous n’avons pas encore la réponse. Une chose est cependant claire. « Si ce projet ne se réalise pas, on ne me fera plus rien signer pour les nouveaux programmes de rénovation urbaine », tonne Philippe Rio.